Tous les êtres humains
naissent
libres et égaux en dignité et
en droits.
ENSEMBLE
VERS
LE BIEN COMMUN
Plate-forme
de revendications
Front commun des
personnes assistées sociales du Québec
adoptée lors de
l’assemblée générale du 22-23 avril 2004
et révisée lors du
congrès du 6-7-8 juin 2007
Table des matières
AVANT-PROPOS:
ENSEMBLE SE DONNER UNE VOIX POUR MIEUX ÊTRE ...................................3
INTRODUCTION...................................................................................................................................................4
1. POURQUOI UNE PLATEFORME?..................................................................................................6
2. QUEL A ÉTÉ LE PROCESSUS DE RÉVISION DE LA PLATEFORME?............................7
3. NOTRE PLATEFORME DE REVENDICATIONS......................................................................9
3.1 Les
barrières à l’exercice de notre citoyenneté........................................ 9
La
pauvreté......................................................................................................................................... 9
La
discrimination et les préjugés.................................................................................................... 9
La
désinformation........................................................................................................................... 10
Le
système d’assistance emploi.................................................................................................... 10
L’absence
d’un véritable droit à la formation........................................................................... 11
La
détérioration des conditions de vie....................................................................................... 11
Les
conditions du marché du travail........................................................................................... 12
La
privatisation et le manque d’accès à des services
publics................................................ 13
3.2 Les
conditions nécessaires à l’exercice d’une citoyenneté .................14
Un
Revenu social garanti universel (RSGU)............................................................................. 16
Le
coût et les modalités d’application du Revenu
social garanti universel........................ 17
Des
cas d’exception à prévoir...................................................................................................... 18
Un
meilleur soutien aux enfants et aux familles........................................................................ 18
Un
véritable droit au logement.................................................................................................... 18
Un
accès gratuit à des services publics universels................................................................... 19
Des
impôts au service du Bien commun...................................................................................... 20
Une
lutte à la discrimination et aux préjugés............................................................................ 20
Une
lutte à la précarité du travail............................................................................................... 21
Le
développement durable............................................................................................................ 21
Le
respect de l’environnement...................................................................................................... 21
Un
véritable droit à la culture...................................................................................................... 22
ANNEXE
1………………………………………………………………………………………...23
ANNEXE
2………………………………………………………………………………………...24
Le Front
commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ) existe
depuis plus
de 25 ans. Il est un regroupement de plus d’une trentaine d’organismes
locaux
répartis sur l’ensemble du territoire québécois. La principale mission
du
FCPASQ et de ses groupes membres est la promotion des droits
économiques,
sociaux et culturels des citoyennes et citoyens du Québec qui vivent
dans la
pauvreté.
Afin de réaliser sa
mission et d’améliorer les conditions de vie des personnes assistées
sociales
du Québec, le FCPASQ, au fil de son histoire, a mené différentes luttes
pour le
droit à un revenu décent, le droit au logement, le droit au travail, le
droit à
l’éducation, le droit à la santé, etc.
Pour mener ces luttes, il
a
progressivement développé des alliances avec d’autres acteurs sociaux
dont : le mouvement syndical, le mouvement communautaire et
populaire, le
mouvement des femmes, le mouvement des chrétiennes et chrétiens pour la justice sociale, le mouvement des
avocates spécialisées et avocats spécialisés en droit social.
Le FCPASQ
s’est aussi attaqué aux préjugés fort répandus au sujet des personnes
assistées
sociales, préjugés qui les enfoncent dans la misère. En effet, ces
préjugés
font obstacle à l’aide économique, sociale et culturelle dont les
citoyennes et
citoyens à l’aide sociale ont besoin pour se sortir de la pauvreté.
Depuis quelques années,
le FCPASQ
a aussi développé, en alliance avec des intellectuelles et
intellectuels, une
expertise qui lui permette de contrer certaines idéologies et discours
négatifs
sur le vécu des personnes assistées sociales, principalement véhiculés
dans les
médias.
Après plus de 25 ans
d’existence, on peut dire que le
FCPASQ, avec peu de moyens, mais grâce au travail militant de ses
membres et
aux alliances développées avec les principaux mouvements sociaux au
Québec est
devenu la voix politique, une conscience dérangeante, et l’espoir de
milliers
de citoyennes et citoyens qui se retrouvent à l’aide sociale mais qui
refusent
l’exclusion, la pauvreté et l’oppression et qui revendiquent qu’on
cesse de les
priver du droit d’exercer leur citoyenneté et de vivre dans la dignité.
Ce document est un outil de présentation de la plateforme de revendications du Front Commun des personnes assistées sociales du
Québec.[2] Il a fait l’objet d’une tournée auprès des
groupes membres du FCPASQ et il a été soumis à une assemblée générale
décisionnelle au mois d’avril 2004.
Une vision de société est
à la
base de cette plateforme de revendications :
Nous
croyons que la lutte à la pauvreté des personnes assistées sociales
dépasse le
cadre de la sécurité du revenu
et qu'elle doit être accompagnée de changements plus globaux, se
situant dans
un projet de société où l'économie est au service des personnes
d'abord.
L’élimination de la pauvreté nécessite des changements qui prennent en
compte
l’ensemble de la situation et qui visent à changer les fondements même
de notre
société. Un monde d’interdépendance, de coopération et de soutien
mutuel. Bref
un monde solidaire mobilisé par la recherche du Bien commun.
«Le Bien
commun, c’est la terre, patrimoine commun de l’humanité.
C’est le respect des droits fondamentaux, individuels et collectifs,
inscrits
dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, dans les
diverses
conventions et protocoles internationaux et dans nos chartes québécoise
et
canadienne. C’est l’ensemble des valeurs, règles et institutions qu’une
société
se donne pour assurer le bien-être de toutes et tous. Le Bien commun
c’est le
phare qui permet de débusquer les exclusions et l’outil qui permet de
retisser
les liens sociaux brisés. C’est la richesse commune d’une société. Le
Bien
commun nous appelle à avoir le sens de l’autre, il nous convie à
l’action et à
l’engagement pour la justice, pour l’égalité en droit et en fait, pour
la
solidarité et la liberté.»[3]
Nous
croyons que la lutte contre l'exclusion passe principalement par la
promotion
du droit à la citoyenneté. Les
personnes assistées sociales, bien qu'exclues du marché de l'emploi
salarié,
sont d'abord et avant tout des citoyennes et citoyens à part entière du
Québec.
À ce titre, elles sont impliquées activement dans le fonctionnement de
cette
«cité»[4].
Ce rôle devrait être reconnu et encouragé. Le droit à la citoyenneté
devrait
être au centre de tout programme de soutien du revenu aux personnes.
Nous pensons
qu’il n’y a pas d’avenir
possible pour l’humanité sans une répartition équitable de la richesse, l’égalité entre les femmes et les hommes, et le respect de
l’intégrité physique et psychologique des femmes.
Nous pensons que,
dans le contexte actuel de la globalisation des marchés, ce projet de
société
que nous revendiquons ne sera possible qu’à
travers la mondialisation des solidarités.
Cette
mondialisation des solidarités se
vit partout, chaque jour, par toutes ces personnes qui luttent pour
l’accès à
l’eau, à la terre, à l’éducation, à la santé, contre la pauvreté,
contre la
violence sous toutes ses formes. Nous le faisons avec amour, passion,
détermination, courage et fierté. Nous agissons pour nous, pour les
enfants et
pour un monde meilleur.
Nous
pensons que toutes les personnes doivent être reconnues comme
citoyennes. C'est pourquoi nous
demandons la mise en place d'un Revenu social garanti UNIVERSEL,
qui
assure à toute citoyenne et tout citoyen, peu importe l'origine de sa
demande,
un revenu équivalent au seuil de pauvreté.
Dans le présent document,
avant
de présenter l’ensemble de la plateforme de revendications du FCPASQ
telle qu’adoptée
à l’assemblée générale d’avril 2004, nous en rappelons l'origine et
explicitons
le processus de révision.
C'est en 1988,
dans le cadre du débat sur la réforme de l'aide sociale, que le FCPASQ
se dote
d'une première plateforme de revendications. Le but d'un tel outil
était alors
de proposer, lors des consultations publiques de l'époque, un projet de
réforme
élaboré par et pour les personnes assistées sociales.
En 1996, à la
veille d’une autre réforme de l’aide sociale et suite à la publication
des
résultats d'une recherche menée par deux professeurs de l'Université de
Montréal, Christopher McAll et Deena White, avec lesquels travaillait
notamment
Jean-Yves Desgagnés, le FCPASQ effectue une première révision du
contenu de sa
plateforme de revendications.
Cette
recherche portait sur la pauvreté et l'insertion au travail des
personnes
assistées sociales. La conclusion : les personnes assistées sociales,
dans leur
cheminement et dans leur projet de réinsertion au travail, étaient
confrontées
à cinq barrières importantes : la pauvreté, la discrimination, la
difficulté d'accès à la formation, le système de sécurité du revenu et
le
marché de l'emploi.
Suite à cette recherche,
une tournée a été effectuée pour,
d’une part, en diffuser les résultats et, d’autre part, pour mener une
consultation sur les solutions à mettre de l'avant afin de faire tomber
les
barrières à la réinsertion sociale et professionnelle des personnes
assistées
sociales. Cette tournée réalisée dans sept régions du Québec a rejoint
au-delà
d'une centaine de personnes, principalement des personnes assistées
sociales et
des personnes intervenantes travaillant avec cette population. Par
rapport au
volet solutions de la tournée, plus
de 450 propositions
furent formulées.[5]
Le comité de travail du
FCPASQ chargé de mettre à jour la
plateforme de revendications est saisi des résultats de cette tournée.
Celui-ci
compare ses résultats à la plateforme de 1988, et aux propositions de
réforme
du Comité Bouchard/Labrie/Noël, l’un des deux rapports soumis à la
ministre de
la Sécurité du revenu en vue d’une réforme de l’aide sociale. De cette
comparaison, émane une proposition qui est distribuée dans les groupes
membres
du FCPASQ pour fins de discussion. En juin 1996, lors d'une assemblée
générale
spéciale, cette proposition fait l'objet d'un débat et est adoptée.
En
décembre 2002, lors du congrès du FCPASQ, une démarche de réflexion
nous
conduit à la nécessité de mettre à jour la plateforme de revendications
de 1996
dans le but de proposer, une nouvelle fois, une alternative élaborée
par et
pour les personnes assistées sociales.
Le Congrès
confie à l’assemblée générale le mandat de revoir le contenu de la
plateforme
de revendications.
C’est au cours de l’année
2003
que l’assemblée générale amorce le travail de révision et de réécriture
de la
plateforme de revendications.
La
première décision de l’assemblée générale est de confier la
coordination de la
révision de la plateforme au comité de formation. Celui-ci, pour le
processus
de révision, est ouvert aux groupes membres du FCPASQ intéressés à
s’impliquer
dans ce processus.
Pour
mener à bien son mandat, le Comité de formation élargi propose en avril
2003, à
l’assemblée générale du FCPASQ, un calendrier de travail de révision
échelonné
sur un an.
Du mois
d’avril au mois de juin, le comité de formation travaille d’abord à la
production d’outils de travail pour une tournée à l’automne 2003
comprenant les
éléments suivants :
Ø Un
historique de l’évolution du débat sur le Revenu
de citoyenneté au Québec depuis l’adoption par le FCPASQ, en 1996,
du
Revenu social garanti.
Ø Une
section de clarification sur les principales formules de Revenu de
citoyenneté
mises de l’avant au Québec à partir de la vision sous-jacente à chacune
des
formules et de leurs principales différences.
Ø Une
section sur les fondements d’un Revenu de citoyenneté
ü Qu’est-ce
qui pose problème dans les programmes de soutien du revenu actuel?
ü Quels
objectifs devraient être poursuivis par un Revenu de citoyenneté?
Ø Une
section sur les questions incontournables
ü Ce
revenu doit-il être universel et inconditionnel?
ü Ce
revenu devrait-il être versé sur une base individuelle ou familiale?
ü À
quel seuil de revenu devrait être établi le Revenu de citoyenneté? (en
ce qui a
trait aux besoins essentiels, au seuil de pauvreté, etc.)
ü Peut-on
mettre en place un tel revenu sans modification à la fiscalité?
ü Etc.
Au
mois de septembre, une session de formation est organisée auprès des
groupes
membres. L’objectif de cette session est de permettre l’appropriation
de ces
outils pour qu’ils soient repris dans chacun des groupes et que le plus
grand
nombre de militantes et militants des groupes puissent participer de
façon
éclairée au débat sur le Revenu de citoyenneté.
De
septembre à novembre 2003, plusieurs groupes membres du FCPASQ tiennent
des
rencontres de formation auprès de leurs membres. Pour chacune des
rencontres,
un rapport synthèse est retourné au comité de formation élargi qui en
fait la
compilation en dégageant les consensus, les divergences et les
questionnements
pour préparer l’assemblée générale du 4 décembre 2003.
Lors
de cette assemblée générale, le comité de formation fait rapport des
points de
convergences et de divergences et soumet à l’assemblée générale deux
hypothèses
: Un Revenu social garanti conditionnel et un Revenu social garanti
universel.
La deuxième hypothèse rallie une majorité des groupes présents.
En
février 2004, sur la base des orientations du Congrès de décembre 2002
et de la
volonté de l’assemblée générale de décembre 2003 d’aller vers un Revenu
social
garanti universel, le Comité de formation élargi fait parvenir aux
groupes
membres un cahier de propositions d’une nouvelle version de la
plateforme de
revendications de 1996.
À
partir de ce moment, les groupes sont invités à prendre connaissance du
contenu
de cette proposition et à formuler des amendements jusqu’au début
d’avril pour
les retourner au comité de formation élargi.
Celui-ci compile les
amendements
proposés par les groupes, en fait l’analyse pour fins de
recommandations à
l’assemblée générale. La synthèse et les recommandations du Comité de
formation
élargi sont retournées aux groupes avant la tenue de l’assemblée
générale.
Les 22-23 avril 2004, les
personnes déléguées de 24 groupes membres débattent des amendements
proposés et
adoptent la nouvelle plateforme de revendications du Front commun des
personnes
assistées sociales du Québec.
Au moment de l’adoption
de la plateforme de revendications
en avril 2004, aucun texte n’accompagnait les 3 principes au cœur de
notre
plateforme.
Une démarche a donc été
proposée aux groupes membres du
FCPASQ, pour nous permettre de vivre un
processus de recherche de cohérence
et s’entendre sur ce que ces principes signifient pour nous. Cette
démarche a
été vécue par plusieurs groupes et différentes instances du FCPASQ
durant
l’année 2006. Un rapport faisant état de la démarche a été retourné à
tous les
groupes, pour validation à l’hiver 2007.
À partir des réactions et
commentaires rapportés par les
groupes, une proposition a été élaborée. Cette proposition a été
déposée,
discutée et adopté au congrès de juin 2007.
3.
NOTRE
PLATEFORME DE REVENDICATIONS
Notre plateforme de
revendications comprend deux sections : en 3.1, les barrières à
l’exercice
de notre citoyenneté et en 3.2, les conditions nécessaires à l’exercice
d’une
citoyenneté pleine et entière.
Les deux principales
barrières
identifiées à l’exercice de notre citoyenneté sont les systèmes
néolibéral et
patriarcal (voir annexe I) qui créent et renforcent les
inégalités, la
pauvreté et l’exclusion. Une société où les valeurs dominantes sont
l’individualisme, la compétitivité, la performance, la productivité, la
rentabilité, la flexibilité, la surconsommation…
Cette
section fait aussi référence à huit barrières : la pauvreté, la
discrimination et les préjugés, la désinformation, le système
d’assistance
emploi, l’absence d’un véritable droit à la formation, la détérioration
des
conditions de vie, les conditions du marché du travail et finalement la
privatisation et le manque d’accès à des services publics.
La pauvreté est une
conséquence :
ü de
la détérioration des conditions minimales de travail,
ü de la non reconnaissance du travail invisible non rémunéré,[6],
ü d’un salaire minimum qui n’a toujours pas été
indexé
et qui demeure toujours en dessous du seuil de faible revenu de
Statistiques
Canada,
ü des
coupures du gouvernement fédéral dans le programme d’assurance emploi
et de
celles du gouvernement du Québec dans le programme d’aide sociale
ü et
de l’insuffisance des prestations qui empêche les prestataires de ces
programmes d’assurer leurs droits fondamentaux tels que se nourrir, se
loger, se
vêtir, se soigner, etc.
Cette insuffisance des
prestations est elle-même le résultat d’un choix politique délibéré
visant à
garder un écart suffisant entre le salaire minimum et l’aide sociale
afin
d’obliger les personnes assistées sociales à réintégrer le marché du
travail à
n’importe quel prix et à n’importe quelles conditions.
En
raison de leur
condition
sociale, les personnes assistées sociales sont victimes de
préjugés
généralisés. Les plus répandus sont
à l’effet qu’une personne à l’aide
sociale
est une personne paresseuse, fraudeuse, ignorante, qui ne sait pas
gérer son
budget, qui vit aux crochets de la société, etc. Ces
préjugés sont
généralisés
et véhiculés dans les familles, par les réseaux de
personnes amies,
professionnelles, politiciennes et par des médias qui en font
leur
pâture
quotidienne, etc. Changer un chèque à la banque, louer un
logement,
faire une
demande d’emploi, se présenter au bureau d’aide
sociale voilà quelques
situations dans lesquelles les personnes sont susceptibles
d’être
confrontées à
des préjugés. Ces derniers peuvent se transformer en
discrimination si
le
logement est soudainement «déjà loué»
ou le poste affiché, «déjà
comblé»[8].
Si les préjugés
entraînent des
pratiques discriminatoires, ils ont également des conséquences sur la
dignité
des personnes. À cause des préjugés, les citoyennes et citoyens à
l’aide
sociale développent un sentiment de honte, une perte d’estime de soi,
s’isolent
pour survivre et parfois développent un problème de santé mentale.
Voilà
pourquoi les personnes assistées sociales ne veulent pas s’identifier à
leur
propre groupe d’appartenance, ce qui rend d’autant plus difficile
l’organisation et la défense des droits.
On peut dire également
que les
préjugés sont une arme idéologique de répression sociale visant à
maintenir les
personnes assistées sociales dans l’isolement afin d’éviter qu’elles
développent, comme d’autres groupes de personnes opprimées, par exemple
les
travailleuses syndiquées et travailleurs syndiqués et les femmes, un
contre-pouvoir. En conséquence, comme le dit Albert Einstein «Il est
plus
difficile de désagréger un préjugé qu’un atome»[9].
La désinformation est le
résultat
de la concentration des médias qui nous proposent un point de vue
unique et qui
alimentent les préjugés à l’égard des personnes assistées sociales. Par
exemple, dans le domaine des quotidiens au Québec, à part le journal
indépendant Le Devoir, le nombre de
joueurs d’importance est ramené à deux, Québécor et Gesca. Nous
réaffirmons
l’importance du droit d’accès à une information de qualité, complète et
diversifiée qui permette la gestion critique des complexités de notre
monde.
Le système d’assistance
emploi
(c’est-à-dire la Loi, les Règlements, les normes, les agentes et
agents)
consiste d’abord et avant tout à contrôler et à culpabiliser les
personnes. Ce
système pénalise les personnes faisant preuve de débrouillardise et
d’autonomie, par exemple imposition des gains de travail à
100 %
au-delà des gains permis, refus de soutenir les personnes ayant leur
propre
projet de formation. Ce contrôle et la culpabilisation des personnes
s’exercent
par des façons de faire lourdes et complexes. La vie privée des
personnes, en
particulier des femmes, est constamment violée par des visites à
domicile
inquisitrices cherchant une conjointe ou un conjoint même s’il n’y en a
pas.
Les personnes sont présumées malhonnêtes d’où les demandes constantes
de
documents, de preuves, etc., dès qu’il y a réalisation de gains de
travail ou
entrée d’avoir liquide dans un compte de banque. Il n’est pas rare
d’être
convoqué pour des remises de chèque main à main, en particulier si la
personne
ne présente aucune contrainte à l’emploi. Même l’expertise d’un médecin
traitant est mise en doute si le rapport médical permet la
reconnaissance de
contraintes sévères ou temporaires à l’emploi. De plus, comme le
système repose
sur le postulat que les personnes sont coupables jusqu’à preuve du
contraire,
il est fréquent que les personnes soient victimes d’enquête à leur insu
ou que
les prestations d’aide sociale soient coupées avant que les personnes
aient pu
s’expliquer.
Emploi-Québec,
l’organisme du
gouvernement du Québec ayant pour mission d’accompagner les personnes
sans
emploi dans leurs démarches d’intégration en emploi, s’est révélé,
depuis sa
mise en place, incapable de développer une offre de service capable de
répondre
aux besoins des personnes assistées sociales.
Retourner à l’école n’est
pas
évident quand on a de jeunes enfants chez soi, quand on approche la
quarantaine
ou la cinquantaine et, surtout si on a quitté l’école en bas âge. Pour
une mère
de famille, concilier études et responsabilités familiales c’est
difficile.
Cela demande des mesures de formation facilitant cette conciliation.
Avoir
accès à des formations qualifiantes répondant aux besoins des
personnes,
respectueuses de leur rythme d’apprentissage, est pourtant une
condition
essentielle à la réussite d’une formation.
Pour Emploi-Québec, les
personnes
assistées sociales ne sont pas une priorité. En raison de l’origine de
son
financement et de l’entente Canada-Québec, les trois quarts de son
budget
proviennent du gouvernement fédéral et sont réservés aux prestataires
d’assurance emploi. D’autre part, les mesures d’Emploi-Québec ne sont
pas
considérées comme un droit mais comme un service. Les personnes
assistées
sociales, et celles qui sont en chômage, ne jouissent donc d’aucun
recours réel
pour contester un refus de formation.
En même temps qu’elles
s’appauvrissent, les personnes assistées sociales assistent également à
une
détérioration de leurs conditions de vie, notamment en ce qui concerne
le
logement, l’accessibilité aux médicaments et la qualité de leur
environnement.
Le
logement
Selon le dernier dossier
noir du
Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) publié en
janvier
2004[10],
les problèmes de logement n’ont pas régressé au Québec entre 1981 et
2001. En
2001, 35,9 % des ménages locataires payaient 30 % et plus de
leur
revenu à l’item logement comparativement à 28,3 % en 1981, tandis
que
17,6 % des ménages locataires consacraient 50 % et plus de
leur
revenu comparativement à 13,6 % en 1981. Selon le FRAPRU, cette
situation
est encore pire chez les ménages à faible revenu, notamment pour ceux
ayant
moins de 10,000 $ de revenu par année. En 2001, 53,8 % des ménages
ayant
moins de 10,000 $ de revenu consacraient plus de 80 % de leur
revenu au
paiement de leur loyer. Et ces chiffres ne tiennent même pas compte de
la crise
du logement qui a aggravé encore davantage la situation.
Même si les ménages
locataires
consacrent une part disproportionnée de leur revenu au logement, ils
sont
souvent condamnés à vivre dans des logements insalubres en raison de la
négligence des propriétaires de logements locatifs. Toujours selon le
FRAPRU,
en 2001, 30,1 % des logements locatifs avaient besoin de
réparation
comparativement à 28,4 % en 1981.
L’accessibilité
des médicaments
En raison de la
croissance sans
limites des coûts des médicaments provoquée par l’appétit insatiable
des
compagnies pharmaceutiques et l’absence d’une politique gouvernementale
de
contrôle des coûts des médicaments, de plus en plus de personnes
assistées
sociales se privent de leurs médicaments ou sont forcées de jouer à la
roulette
russe avec leurs prescriptions au risque même, en certains cas, de
mettre leur
vie en danger.
La qualité
de l’environnement
La destruction de la
forêt boréale,
des cours d’eau de plus en plus pollués, un air de plus en plus vicié
en milieu
urbain par la pollution atmosphérique produite par les voitures,
l’absence
d’évaluation environnementale gouvernementale avant même la
construction d’une
nouvelle usine (Ex.Belledune en Gaspésie), tout cela affecte la qualité
de
l’environnement de l’ensemble de la population. Toutefois, plus souvent
qu’autrement, les conditions de vie des citoyennes et citoyens en
situation de
pauvreté sont davantage affectées par ces problèmes que le cinquième le
plus
riche de la population. Ce sont les personnes en situation de pauvreté
qui sont
habituellement forcées de vivre près des zones industrielles et des
usines
polluantes.
Le néolibéralisme et la
globalisation des marchés ont rendu le marché du travail précaire. En
voici
quelques illustrations :
ü multiplication
d’emplois à temps partiel, sur appel, occasionnels, à contrats à durée
déterminée et à horaires brisés;
ü intensification
de la réalité du télétravail et du travail autonome avec peu ou sans
protection
sociale;
ü contournement
des conventions collectives par l’embauche à partir d’agences de
placement;
ü absence
d’un véritable statut pour les artistes, ce qui les prive d’un revenu
décent et
d’avantages sociaux.
En plus d’être éclaté, le
marché
du travail est également difficile d’accès pour certaines catégories de
personnes en raison des exigences dites du marché de l’emploi. Des
qualifications sont demandées (ex. un secondaire V) pour des emplois
qui n’en
n’ont pas nécessairement besoin. Souvent, les acquis des personnes ne
sont pas
reconnus ou il y a refus d’embaucher des personnes en raison de leur
âge, sexe,
origine, orientation sexuelle, religion, statut social, santé,
handicap, etc. Si
le chômage a beaucoup diminué dans les grands centres, il demeure
extrêmement
élevé en région. Le marché du travail est toujours incapable de fournir
des
emplois décents à toutes et tous, qui soient respectueux des limites et
des
capacités des personnes. Notons que les femmes se retrouvent encore
majoritairement dans les emplois précaires et sous-payés.
Au cours des dernières
années, en
raison des politiques néolibérales appliquées tant par les
gouvernements
péquiste et libéral au Québec, que conservateur et libéral à Ottawa,
nous
constatons un recul important dans l’accessibilité à plusieurs services
publics, notamment en ce qui a trait à la santé, à l’éducation, aux
garderies,
au transport en commun et aux services culturels, aux sports et aux
loisirs.
La santé
Les problèmes d’accès à
une ou un
médecin de famille, aux urgences, aux spécialistes se multiplient. On
manque de
lits dans les résidences pour personnes âgées en perte d’autonomie. Les
CLSC
sont sous-financés et cela rend difficile l’accès à plusieurs services,
notamment le maintien à domicile.
L’éducation
L’accès à l’éducation est
actuellement menacé par la privatisation à outrance et par la tentation
de
forcer un développement concurrentiel du système scolaire. Les frais de
plus en
plus importants imposés aux parents, (au niveau primaire et secondaire)
malgré
le principe d’une école gratuite et obligatoire pour toutes et tous,
nous
indignent profondément.
Les
garderies
En 1996, après des années
de
lutte des mouvements sociaux, en particulier du mouvement des femmes,
pour le
droit à des garderies publiques, gratuites et universelles, le
gouvernement du
Parti québécois de Lucien Bouchard mettait en place le Réseau des
centres à la
petite enfance (CPE). Bien que constituant un pas en avant, ce réseau
ne
reconnaît pas pour autant le droit à des services de garde gratuits
pour toutes
et tous. Une contribution de 5 $ est exigée aux parents peu
importe leur
niveau de revenu. On parle alors des garderies à 5 $. En janvier
2004, le
gouvernement libéral de Jean Charest hausse les frais de garde de 5 à
7 $.
Aussi, il modifie la Loi
des
services de garde permettant des hausses annuelles indexées au coût de
la vie.
Cette hausse est un dur coup pour les familles à faible revenu, en
particulier
pour les familles à l’aide sociale, dont le revenu ne suit pas
l’évolution du
coût de la vie. Pour nous, cela est une brèche importante qui rendra de
plus en
plus difficile l’accès aux garderies pour les familles à faible revenu.
Le
transport en commun
Historiquement, les
budgets
gouvernementaux consacrés au transport en commun ont toujours été
inférieurs à
ceux consacrés à l’entretien des routes. Avec la réingénierie du
gouvernement
Charest, les budgets du transport en commun n’ont pas été augmentés et
les
villes, où le transport en commun existe, ont dû augmenter la
contribution des
usagères et usagers. Le coût du transport en commun rend celui-ci de
moins en
moins accessible aux personnes à faible revenu. Et, si on vit en milieu
rural,
dans la plupart des cas, le transport en commun n’existe tout
simplement pas.
Les
services
culturels, les sports et les loisirs
Les villes
offrent de moins en moins de services culturels, de sports et de
loisirs. Lorsque
ceux-ci sont offerts, la contribution exigée rend ces services
inaccessibles
aux personnes à faible revenu.
En
conclusion, tous les
reculs
énumérés précédemment
résultent du fait que l’État a
énormément coupé
dans les
services publics pour atteindre le déficit zéro et pour
réduire les
impôts à
tout prix au nom du néolibéralisme.
Un
projet de société fondé sur la recherche du Bien commun
Notre plateforme de
revendications
s'inscrit dans un projet de société plus global centré sur la recherche
du Bien
commun. La liberté et le bien-être de la population doivent passer
avant le
libre marché. Pour nous, il est important de se recentrer sur nos
valeurs
profondes, nos aspirations collectives et le respect des droits
fondamentaux.
C’est un appel à la résistance, à l’action collective, à la justice, à
la paix,
à la diversité, au respect, à la dignité, à la solidarité et à des
alternatives
porteuses de changements.
Un projet de société
orienté vers la recherche du Bien commun passe par la reconnaissance du droit à la citoyenneté
pleine et entière de toutes et tous et
est fondé sur les principes suivants :
ü Le
respect de l'autonomie des personnes ;
ü Le
développement de rapports égalitaires entre les femmes et les
hommes ;
ü Une
répartition équitable des richesses.
Le respect
de l'autonomie des
personnes ;
Nous croyons et
reconnaissons le potentiel et les capacités de toutes les personnes.
Nous tendons vers l’autonomie lorsqu’il y
a écoute
de l’autre, lorsque nous respectons sa
liberté de parole, lorsque nous respectons ses choix, lorsque nos
pratiques
favorisent la prise en charge par les personnes, lorsque nous
permettons le
partage de connaissances et la collaboration à la réalisation des
tâches.
Nous tendons vers l’autonomie des personnes quand nous dépassons les préjugés et surmontons les obstacles dans nos organisations tels que les problèmes d’information et de participation.
Le
développement de rapports
égalitaires
Nous voulons un monde
d’égalité et rejetons le système patriarcal, l’atteinte de rapports
égalitaires
reste un défi entre les hommes et les femmes. Nous rejetons les
rapports basés
sur la discrimination en conformité avec l’article 10 de la Charte des
droits
et liberté de la personne[11].
Nous développons des
rapports égalitaires par l’accueil mutuel, l’absence de jugement, la
reconnaissance de similitudes dans les situations de vie, le respect
des
différences, les tentatives pour mieux connaître l’autre, l’intégration
dans un
groupe et la participation aux prises de décisions.
Nous tendons vers des
rapports égalitaires quand la personne est reconnue comme sujet de son
développement, que nous refusons de reproduire la pyramide social et
que nous
facilitons la participation aux prises de décisions.
Une
répartition équitable des
richesses
La pauvreté est le
résultat d’une répartition inéquitable des richesses. Toutes nos luttes
visent
à renverser cette situation d’injustice. Nous devons continuer nos
combats pour
l’atteinte de cet objectif.
Parallèlement à ces
luttes nous essayons à partir de nos groupes de répartir nos richesses
humaines
en mettant en commun nos richesses
individuelles et collectives. Ceci se réalise à travers l’entraide, le
partage
des connaissances et du vécu, l’implication, la reconnaissance des
contributions des personnes et de leur travail sous toutes ses formes.
Pour
réaliser une répartition équitable des richesses, nous devons surmonter les préjugés, l’individualisme et les
problèmes organisationnels.
Concrétiser
ces principes nous engage, comme citoyennes et citoyens, à :
ü lutter
contre la pauvreté ;
ü travailler
à la mondialisation des solidarités.
Pour avancer
en cohérence dans la réalisation d’un projet de société orienté vers la
recherche du Bien commun, nous proposons les priorités suivantes pour
le
Québec :
Ø un
Revenu social garanti universel (RSGU)
Ø un
meilleur soutien aux enfants et aux familles
Ø un
véritable droit au logement
Ø l’accès
gratuit à des services publics universels
Ø des
impôts au service du Bien commun
Ø une
lutte à la discrimination et aux préjugés
Ø une
lutte à la précarité au travail
Ø un
développement durable
Ø le
respect de l’environnement
Ø un
véritable droit à la culture
Exercer sa
citoyenneté
c'est se responsabiliser de sa propre vie, de celles des autres et de
son
environnement, c'est se former, c'est s’impliquer dans l’éducation de
nos
enfants, c’est prendre soin de ses parents, d’une personne malade ou en
perte
d’autonomie, c'est s'impliquer dans le développement de la communauté,
c'est
faire mille et une autres choses. Vivre en société est une tâche
exigeante qui
demande la collaboration de toutes et de tous.
Voilà pourquoi
nous demandons la reconnaissance des différentes formes de contribution
citoyenne par l’instauration d’un Revenu social garanti universel dont
les
principaux paramètres sont :
Le Revenu social garanti
universel est une reconnaissance économique de toutes les formes de
contribution sociale des citoyennes et citoyens de 18 ans et plus qui
composent
la société québécoise et canadienne en garantissant à toutes et à tous
le droit
à un revenu décent et cela dans le respect de la dignité des personnes.
Le Revenu social garanti
universel se veut un moyen de lutter contre la pauvreté et d’assurer
une
meilleure répartition de la richesse.
Le Revenu social garanti
universel est un nouveau programme social qui viendrait remplacer
toutes les
mesures fiscales (Ex. Crédit personnel de base) et de transferts (Ex.
Aide
sociale) de soutien du revenu, sauf les allocations familiales. (Voir
liste à
l’annexe 2)
Le Revenu social garanti
universel est établi sur une base individuelle et non sur une base
familiale.
Le Revenu social garanti
universel assure la couverture des besoins essentiels soit un montant
de base
équivalent au seuil de faible revenu après impôt d’une personne seule
établi à
chaque année par Statistiques Canada pour une population de 500,000 et
plus.
Pour l’année 2001, ce seuil était évalué à 15,559 $ par
Statistiques
Canada[12].
Tous les revenus gagnés
au-delà
du Revenu social garanti universel seraient imposés selon une table
d’imposition à taux progressif garantissant que chaque personne
contribue selon
ses moyens.
Le Revenu social garanti
universel est non saisissable.
Le Revenu
social garanti universel est géré par le ministère du Revenu.
La mise en
place d’un RSGU sera une opération complexe. Plusieurs programmes
sociaux et
fiscaux de soutien du revenu seront abolis et remplacés par le RSGU. Il
y aura
également des impacts financiers majeurs. Selon des projections qui ne
tiennent
pas compte des économies réalisées par l’abolition de plusieurs
programmes, une
telle proposition, appliquée seulement au Québec, couterait entre 44 et
58
milliards, soit l’équivalent de 15 % du Produit intérieur brut du
Québec
qui, en 2003, s’élevait à environ 245 milliards.
En conséquence, nous
croyons que
la mise en œuvre du RSGU devrait se faire par étapes. Par exemple, on
pourrait
l’appliquer dans un premier temps aux personnes en situation de
pauvreté, puis
aux familles ayant moins de 50 000 $ de revenus, ensuite aux
familles
gagnant entre 50 000 $ à 100 000 $ et finalement
aux
familles ayant un revenu supérieur à 100 000 $.
Comme nous
l’avons déjà souligné, le
RSGU serait versé à toute citoyenne et tout citoyen de 18 ans et plus. Cette
condition d’admissibilité risque toutefois d’exclure de ce programme
certaines
catégories de personnes. Par exemple, une personne immigrante en
attente du
statut de citoyenneté, une jeune mère monoparentale de 17 ans, etc.
Pour garantir à ces
catégories de
citoyennes et citoyens le droit à un revenu décent, le programme de
RSGU devra
donc comporter certaines règles d’exception.
Pour répondre
à ce besoin, nous réclamons le rétablissement d’un régime universel
d’allocations enfants en fonction de leurs besoins réels.
Ces allocations, tout
comme les
pensions alimentaires versées au bénéfice de l’enfant, ne doivent pas
être
traitées comme un revenu imposable.
De plus, nous demandons
de ne pas
considérer comme un revenu pour l’ensemble des programmes de transferts
(Ex.
prêts et bourses, aide sociale, etc.) les pensions alimentaires versées
au
bénéfice d’une ou un enfant.
Pour mieux soutenir les
familles,
nous réclamons également qu'il y ait un investissement massif de l'État
et des
acteurs socio-économiques de notre société (ex. Entreprises,
coopératives,
etc.) afin de créer un véritable réseau public, gratuit, universel de
garderies
avec des horaires adaptés répondant aux besoins des familles.
De plus, nous sommes
favorables à
une déduction fiscale reconnaissant le soutien financier des parents
envers
leurs enfants.
Les dépenses consacrées
au
logement correspondent à une partie importante du budget des ménages à
faible
revenu. Plus souvent qu'autrement, ces ménages se retrouvent dans des
logements
de piètre qualité. Une façon efficace de lutter contre la pauvreté est
de
s'attaquer aux coûts exorbitants des logements.
C'est pourquoi nous
demandons que
la proportion des revenus consacrée aux logements (loyer et
électricité) soit
limitée à 25 % du budget d'un ménage. Pour cela nous croyons
nécessaire :
ü qu'il
y ait plus de logements sociaux (HLM, coopérative d'habitation, OSBL,
etc.) ;
ü qu'il
y ait une réglementation des coûts de loyer et de la qualité des
logements sur
le marché privé ;
ü qu'on
accorde une subvention pour réduire les coûts de logement uniquement
aux
propriétaires qui se soumettent à des contrôles sur le coût et la
qualité de
leur loyer ;
ü que
l'on mette sur pied un comité de surveillance sur la qualité et les
coûts de
logement, composé de personnes représentantes des groupes de locataires
et de
la SHQ ;
ü que
l’on mette en place un programme d’urgence pour les gens sans logis,
tant et
aussi longtemps que les taux d’inoccupation seront sous la barre des
3 %.
ü que
l’allocation au logement soit appliquée à toute personne à faible
revenu.
ü que
l’on abolisse, dans la Loi et le règlement sur le soutien du revenu,
les
articles limitant la valeur permise pour être propriétaire de sa maison
afin
que les personnes assistées sociales puissent avoir accès à la
propriété sans
être pénalisées.
La réforme de la santé et
des
services sociaux, le virage ambulatoire, la réforme de l’assurance
médicaments
nous font craindre le pire en ce qui concerne l'accessibilité à des
soins de
santé pour les personnes à faible revenu.
Nous demandons le
maintien d'un
système public, gratuit et universel de soins de santé et de services
sociaux
pour toutes les personnes et la cessation de tous les projets de
privatisation
dans le domaine de la santé.
Nous demandons le
financement
accru du réseau de la santé et services sociaux, particulièrement pour
les
services de prévention offerts par les CLSC et les organismes
communautaires
autonomes.
Nous voulons un régime
d'assurance médicaments public, universel et gratuit pour les personnes
et les
familles sous le seuil de faible revenu après impôt (calculé selon
Statistiques
Canada pour une population de 500,000 et plus.)
Nous désirons une
réévaluation
des montants alloués comme prestations spéciales pour la santé pour
qu’ils
soient ajustés aux coûts réels, et que ces prestations soient
accessibles à
toute personne sous le seuil de pauvreté.
Nous demandons le
maintien et le renforcement d’un système public d’éducation gratuit
pour
l’ensemble de la population et ce, dans toutes les régions du Québec.
Nous demandons des
mesures
d’accès à la formation (moyens de transport, services de garde,
horaires
adaptés, par exemple) pour toutes les personnes quelles que soient leur
situation familiale, leur origine ou leurs limitations fonctionnelles.
Nous demandons
l’élargissement de
la politique de l’éducation des adultes dans une perspective de
formation
continue. Nous demandons que cette formation soit qualifiante et
transférable,
indépendamment du marché de l’emploi.
Notre
plateforme de revendications, en particulier la mise en place d’un
Revenu
social garanti universel, ne peut se faire sans des changements au
niveau de la
fiscalité. Voilà pourquoi nous demandons :
ü que
le régime fiscal soit revu et établi sur une base individuelle ;
ü que
les abris fiscaux accordés tant aux compagnies qu’aux individus soient
abolis;
ü que
le seuil d’imposition nulle (à partir duquel une citoyenne ou un
citoyen paie
de l’impôt) corresponde au seuil de faible revenu avant impôt d’une
personne
seule établi à chaque année par Statistiques Canada pour une population
de
500,000 et plus ;
ü que
le régime fiscal des particuliers et des entreprises assure une
meilleure
redistribution de la richesse et qu’il permette le transfert de
richesse
nécessaire au financement d’un Revenu social garanti universel
équivalent au
seuil de faible revenu avant impôt d’une personne seule établi à chaque
année
par Statistiques Canada ;
ü que
le régime fiscal favorise des objectifs sociaux comme la création
d'emplois, le
partage du travail, le respect de l'environnement, etc.
ü que
les entreprises contribuent davantage aux revenus de l'État (ex. :
un
impôt minimum devrait être perçu sur les revenus des entreprises comme
cela se
fait en Ontario et dans plusieurs états américains). Devrait être
exercé
également un meilleur contrôle de la fiscalité de ces entreprises;
ü que
les gouvernements du Québec et du Canada se fassent les promoteurs de
la «Taxe
Tobin», une taxe sur les transactions boursières internationales, au
sein des
instances diplomatiques internationales où ils siègent.
Pour lutter contre les
préjugés
et la discrimination, les mesures suivantes devraient être mises de
l'avant :
ü exiger
le respect et l'application des Chartes des droits de la personne,
notamment le
renforcement des droits économiques, sociaux et culturels ;
ü mettre
sur pied une campagne nationale d’information visant à contrer les
préjugés et
la discrimination.
Dans sa
politique gouvernementale de reconnaissance et de soutien de l’action
communautaire, le gouvernement québécois reconnaît la contribution
essentielle
de l’action communautaire autonome à l’exercice de la citoyenneté et au
développement social du Québec. Il est donc clair qu’il faut
reconnaître et
financer adéquatement les groupes de défense des droits au plan local,
régional
et national afin qu’ils assument pleinement leur mission. Ce
financement doit
être récurrent et indexé au coût de la vie.
Afin de mettre fin à un
processus
de croissance économique qui a pour conséquence l’augmentation du taux
de
chômage, nous croyons qu'il est possible, par une intervention de
l'État, de
contrer en partie ce processus. Nous croyons aussi que le gouvernement
du
Québec devrait se doter d'une politique de développement économique et
social
ayant pour objectif premier la création d'emplois durables. La
réduction
massive du temps de travail devrait être une des pistes à explorer pour
progresser dans cette voie.
Nous réclamons que le
salaire
minimum soit fixé démocratiquement par une instance formée de
représentantes et
représentants des organisations syndicales, patronales, des
travailleuses et
travailleurs non syndiqués, des personnes sans-emplois, et des groupes
de
femmes, etc. Le salaire minimum devrait être fixé à un niveau qui
assure un
revenu au-dessus du seuil de faible revenu après impôt (calculé selon
Statistiques Canada pour une population de 500,000 et plus).
Étant confronté à un
contexte
néolibéral de globalisation des échanges et de précarisation des
conditions de
travail, la conciliation famille, travail et vie personnelle ne saurait
constituer la seule voie à privilégier pour le gouvernement : le
travail précaire
doit disparaître.
Nous revendiquons le
droit au
travail dans des conditions acceptables avec un revenu décent.
Le concept de
développement durable
combine à la fois la durabilité écologique, le développement économique
et
l’équité entre les populations et les générations. Nous demandons un
développement planifié qui permette aux générations futures de
bénéficier d’une
bonne qualité de vie. Nous demandons le respect de la diversité
régionale et
des aspirations des régions à imaginer elles-mêmes leur développement.
Nous
privilégions le maximum de transformation de nos richesses naturelles
au niveau
local ou régional avant l’exportation.
Une société centrée sur
le Bien
commun pense à l’avenir de ses enfants. Elle réfléchit aux impacts
environnementaux de ses choix économiques et politiques, sinon, c’est
l’avenir
même de la planète qui est en jeu.
Nous demandons une prise
de
position par le gouvernement du Québec contre l’accord de la Zone de
libre
échange des Amériques (ZLEA), dans sa forme actuelle, et tout autre
accord
similaire afin d’éviter toute privatisation et commercialisation du
Bien
commun.
Nous demandons un
engagement à
créer des emplois qui prennent en compte un mode de production non
polluant, à
soutenir prioritairement l’agriculture familiale et biologique, à
préserver
véritablement nos forêts et nos cours d’eau.
Nous demandons
l’abolition du
programme de mini-centrales privées ou publiques sur les rivières du
Québec.
Nous demandons le
maintien du
caractère public des services et des infrastructures d’eau dans toutes
les
villes et municipalités du Québec.
Nous demandons le respect
et
l’application du Protocole de Kyoto[13] engageant chaque pays membre de la communauté
internationale à réduire ses émissions de gaz à effet de serre :
une
mesure visant à contrer le réchauffement de la planète.
La détérioration de la
condition des plus pauvres de
notre société est venue miner un droit fondamental de toute personne,
le droit
à la culture. Pourtant, le Canada et le
Québec se sont engagés à promouvoir ce droit, inscrit à l'article 15 du
Pacte
international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.
La
culture est l'âme d'un peuple. Ne pas y avoir accès, c'est être privé
d'une
part indispensable de soi.
Nous
demandons donc que le Québec respecte ses engagements par
a) un
meilleur support au travail de nos artistes,
b) un
meilleur financement des services culturels publics,
c) une
aide adéquate aux personnes et aux familles plus pauvres pour que
chacune
puisse participer à la vie culturelle et en bénéficier.
Les
systèmes
néolibéral et patriarcal
Le néolibéralisme c’est…
La libéralisation et la
globalisation croissante des marchés engendrent des iniquités
économiques et
sociales. La globalisation désigne
l’expansion de l’économie de marché. Le territoire de l’entreprise
transnationale est la planète et son marché, l’ensemble des pays
surtout les
plus riches. La globalisation diminue l’autonomie des pays tant dans la
gestion
de leur économie que dans leur capacité d’établir des politiques
indépendantes.
Pour favoriser l’adaptation des économies nationales à la
globalisation, les
gouvernements pratiquent depuis le début des années quatre-vingt,
quatre
politiques dites néolibérales :
· la libéralisation (levée des obstacles
aux échanges commerciaux) ;
· la déréglementation (abolition de
divers règlements : environnementaux, salaire minimum, etc.) ;
· la privatisation des secteurs jadis
nationalisés de l’économie (ex. : eau) ;
· le démantèlement des protections
universelles (coupes dans les programmes sociaux, éducation, santé,
etc.).
Le patriarcat c’est…
Un système de domination ou de
discrimination à l'égard des femmes.
Un système de valeurs, de règles,
de normes et de politiques fondé sur !a prétention qu'il existerait une
infériorité naturelle des femmes.
Le patriarcat s'exprime à travers
une hiérarchisation des rôles attribués aux femmes et aux hommes et
l'ensemble
des sociétés sur cette planète est traversé par des éléments du système
patriarcal.
La violence envers les femmes est
une des armes que le système utilise pour contrôler les femmes et ainsi
les
maintenir dans leur rôle. Et toutes les institutions économiques,
sociales,
politiques, culturelles et religieuses sont traversées par des éléments
du
système patriarcal (inégalité, discrimination, marginalité sociale,
etc.)
[1] Dumas, Evelyn. Avant-propos, Ensemble se donner une voix pour mieux être, Histoire du Front commun des personnes assistées sociales du Québec, avril 2002, 127 p.
[2] À l’annexe 3, vous trouverez une présentation brève et visuelle du contenu de la présente plateforme.
[3] Appel pour un Québec D’abord solidaires, le collectif D’abord solidaires, Le Devoir, 19 décembre 2002.
[4] Pour en savoir davantage sur cette question de la citoyenneté et de l'exclusion, nous vous référons à un excellent texte de Christopher McAll intitulé «Les murs de la cité : territoires d'exclusion et espace de citoyenneté» paru dans Lien social et Politiques- RIAC, 34, automne 1995, p. 81-91.
[5] Le
document synthèse et analyse de cette
tournée Les barrières à la réinsertion
sociale et professionnelle des personnes assistées sociales est
disponible
à la permanence du FCPASQ.
[6] Par exemple, le travail des mères et des pères auprès des enfants, les personnes aidantes dites naturelles, etc.
[7] PRÉJUGÉ: n.m. Croyance, opinion préconçue souvent imposée par le milieu, l'époque, l'éducation; parti pris, idée toute faite.
[8] McAll,
Christopher, White, Deena avec la
collaboration de Desgagnés, Jean-Yves, Fournier, Madeleine, Noraz,
Christel-Ange et Villeneuve, Lucie (1996) Structures,
systèmes et acteurs : Welfare et Workfare comme champ d’action
sociale, Équipe
de recherche sur la pauvreté et l’insertion au travail, Département de
sociologie, Université de Montréal, 206 p.
McAll,Christopher, Desgagnés, Jean-Yves, Fournier, Madeleine et Villeneuve, Lucie (1995) Les barrières à la réinsertion sociale et professionnelle des personnes assistées sociales et la réforme de la sécurité du revenu, Département de sociologie, Université de Montréal. 7 décembre 1995, p. 2.
[9] Pour en savoir plus sur les causes et conséquences des préjugés, voir Le BES : mythes et réalité, Guide de conscientisation sur les préjugés, Conseil canadien de développement social et Front commun des personnes assistées sociales du Québec, nov.1992, 63 p.
[10] Logement et pauvreté au Québec, Dossier noir, produit par le Front d’action populaire en réaménagement urbain, janvier 2004, 15 p.
[11] Article 10 : Toute personne a droit à la reconnaissance et à l’exercice en pleine égalité, des droits et libertés de la personne sans distinction,exclusion ou préférence fondée sur la race,la couleur, le sexe, la grossesse, l’orientation sexuelle, l’état civil, l’âge sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la condition sociale, le handicap ou l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap
[12] Bernard
Paquet, division de la statistique du
revenu, Ottawa, no 75F002MIF au catalogue no. 005. Site internet :
www.statcan.ca
[13] En
1997, les États du monde ont adopté le
Protocole de Kyoto. Cet accord international vise à réduire les
émissions des
gaz à effets de serre (GES) des pays industrialisés, ces gaz étant
principalement responsables du réchauffement climatique de la planète.
Le
Protocole fixe un objectif global de réduction des GES pour l'ensemble
des pays
industrialisés à 5,2 % de moins qu'en 1990. Pour plus
d’information, voir
le site Internet de Greenpeace Canada : www.greenpeace.ca/f.