CITOYENS

CITOYENNES

Nous le sommes

nous, personnes assistées sociales

MAIS

il nous faut un revenu

PLANCHER

pour pouvoir

exercer

nos droits

SANS QUOI

pour nous

LA CITOYENNETÉ EST UNE FICTION

Toute loi d’aide sociale doit prévoir un minimum,

un barème plancher pour couvrir les besoins essentiels:

se loger, se nourrir,

se vêtir.

SANS QUOI

La solidarité que le ministère proclame est un mensonge.

VERSION OCTOBRE 1999

 

DOCUMENT DE PRÉSENTATION

ET D'ANALYSE DE

LA LOI 186

Loi favorisant le soutien du revenu

et

favorisant l'emploi et la solidarité sociale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

document préparé par Jean-Yves Desgagnés

pour les groupes membres du FCPASQ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Montréal, le 19 octobre 1999

 

 

 

INTRODUCTION

Ce document a été conçu sur la base des données disponibles suivantes: le contenu de la Loi 186 sanctionnée le 20 juin 1998, le nouveau règlement sur le Soutien du revenu en vigueur depuis le 01er octobre, sur la base de documents produits par Emploi-Québec sur les mesures actives et sur le soutien du revenu prévus pour les personnes participantes aux mesures actives.

Le présent document se subdivise en quatre parties :

  1. Une première partie fait une mise en contexte des principales étapes ayant amené à l’adoption de la Loi 186.
  2. La deuxième partie se veut une présentation des principaux changements apportés par la Loi 186 comparativement à la Loi sur la sécurité du revenu.
  3. La troisième partie fait le point sur le passage des mesures d’employabilité aux mesures actives.
  4. La dernière partie se veut un bilan de la Loi 186 à la lumière de la Plate-forme de revendications de la Coalition nationale sur l’aide sociale : le principal véhicule d’opposition à la réforme de la ministre Louise Harel pendant les deux années de luttes intenses ayant entouré les débats sur cette réforme.

 

 

  1. QUELQUES ÉLÉMENTS DE CONTEXTE
  2. La Loi 186 a été déposée à l’Assemblée nationale du Québec au mois de décembre 1997. Cette loi faisait suite à plus de deux ans de débats et de discussions.

    Il y a eu d’abord la formation, par le gouvernement du Parti québécois, du Comité d’experts Bouchard/Fortin qui pendant près d’un an travailla à une vaste réforme de l’aide sociale. Au terme de sa propre dynamique de réflexion, et suite à des désaccords profonds, ce comité produisit deux rapports: Chacun sa part de Bouchard/Labrie/Noël et Pour un régime équitable axé sur l'emploi de Fortin/Séguin. Le premier rapport, bien que comportant quelques propositions inacceptables, proposait une nouvelle approche en matière de sécurité du revenu. Le second rapport proposait nettement une continuité du système actuel de sécurité du revenu avec davantage d’obligations et de contrôle liés à l’emploi.

    En décembre 1996, Louise Harel dépose son Livre vert "Un parcours vers l’insertion, la formation et l’emploi". La réforme de l’aide sociale proposée comporte deux volets:

    Un premier volet portant sur l’aide financière proposant de revoir la structure de l’aide accordée aux personnes et aux familles à l’aide sociale afin:

    de retirer l’aide financière accordée aux enfants à même les prestations d’aide sociale et de transférer cet argent dans les versements d’allocations familiales;

    de retirer l'Allocation-logement versée aux familles à l’aide sociale afin de fusionner ce programme avec celui de Logirente pour les 60 ans et plus afin de créer, graduellement, un nouveau programme pour l’ensemble des faibles revenus ayant moins de 55 ans;

    de renforcer la division entre les aptes et les inaptes au travail en proposant de créer deux programmes distincts: un programme de Protection sociale pour les inaptes qui serait gérée par un organisme gouvernemental autre que le ministère de la Solidarité sociale, et un programme pour les aptes au travail de 18 à 55 ans , le programme d’Assistance-emploi, avec davantage de contrôle et d’obligations liés à l’emploi pour tous et toutes, et une obligation de participer à des Parcours pour les 18-24 ans sous peine de pénalités financières.

    Un deuxième volet aide à l’emploi qui propose une réorganisation en profondeur des services publics d’emploi par l’intégration des trois services déjà existants (Centre Travail-Québec, Société québécoise de développement de la main-d’oeuvre et Développement Ressources Humaines Canada) dans une nouvelle entité, Emploi Québec. La gestion relèverait à la fois du ministère de l’Emploi et de la solidarité et d’une Commission des partenaires du marché du travail formée des acteurs concernés par le développement de la main-d’oeuvre.

    Au printemps 1997, ce Livre vert fait l’objet d’une consultation. Plus de 140 organismes sont entendus en commission parlementaire. Le volet aide à l'emploi est bien accueilli tandis que le volet aide financière, à part l’élément proposant le retrait des enfants de l’aide sociale, est l’objet de vives critiques.

    Au mois de juin 1997, le volet aide à l’emploi du Livre vert fait l’objet d’un projet de loi: le projet de loi 150. Celui-ci est adopté sans grand débat véritable.

    Au cours de la même période, la ministre de la famille, madame Pauline Marois, dépose un projet de loi, le projet de loi 144, visant à retirer les enfants du chèque d’aide sociale et à intégrer cette aide financière dans une nouvelle allocation familiale intégrée. Ce Projet de loi fait l’objet d’une consultation particulière qui permettra de bonifier cette nouvelle allocation familiale en obtenant un droit acquis pour les familles admis à l’aide sociale avant le 1er septembre 1998. Ce droit acquis garantit à ces familles, même au-delà de septembre 1998, le même niveau d’aide financière qu’avant l’entrée en vigueur de la nouvelle allocation familiale. Pour les autres, la nouvelle allocation familiale représente une perte entre 100 $ et 300 $ par année.

    Au mois d’octobre 1997, le ministre des Affaires municipales, Rémi Trudel, fait adopter un décret visant à retirer de l’aide sociale l’Allocation logement et à fusionner ce programme avec celui de LOGIRENTE. On crée ainsi une nouvelle Allocation logement unifiée, inspirée des règles de calcul les moins avantageuses des deux programmes. La nouvelle allocation fait l’objet de dénonciations et certains adoucissements y sont apportés afin d’atténuer les pertes et de les échelonner sur trois ans.

    Au mois de décembre 1997, la ministre de l’Emploi et de la solidarité, madame Louise Harel, dépose son Projet de loi 186 qui reprend les derniers éléments de son Livre vert concernant la restructuration de l’aide financière. Ce Projet de loi confirme nos pires appréhensions soit la transformation, pour les personnes considérées aptes au travail, du régime d’aide sociale en régime de "workfare". Nous obtenons toutefois des adoucissements sur certains points: notamment le maintien du barème de non disponible pour les 55-59 ans et le rétablissement d'une allocation de participation pour les personnes inscrites dans un parcours. En même temps qu'elle dépose son projet de loi, la ministre annonce une série de bonifications financières dont la plupart seront introduites par voie réglementaire :

    - L'abolition de la coupure de partage du logement pour les familles monoparentales;

    - La hausse de 60,000 $ à 80,000 $ de la valeur nette permise d'une maison ;

    - L'introduction d'une exemption partielle, jusqu'à concurrence d'un montant maximum de 100 $ par mois, des revenus de pension alimentaire pour les familles constitués d'au moins un enfant à charge de moins de cinq ans.

    - L'introduction d'une prestation spéciale de 500 $ pour le retour au travail à condition que:

    * la personne ait été prestataire depuis au moins trois mois consécutifs et ne pas avoir bénéficié de cette allocation spéciale dans les derniers six mois;

    * les revenus de travail soient équivalents ou supérieurs à la prestation spéciale.

    - Une hausse graduelle des gains de travail permis de 184 $ à 222 $ par mois (+ 38 $) pour les personnes seules et de 231 $ à 287 $ par mois (+ 56) pour une famille;

    - Une harmonisation des règles d'application de la contribution parentale à l'aide sociale avec celle des Prêts et Bourses. Comme les seuils de revenus des parents à partir desquels s'appliquent la contribution parentale sont plus élevés aux Prêts et Bourses, moins de jeunes se verront appliquer la contribution parentale et les montants demandés seront un peu moins élevés que présentement.

    - Des assouplissements au programme APPORT afin de favoriser l'admissibilité et de diminuer les réclamations lors de la conciliation annuelle.

    En mai 1998,, suite à un engagement obtenu par la Coalition nationale sur l'aide sociale auprès du Premier ministre Lucien Bouchard, la Loi 186 fait l’objet d'une consultation particulière. Lors de cette consultation, une vingtaine d’organismes sont invités à présenter des mémoires. Un consensus se dégage de cette consultation: la Loi 186 n'améliore pas la couverture des besoins essentiels, on ne veut pas des parcours obligatoires et la proposition de rendre saisissable une partie de la prestation pour les propriétaires de logement est rejetée par la majorité des groupes.

    Suite à cette consultation, une première série de nouveaux amendements sont apportés au Projet de loi 186. Puis, suite à la rencontre entre les représentants de la Coalition et le Premier ministre Lucien Bouchard, une série de nouveaux amendements sont apportés. En tout, une centaine d'amendements seront finalement apportés au Projet de loi 186 avant son adoption le 19 juin 1998.

     

  3. LES GRANDES LIGNES DE LA LOI 186

La Loi 186 sanctionnée le 20 juin 1998 compte 230 articles comparativement à 142 articles pour la Loi sur la sécurité du revenu. À première vue, on serait porter à croire que la Loi 186 apporte des changements majeurs relativement à la loi actuelle. Il n'en est rien. Sur les 230 articles de la Loi 186, une trentaine seulement apportent des changements par rapport à la Loi sur la sécurité du revenu. Le reste des articles est une copie conforme de ce qui existe présentement dans la Loi sur la sécurité du revenu.

La Loi 186 est d'abord et avant tout une continuité de la loi actuelle avec quelques changements rapprochant davantage le régime d'aide sociale québécois d'un régime de "workfare".

2.1 UNE LOI ET TROIS PROGRAMMES

L'un des principaux changements apportés par la Loi 186 est de remplacer les trois programmes actuels (SOUTIEN FINANCIER, APTE et APPORT) contenus dans la Loi sur la sécurité du revenu par trois autres programmes (PROTECTION SOCIALE, ASSISTANCE EMPLOI et APPORT) (Voir Tableau en annexe).

LE PROGRAMME PROTECTION SOCIALE (ART.59 A 66)

Ce programme vient remplacer l'actuel programme SOUTIEN FINANCIER. Comme le précédent, ce programme s'adresse d'abord aux personnes dites "inaptes au travail" ou, selon le vocabulaire de la nouvelle loi, aux personnes présentant des contraintes permanentes ou d’une durée indéfinie à l'emploi. Celles-ci auront droit à une Allocation pour contrainte permanente ou d’une durée indéfinie à l'emploi équivalent à l'actuel barème de Soutien financier.

Ce programme s'adresse également aux personnes ayant 55 ans et plus qui elles auront droit à une Allocation des aînés équivalant à l'actuel barème de non disponible. Il est à noter qu'en vertu de l'article 63 l'admission à ce programme est laissée au libre choix de la personne. L'article 65 permet au ministre de déléguer la gestion de ce programme à un autre organisme gouvernemental que le ministère de la Solidarité sociale. Comme présentement, les personnes ayant des contraintes sévères à l'emploi (inaptes) admises au programme de Protection sociale ou d’Assistance-emploi ne seront pas soumises à la coupure de partage de logement et à l'obligation de faire des démarches pour l'obtention d'une contribution parentale (Art.27).

Attention. Malgré l’entrée en vigueur de la loi, ce programme n’est toutefois pas en application au moment décrire ce texte. Le ministre de la Solidarité sociale, monsieur Boisclair, suite aux pressions des groupes représentants les personnes handicapées, les personnes ayant des problèmes de santé mentale et les personnes vivant une déficience intellectuelle, a décidé de reporter à une date indéterminée l’entrée en vigueur de ce programme. Ce report est un gain supplémentaire dans la lutte que nous avons menée contre la réforme de l’aide sociale. Les personnes ayant des contraintes sévères à l’emploi demeureront dans le programme d’Assistance-emploi et pourront ainsi, sur une base volontaire, participer aux mesures d’Emploi-Québec. Ce qui n’aurait pas été possible en étant dans le programme de protection sociale.

LE PROGRAMME D’ASSISTANCE-EMPLOI (ART.13 A ART.58)

Ce programme vient remplacer l'actuel programme APTE. Comme le précédent, ce programme s'adresse d'abord aux personnes aptes au travail ou, selon la nouvelle loi, aux personnes n'ayant pas de contrainte à l'emploi ou seulement des contraintes temporaires à l'emploi. Toutefois, avec l’abandon du programme de Protection sociale, les personnes ayant des contraintes permanentes à l'emploi ou âgées de 55 ans et plus font automatique partie de ce programme. Si le programme de Protection sociale avait été mis en vigueur, l’accès à ce programme aurait été sur une base facultative c’est-à-dire uniquement pour les personnes ayant des contraintes permanentes à l’emploi et désireuses d'avoir accès aux mesures actives d’Emploi-Québec.

Quant à la structure des barèmes de ce programme, elle ressemblera en partie à celle actuelle de la Loi sur la sécurité du revenu:

- les personnes n'ayant pas de contraintes à l'emploi recevront une prestation de base équivalant à l'actuel barème de non participant;

- les personnes ayant des contraintes temporaires à l'emploi recevront une prestation de base augmentée d'une allocation pour contrainte temporaire à l'emploi équivalant à l'actuel barème de non disponible;

- les personnes ayant des contraintes sévères à l'emploi recevront une prestation de base augmentée d'une allocation pour contrainte sévère à l'emploi équivalant à l'actuel barème de Soutien financier.

En ce qui concerne les personnes participantes à des mesures actives, celles-ci auront droit à une allocation d’aide à l’emploi qui sera gérée par Emploi-Québec. Les personnes qui participeront à des mesures actives recevront donc une aide financière qui sera versée par cet organisme.

Certaines personnes auront droit à l’allocation minimale de 130 $ par mois qui leur sera versée au quinze jours, tout en continuant de recevoir leur chèque d’aide sociale.

D’autres personnes recevront une allocation d’aide à l’emploi qui les sortira de l’aide sociale : ces personnes ne seront donc plus considérées comme des personnes assistées sociales. C’est donc dire que ces personnes ne seront plus soumises à la Loi et aux règlements de l’aide sociale, notamment : au partage du logement, à la vie maritale, à la limite des gains de travail permis et des avoirs permis, à la pénalité de 150 $ par mois pour refus ou abandon d’emploi, etc. De plus, pendant toute la durée de leur participation à cette mesure, ces personnes pourront continuer de bénéficier du carnet de réclamation donnant aux prestations spéciales de santé : dentistes, lunettes, etc.

Comme vous pourrez le constater un peu plus loin dans ce document, les personnes admises à ce programme, sauf celles ayant des contraintes sévères à l’emploi, seront soumises à davantage de contrôle en ce qui concerne leur disponibilité à l'emploi. Tandis que les jeunes de 18 à 24 ans seront soumis à l'obligation de participer à des PARCOURS.

LE PROGRAMME APPORT (ART.67 A ART.97)

Celui-ci est en tout point identique à ce lui qui existe présentement dans la Loi sur la sécurité du revenu. Le principal changement apporté se retrouve à l'article 96 de la Loi 186. Ce changement va permettre l'annulation du remboursement réclamé aux familles dont la situation a changé de façon importante en cours d'année et qui ont signifié ce changement sans délai.

2.2 DE NOUVELLES OBLIGATIONS :

Comme nous l'avons mentionné précédemment, les personnes admises aux programmes d’Assistance-emploi, sauf celles ayant des contraintes sévères à l’emploi, seront soumises à davantage d'obligations en vertu des articles 45 à 57 de la Loi 186.

2.2.1 Faire de la recherche d'emploi

Toute personne admise à ce programme, sauf celle ayant des contraintes à l'emploi ou participant à des mesures d’aide à l’emploi, ou à des PARCOURS, ou à de la formation (Art.46) devra, en vertu de l'article 45, entreprendre les démarches appropriées à sa situation afin de trouver un emploi convenable et se conformer aux instructions du ministre à cette fin. Pour ce faire, et cela en vertu de l’article 47, toute personne devra se présenter à une entrevue convoquée par le ministre pour lui fournir des renseignements ou lui donner des instructions visant à l'aider à trouver un emploi convenable. Lors de cette entrevue, le ministre peut demander à l’adulte :

- de s’inscrire auprès d’un service de placement reconnu par le ministre et de communiquer à des fréquences raisonnables avec cet organisme;

- de rechercher activement un emploi convenable, notamment par une participation à une activité structurée de recherche d’emploi.

Un manquement à l’une ou l’autre de ces obligations, peut, en vertu de l’article 55, faire l’objet d’une réduction de la prestation, qui, en vertu de l’article 154 du règlement a été fixé à 150 $ par mois pour une période de 12 mois lors d’un premier refus. Pour les personnes seules et les familles biparentales une autre pénalité de 150 $ par mois pendant 2 mois peut s’ajouter à la première pénalité pour un deuxième refus qui survient avant que la première pénalité ne se soit écoulée.

2.2.2 Ne pas refuser ou abandonner un emploi convenable

De plus, cette personne ne doit pas, sans motif sérieux, refuser un emploi convenable ou l'abandonner ni la perdre par sa faute, pour une durée temporaire ou permanente (Art.49). Un manquement à cette obligation peut faire l’objet d’une réduction de la prestation tel que prévue à l’Article 55 de la Loi et 154 du règlement. (voir explication au paragraphe précédent)

Un congédiement constitue une perte d'emploi par la faute de l'employé s'il résulte notamment d'une insouciance caractérisée face à l'emploi ou d'une inconduite (Art.52)

De plus, une personne ne peut refuser d'occuper un emploi qu'elle peut reprendre compte tenu des conditions qui lui sont applicables (Art.53) Ce dernier refus peut faire l'objet d’une des sanctions suivantes : refus d'une demande, d'une réduction, d'une suspension ou d'une cessation du versement de la prestation.

Quels motifs sont acceptés comme motifs sérieux de refuser ou d’abandonner un emploi ?

L’article 50 de la Loi 186 prévoit huit (8) motifs sérieux de refus ou d’abandon :

Quant à l’article 51, elle reconnaît six autres motifs valables d’abandon :

2.2.3 Obligation de participer à des PARCOURS pour les 18-24 ans

En plus des obligations précédentes, l'article 56 de la Loi 186 prévoit que les jeunes de 18 à 24 seront soumis à l'obligation de se présenter à une entrevue convoquée par le ministre visant à évaluer leur situation et à identifier certaines activités à réaliser dans le cadre d'un PARCOURS. En vertu de l'article 57, un manquement à cette obligation, sans motif valable, entraînera une réduction de la prestation dont le montant et les conditions seront déterminés par règlement.

Attention. Même si la Loi est présentement en vigueur, l’obligation de participation à des parcours pour les 18-24 ans n’est pas encore en application. Elle le sera seulement à compter de septembre de l’an 2000.

 

2.3 DAVANTAGE DE RECOURS

En même temps qu'elle prévoit davantage d'obligations pour les personnes, la Loi 186 prévoit davantage d'obligations pour le ministre et une amélioration des recours.

2.3.1 De nouvelles obligations pour le ministre

Selon la Loi 186, le ministre aura davantage d'obligations à l'égard des personnes, notamment celle de prêter assistance à toute personne qui le demande pour lui faciliter la compréhension des programmes et la rédaction d'une demande d'admissibilité à une prestation (Art.36 et 85). Les articles 38 et 87 obligent également le ministre d'informer, aussi complètement que possible, les personnes sur leurs droits et obligations et sur l'existence des mesures, programmes et services prévus par la Loi 186, du programme de prestation familiale du Québec, du supplément de prestation nationale pour enfants du fédéral, du programme d'Allocation-logement unifiée de la SHQ et des programmes d'aide financière de dernier recours de la RAMQ.

2.3.2 Les améliorations au niveau des recours

La Loi 186, comme c'est le cas présentement avec la Loi sur la sécurité du revenu, prévoit deux recours: la révision (Art.128) et l'appel (Art.139).

Toutes les décisions, sauf celles rendues en vertu du Titre I (Mesures programmes et services d’aide à l’emploi d’Emploi-Québec), de l'article 16 (dénuement total), du deuxième alinéa de l'article 82 (versements anticipés du programme APPORT) et de l'article 115 (pouvoir discrétionnaire du ministre de réduire ou d'annuler une dette), peuvent faire l'objet de ces recours

Plusieurs dispositions de la Loi 186 viennent améliorer le mécanisme de la révision en assurant l'indépendance de celui-ci en le faisant relever d'une seule et même autorité (Art.129); en donnant davantage de pouvoir aux personnes pour se faire entendre et préparer leur dossier de révision (Art.132 et 133); en obligeant le ministre à accompagner les personnes qui requièrent une assistance dans la rédaction de la demande de révision (Art.131), et en obligeant le ministre à rendre une décision dans un délai maximum de 10 jours lorsque la prestation a été réduite de plus de la moitié (Art.134). La Loi 186 prévoit également une suspension des intérêts si une décision n'est pas rendue dans les 30 jours d'une demande de révision (Art.136)

Toujours en lien avec la révision, la Loi 186 prévoit une disposition obligeant le ministre à dresser un recueil annuel des décisions en révision et à le rendre accessible (Art.138). Cette disposition permettra de développer une certaine jurisprudence avec les révisions ce qui est difficilement réalisable présentement.

En plus des deux recours mentionnés précédemment, la Loi 186 institutionnalise un autre recours déjà existant soit le Bureau des renseignements et plaintes. Ce bureau est enchâssé dans la loi par les articles 119 à 127. Par rapport à la situation actuelle, ce bureau sera sous la responsabilité d'un comité, formé par le ministre, qui conseillera ce dernier sur les orientations générales relatives aux services rendus par ce bureau ou sur toute question soumis par le ministre. Les membres du comité seront choisis par les organismes les plus représentatifs des personnes sans emploi et des milieux sociaux et communautaires (Art.125).À chaque année, le Bureau des renseignements et plaintes doit produire un rapport soumis au comité et au ministre, et joint au Rapport annuel du Ministère de l'emploi et de la solidarité (Art. 127)

 

2.4 UN NOUVEAU RECUL

2.4.1 La possibilité de saisie d'une partie de la prestation

Malgré notre opposition très ferme à cette mesure lors du débat sur la réforme, la Loi 186 ouvre la porte à la saisie d'une partie de la prestation, dont les conditions et montant seront déterminés par règlement, pour les personnes en défaut de paiement de loyer (Art.32). En vertu de cet article, la saisie ne peut être effectuée par le ministère que suite à une ordonnance de la Régie du logement qui se voit octroyer ce pouvoir par les articles 187 et 188. Selon ces articles, la Régie pourra ordonner une saisie pour les loyers à échoir en autant que le propriétaire renonce à demander une résiliation du bail. La durée maximale d'application d'une ordonnance sera de deux ans et elle est applicable sur les loyers à échoir. Dans les cas de récidive (avoir déjà été soumis à une ordonnance dans les deux années qui précédent la nouvelle ordonnance) l'ordonnance pourra s'appliquer à tout propriétaire futur.

Attention. Suite à la publication du projet de règlement sur le soutien du revenu, qui prévoyait la possibilité de saisir de 40 à 48 % de la prestation de base des personnes touchées par cette mesure, le ministre Boisclair, face aux protestations exprimées et à la difficulté d’applications de la dite mesure, a décidé de retraiter sur cette question. Bien que le pouvoir de saisie demeure dans la Loi, l’application ne peut se faire puisque le règlement ne prévoit aucune modalité d’application. C’est donc dire que le débat n’est pas clos et qu’il faudra continuer à être vigilent sur cette question car, suite à l’abandon de cette mesure, le lobby des propriétaires est reparti en guerre pour faire plier le ministre.

 

2.5 DES BONIFICATIONS FINANCIÈRES

Lors du dépôt de la Loi 186, la ministre annonçait des bonifications financières. Celles-ci ne se retrouvent pas comme telles dans le texte de la Loi 186 puisque nécessitant plutôt des changements de l'ordre de la réglementation. Ces bonifications ont commencé à être mises en vigueur depuis le mois de juin 1998. Voici la liste de ces bonifications et la date de leur entrée en vigueur:

- L'abolition de la coupure de partage du logement pour les familles monoparentales.(juin 1998)

- Une nouvelle exemption de 100 $ par mois sur les revenus de pension alimentaire pour les familles qui comptent au moins un enfant de moins de cinq ans au 30 septembre d’une année. Les femmes recevant une pension alimentaire pour des enfants de plus de cinq ans n'auront pas droit à cette exemption. (juin 1998)

- Une prestation spéciale de 500 $ pour le retour au travail aux personnes assistées sociales et aux personnes prestataires de l'assurance-emploi dont le montant de la prestation hebdomadaire est égal ou inférieur à 250 $. (juin 1998)

- La hausse de la valeur nette permise d'une maison de 60,000 $ à 80,000 $ (décembre 1998)

- Une hausse des gains de travail permis sans coupure de la prestation. Les personnes seules et les familles monoparentales ont maintenant droit à des gains de travail de 200 $ par mois tandis que les couples ont droit à des gains de travail de 300 $ par mois. Sur la base des revenus de travail exclus avant décembre 1998, ceci représente une augmentation de 16 $ à 221 $ par mois des gains de travail permis selon le statut de la famille.(décembre 1998)

- Une harmonisation des règles d'application de la contribution parentale à l'aide sociale avec celle des Prêts et bourses. Comme les seuils de revenus des parents à partir desquels s'appliquent la contribution parentale sont plus élevés aux Prêts et bourses, moins de jeunes se verront appliquer la contribution parentale et les montants demandés seront un peu moins élevés que présentement. (reporté à une date indéterminée)

- Des assouplissements au programme APPORT afin de favoriser l'admissibilité et de diminuer les réclamations lors de la conciliation annuelle. (octobre 1999)

En plus des bonifications mentionnées précédemment, notre analyse de la Loi 186 nous porte à croire que celle-ci introduira une autre bonification soit:

- La possibilité, pour les femmes victimes de violence conjugale, d'être exemptées d'une réclamation. Selon l'avant dernier alinéa de l'article 110, "n'est pas tenu au remboursement le conjoint qui démontre qu'il a été dans l'impossibilité de déclarer sa situation réelle en raison de la violence de son conjoint à son égard ou à l'égard d'un enfant à sa charge." (octobre 1999)

 

  1. DES MESURES D’EMPLOYABILITÉ AUX MESURES ACTIVES

3.1 Quelques éléments de contexte

En 1997 les gouvernements du Québec et du Canada signaient une entente "L'entente Canada/Québec sur le développement de la main-d'oeuvre". Cette entente a eu pour effet de transférer au gouvernement du Québec, et ce pour une période de trois ans, la responsabilité et les budgets que le gouvernement fédéral consacrait au développement de la main-d'oeuvre. Depuis cette entente, le Québec est le seul et unique maître d'oeuvre de la gestion des budgets consacrés au développement de la main-d'oeuvre.

La conclusion de cette entente a pavé la voie à la réorganisation des services publics d'emploi et des programmes d'aide pour les sans-emploi offerts au Québec. Avec la Loi 150 adoptée en juin 1997, le gouvernement du Québec fusionnait les services d'emploi offerts jusqu'à maintenant par trois entités administratives (Développement et ressources humaines Canada, la Société québécoise de développement de la main-d'oeuvre, et le ministère de la sécurité du revenu) pour créer Emploi-Québec.

Cette nouvelle entité administrative, cogérée avec les partenaires du marché du travail, doit offrir à tous les sans-emploi, peu importe leur statut, des mesures actives visant à favoriser leur réintégration en emploi.

3.2 Les principales différences entre les deux types de mesures

Depuis le 1er avril 1998, les mesures actives offertes par Emploi-Québec sont le résultat d'une intégration des mesures d'employabilité de l'aide sociale et des programmes d'aide à l'emploi offerts par le fédéral aux chômeurs et aux chômeuses.

L'ensemble de ces mesures ont été regroupées sous quatre axes correspondant à celles de la Politique active du marché du travail . Voici, à partir des guides et bulletins d’interprétation produits par Emploi-Québec, une description de ces quatre axes et des mesures s’y rattachant :

L'axe "Préparation à l'emploi"

Sous ce chapeau, nous retrouvons quatre mesures :

les services d'aide à l'emploi ;

les programmes de préparation à l'emploi (on y a regroupé quatre mesures d'employabilité RADE, SEMO et Jeunes volontaires, Entreprises d’insertion) ;

la formation de la main-d’œuvre (c'est sous ce chapeau qu'ont été regroupés les mesures d'employabilité Rattrapage scolaire, Retour aux études post-secondaires, les achats de formation, les projets de formation axés sur l'emploi et SPRINT) ;

la mesure d'Insertion sociale qui est l'équivalent de la mesure d'employabilité EXTRA. Il est curieux que cette mesure, qui a toujours été très controversée, fasse toujours partie des programmes offerts par Emploi-Québec. La ministre Louise Harel s'était pourtant engagée à faire disparaître cette mesure. Ce sera à surveiller.

L'axe "Insertion en emploi"

Sous cette appellation, nous retrouvons trois mesures : les subventions salariales d'insertion en emploi (qui remplace PAIE), le Supplément de retour au travail et les Projets locaux de développement des compétences.

L'axe "Création d'emploi"

Pour l'instant cet axe ne comprend qu'une seule mesure: le Soutien au travail autonome qui regroupe l'ancienne mesure d'employabilité "Soutien à l'emploi autonome" qui était gérée par l'aide sociale et le programme "Travail indépendant" qui était géré par l’assurance-chômage.

L'axe "Maintien et stabilisation pour l'emploi"

On retrouve sous cet axe une seule mesure : "Concertation pour l'emploi". Ce nouveau programme regroupe deux anciens programmes qui étaient gérés auparavant par la SQDM et la DRHC.

3.3 Une politique de soutien du revenu fondée sur les allocations d’aide à l’emploi, le remboursement des frais supplémentaires et une aide d’appoint lorsqu’il n’y a pas participation à une mesure

Comme nous l’avons mentionné ailleurs dans ce document, avec l’entrée en vigueur de la Loi 186, les personnes sans emploi (y compris les personnes assistées sociales) qui participeront à l’une ou l’autre des mesures actives recevront un soutien du revenu qui sera géré et versé par Emploi-Québec.

Ce soutien du revenu comportera trois types d’aide :

3.3.1 Une allocation d’aide à l’emploi

Cette allocation est accordée à une personne qui participe à l’une ou l’autre des mesures actives d’Emploi-Québec: sauf la mesure " Service d’aide à l’emploi qui ne donne droit à aucune allocation de revenu" et à la mesure " Entreprises d’insertion " qui elle donne droit à une rémunération pour les personnes participantes.

L’allocation d’aide à l’emploi est accordée pour aider les personnes à subvenir à leurs besoins réguliers et raisonnables de subsistance au chapitre de la nourriture, de l’habillement, du transport, du logement, du téléphone, etc. Cette allocation peut prendre la forme d’un soutien individualisé ou d’une allocation normée. Voyons maintenant plus en détail les modalités de chacun de ces modes d’allocation.

Une allocation individualisée

Cette allocation individualisée du revenu est calculée sur le déficit entre les besoins et les ressources d’une personne participante à une mesure active avec comme maximum le salaire moyen d’entrée versé dans une région pour l’emploi visé. Afin de guider les agents dans l’évaluation des besoins des personnes, notamment sur leurs caractères raisonnables, ceux-ci sont invités à se référer à des outils sur les budgets de confort minimum (par exemple celui du Dispensaire diététique de Montréal et des associations d’économie familiale). De plus, le guide d’interprétation du ministère précise aux agents que les versements de pensions alimentaires, les dépenses de téléphonie autres que les services de base ainsi que les dépenses de cablodiffusion n’ont pas être prises en considération au moment de l’établissement des besoins.

Cette allocation individualisée du revenu est offerte uniquement aux personnes qui répondent aux deux critères suivants :

être considéré comme un participant à l’assurance-emploi c’est-à-dire recevoir un chèque de l’assurance-emploi ou avoir reçu ou été admissible à des prestations d’assurance-chômage au cours des 3 à 5 dernières années ;

participer à l’une des deux mesures suivantes : les Projets de préparation à l’emploi (sauf les entreprises d’insertion) et la mesure Formation de la main-d’œuvre (sauf la formation d’appoint).

Attention : Si, au début de sa participation à une mesure, le participant est un chômeur recevant des prestations de chômage, celles-ci seront considérés comme étant l’allocation d’aide à l’emploi en vertu de la partie I de la Loi sur l’assurance-emploi. Si les prestations de chômage sont considérées comme insuffisantes, une aide complémentaire en soutien du revenu peut être versée par Emploi-Québec. De plus, à la fin des prestations de chômage, si la mesure n’est pas terminée, une allocation d’aide emploi de type soutien individualisé peut être versée.

Une allocation normée

À la différence de l’allocation individualisé du revenu, l’allocation normée est fixe. Cette allocation est offert dans les situations suivantes :

aux personnes assistées sociales qui participent à une mesure active mais qui ne correspondent pas au critère pour être considérées comme " participant à l’assurance-emploi ". Le montant d’allocation minimale est 130 $ par mois et celle-ci est versée aux quinze jours. Pendant sa participation, la personne continue de recevoir son chèque d’aide sociale. Si on additionne les deux montants, cette personne recevra l’équivalant de ce qu’elle recevait auparavant en ayant le barème de participant.

aux sans-emploi (chômeurs, personnes assistées sociales) qui participent à l’une ou l’autre des mesures suivantes :

La mesure " Soutien au travail autonome "

Dans le cadre de cette mesure, les personnes participantes ont droit à une allocation normée de 276 $ par semaine, soit l’équivalent du salaire minimum.

Projets locaux de développement des compétences

Dans le cadre de cette mesure, les personnes participantes ont droit à une allocation normée variant entre 204 $ sur une base de 30 heures par semaine à 350 $ sur une base de 35 heures par semaine.

Insertion sociale

Dans le cadre de cette mesure, l’allocation est de 30 $ par semaine pour les personnes assistées sociales seulement.

Jeunes volontaires

Dans le cadre de cette mesure, l’allocation est d’un minimum de 165 $ par mois pour les personnes sans secondaire V, et de 300 $ par mois pour celles ayant un secondaire V.

Attention : Si, au début de sa participation à une mesure, le participant est un chômeur recevant des prestations de chômage, celles-ci seront considérées comme étant l’allocation d’aide à l’emploi en vertu de la partie I de la Loi sur l’assurance-emploi. Si les prestations de chômage sont considérées comme insuffisantes, une aide peut être versée par Emploi-Québec jusqu’au seuil de l’allocation normée. De plus, à la fin des prestations de chômage, si la mesure n’est pas terminée, une allocation d’aide emploi normée peut être versée.

Un soutien du revenu " d’exception " pour les " sans chèque "

Compte tenu des budgets actuels d’Emploi-Québec, la nouvelle politique ne prévoit aucun soutien du revenu pour ces personnes, sauf pour des situations exceptionnelles laissées à la discrétion des conseillers en emploi.

3.3.2 Le remboursement de frais supplémentaires liés à la participation à une mesure

En plus d’avoir droit à un soutien du revenu sous forme d’allocation d’aide à l’emploi de type individualisé ou de type normé, les participants aux mesures actives auront droit également aux remboursement de frais supplémentaires liés à la participation à une mesure active.

Ces frais supplémentaires, selon le type de mesures, pourront couvrir les éléments suivants : le remboursement des frais de gardiennage, de transport, de déplacement occasionnels, de déménagement, de séjour hors foyer, de frais de scolarité, d’autres de frais de formation (ex.frais d’inscription, d’évaluation, d’achat de matériel scolaire et d’équipement individuel obligatoire) et d’autres frais supplémentaires.

À la différence de maintenant où le remboursement des frais supplémentaires était prévu dans la réglementation, notamment dans la section portant sur les prestations spéciales, ceux-ci ont maintenant un caractère aléatoire c’est-à-dire qu’ils peuvent être remboursés selon le bon vouloir des agents et selon la disponibilité des budgets à Emploi-Québec.

Attention. Dans le cadre de la mesure " Service d’aide à l’emploi ", qui ne donne pas accès à une allocation d’aide à l’emploi, les personnes assistées sociales auront droit, en plus des frais supplémentaires, à une aide d’appoint de 6 $ par jour de participation pour couvrir les frais généraux. Cette aide est accordée de façon statutaire et sans plafond mensuel.

 

3.3.3 Une aide d’appoint sans participation à une mesure active

Cette aide peut être offerte à des personnes, peu importe leur statut de chômage, qui participent à des activités qui ne peuvent s’inscrire dans une mesure active.

Cette aide n’est pas automatique, donc à la discrétion de l’agent, et il appartient à la personne de démontrer qu’elle est incapable d’assumer la totalité ou une partie des coûts de l’activité.

Les activités admissibles pour cette aide d’appoint sont : les frais de déplacement pour se présenter à une entrevue d’emploi ou faire de la prospection ; les frais de traduction ou de vérification de traduction de documents scolaires émis par un établissement d’enseignement situé hors du Québec ; et les coûts des tests de reconnaissance d’équivalences (ex. Test de développement général ou Test d’équivalence de niveau secondaire).

Les revendicateurs de statut de réfugié, prestataires de la sécurité du revenu, qui participent à une activité de francisation, en dehors des mesures actives, peuvent se voir rembourser les frais de matériel scolaire, la carte de transport en commun ou les coûts du transport en commun.

3.4 Un système qui ouvre la porte à beaucoup plus d'arbitraire

La philosophie d'Emploi-Québec dans la gestion des mesures actives est de laisser beaucoup plus de latitude aux agents d'aide à l'emploi afin qu'ils puissent mieux répondre aux besoins des personnes. Une telle approche est séduisante mais elle augmente les possibilités d’arbitraire. Et cela est d'autant plus inquiétant que la Loi 150 instaurant Emploi-Québec n'a prévu aucun mécanisme de révision et d'appel des décisions prises en regard des mesures actives. Tandis que la Loi 186, en vigueur depuis le 1er octobre 1999, exclut les mesures actives et les allocations d'aide à l'emploi, de toute possibilité de révision et d'appel.

Pour l'instant, les seuls recours que nous avons sont d'ordre administratif: intervenir auprès des agents, des directeurs de CLE, faire une demande de réexamen administratif, faire une plainte au Bureau des renseignements et plaintes et au Protecteur du citoyen. Et, si toutes ces démarches s'avèrent veines, il nous reste toujours la voie des médias et le terrain politique.

3.5 Quelle évaluation peut-on faire maintenant de l’approche des mesures actives et de leur gestion par Emploi-Québec après un an d’existence ?

Que les budgets d’Emploi-Québec sont insuffisants pour répondre aux besoins de formation de l’ensemble des sans-emploi du Québec;

Qu’une grande partie des budgets d’Emploi-Québec provient des coupures faites ces dernières années aux chômeurs et chômeuses (75%) et de la conversion des budgets de l’aide sociale (les mesures dites passives) en budget pour Emploi-Québec (les mesures dites actives);

Que le gouvernement du Québec, en signant l’entente Canada-Québec, a accepté d’utiliser l’argent de ces coupures pour financer ses mesures actives en se soumettant aux conditions dictées par Ottawa : à savoir que l’argent transféré devait servir à aider en priorité les chômeurs actifs et les chômeurs admissibles c’est-à-dire les personnes ayant bénéficié de l’assurance-chômage au cours des 3 à 5 dernières années;

Que l’entente Canada-Québec a comme conséquence de maintenir, dans l’offre de mesures d’Emploi-Québec et dans le soutien du revenu qui est accordé aux personnes participantes, une discrimination fondée sur le statut de chômage selon l’ordre de priorité suivante : chômeur actif, chômeur admissible, assistance-emploi, sans chèque;

Que le Soutien du revenu accordé par Emploi-Québec sous forme d’allocation d’aide à l’emploi aux personnes participantes aux mesures ne tient pas compte des besoins réels des personnes et qu’il est inférieur au seuil de pauvreté .

Que l’accès à des mesures de formation , adaptée aux besoins des personnes, est menacé par la volonté annoncée par la ministre de ne financer que les mesures nécessitant une aide de courte durée;

Que le Droit à une formation, choisie sur une base volontaire, est nié par l’obligation de Parcours prévu pour les 18-24 ans pour septembre de l’an 2000 et par l’absence d’un droit de révision et d’appel des décisions rendues par Emploi-Québec prévu à l’article 128 de la Loi 186;

Que le panier des mesures d’aide à l’emploi offert par Emploi-Québec (qui constitue en fait une fusion des mesures qui existaient auparavant) contient encore des mesures ne garantissant pas un statut de travailleur aux personnes participantes à ces mesures (Ex. Insertion sociale (anciennement EXTRA), Projets locaux de développement des compétences, etc.)

 

IV LA LOI 186 : MALGRÉ CERTAINS GAINS…UN RECUL

4.1 Un rappel de nos revendications

Dans le cadre de la Coalition nationale sur l’aide sociale, une coalition d’organismes populaires, communautaires, féministes et syndicaux formée à l’initiative du FCPASQ et qui a été le fer de la lance de la résistance à la réforme de l’aide sociale de Louise Harel, la Plate-forme de revendications mises de l’avant était de :

i viser à faire des gains relativement à nos six principes et trois revendications prioritaires, en particulier, celui du droit fondamental à un revenu décent quelle que soit la cause du besoin

Nos six principes

1- toute personne a droit à un revenu décent qui permet de vivre dans la dignité.

2- toute personne a droit de participer à la société de façon pleine et entière que ce soit par l'emploi ou autrement.

3- l'État est responsable d'assurer une réelle distribution de la richesse et une véritable politique de création d'emplois de qualité.

4- le régime de sécurité du revenu doit reposer sur les valeurs démocratiques reconnues dans notre société et dans cette perspective il doit notamment favoriser l'autonomie des personnes et combattre toute forme de discrimination.

5- que l'aide financière soit dissociée de l'aide à l'emploi. nous refusons donc toutes mesures qui s'assimilent au "workfare".

6- une démocratisation du système de sécurité du revenu

Nos trois revendications prioritaires

que l'on reconnaisse à toute personne le droit à un revenu décent qui permet de vivre dans la dignité, peu importe l'aptitude ou l'inaptitude au travail, et que dans cette perspective le gouvernement commence par accorder, minimalement et en tout temps, une prestation qui corresponde aux besoins essentiels reconnus à l'annexe 12 du livre vert, ainsi que la couverture des besoins spéciaux réels.

que la participation à un PARCOURS, soit vers l'emploi ou soit d'insertion sociale, se fasse sur une base volontaire.

que le régime soit démocratisé par:

a) La reconnaissance de l'expertise des personnes elles-mêmes.

b- La mise en place de mécanismes d'évaluation indépendants.

c- La reconnaissance des droits des prestataires et l'existence de recours indépendants à tous les niveaux.

d- La reconnaissance du rôle des groupes de défense des droits des personnes assistées sociales dans le respect de leur autonomie.

ii refuser toute atteinte au revenu décent et à la couverture des besoins essentiels reconnus

iii s'assurer du maintien des personnes dites "inaptes" à la sécurité du revenu

iv obtenir que la participation à un parcours se fasse sur une base volontaire

v maintenir la non saisissabilité des prestations quel que soit le motif.

vi prolonger, au dela de septembre 1998, les droits acquis pour les familles ayant droit a la nouvelle prestation familiale (allocation unifiee pour enfants)

vii refuser toute mesure discriminatoire fondée sur l'âge, notamment pour les 18-24 ans (ex. option, agir, la coupure pour partage du logement, la contribution parentale)

4.2 LES GAINS ET LES RECULS

4.2.1 Les gains

Sur la base de ces revendications, notre analyse de la Loi 186 nous permet d'affirmer que certains gains modestes ont été faits sur deux de nos trois revendications prioritaires:

Bien que la Loi 186 ne comporte aucune affirmation du Droit à un revenu décent, donc aucun gain sur le fond de cette première revendication, nous devons toutefois admettre que plusieurs des bonifications financières obtenues ont signifié, au cours de la dernière année, une hausse de la couverture de leurs besoins essentiels pour des milliers de personnes et de familles (Voir tableau à l'annexe II).

Sur la question de la démocratisation du système nous devons reconnaître que nous avons marqué également quelques points. La Loi 186 prévoit des recours en révision et en appel, ce qui n'était pas prévu dans le Livre vert de la ministre. De plus, comme vous l'avez sans doute constaté précédemment, la Loi 186 apporte plusieurs changements à la mécanique de la révision qui assure à celle-ci une plus grande indépendance et qui donne davantage de pouvoir et de temps aux personnes pour se préparer à une révision. La Loi 186 institutionnalise également le Bureau des services et renseignements et plaintes qui relèvera maintenant d'un comité aviseur formé d'organismes représentatifs des sans-emploi, d'organismes sociaux et communautaires désignés par le ministre. Sur cette question de la démocratisation du système, la Loi 186 ne contient cependant aucune mesure garantissant des évaluations indépendantes et favorisant la reconnaissance formelle des groupes de défense des droits des personnes assistées sociales alors que les organismes communautaires offrant des services d'aide à l'emploi sont formellement reconnus à l'article 3-1˚.

4.2.2 Les reculs

La Loi 186, tel que nous nous y attendions, reprend malheureusement plusieurs éléments rétrogrades du Livre vert qui sont en opposition directe avec nos principales revendications:

La Loi 186 propose un pas de plus dans le workfare en obligeant les jeunes de 18 à 24 à participer à des PARCOURS obligatoires sous peine de pénalité et en soumettant l'ensemble des personnes et des familles admises au Programme d’Assistance-emploi à toute une série de nouvelles obligations, sous peine de pénalité également, visant à déterminer leur disponibilité à l'emploi. Relativement à toutes ces nouvelles obligations, il est clair que la Loi 186 devient un vaste programme AGIR auquel les jeunes et d'autres catégories de ménages ont déjà été soumis et dont on connaît les effets pervers sur les prestations.

La Loi 186 maintient l'idée de transférer, à un autre organisme gouvernemental, parions pour la Régie de rentes, les personnes admises au Programme de protection sociale.

La Loi 186 va de l'avant avec l'idée du Livre vert de permettre la saisie d'une partie de la prestation qui sera remise au propriétaire, suite à un jugement de la Régie du logement, pour les personnes en défaut de paiement de loyer.

La Loi 186, avec les nouvelles coupures liées aux obligations ainsi que celle liée à la saisie de la part logement de la prestation, ouvre la porte à de nouvelles atteintes au Droit à un revenu décent ainsi qu'à celle de la couverture des besoins essentiels reconnus. Non seulement le Droit à un revenu décent n'est-il pas reconnu mais la Loi 186 ajoute de nouvelles pénalités qui peuvent aller jusqu'au refus ou à la cessation de l'aide financière.

La Loi 186, en transférant la gestion des mesures d’aide à l’emploi, celle du soutien du revenu et des prestations spéciales d’aide à l’empoi à Emploi-Québec, amène un recul important au niveau de l’exercice des droits des personnes et cela, compte tenu que tout ce qui relève d’Emploi-Québec repose essentiellement sur des politiques internes et des normes administratives. La personne sans emploi (sur l’aide sociale ou à l’assurance emploi) qui se sentira lésée par une décision rendue par son conseiller n’aura plus, comme maintenant, d’assise légale et réglementaire pour faire valoir ses droits. Quant aux recours possibles, ceux-ci seront strictement d’ordre administratif (réexamen administratif et bureau des renseignements et plaintes).

CONCLUSION

À la lumière de ce qui précède, et malgré quelques bonifications financières ainsi que certaines améliorations au niveau des recours, la Loi 186 est en parfaite continuité avec le Livre vert "Un parcours vers l'insertion, la formation et l'emploi" et avec la Loi sur la sécurité du revenu. La Loi 186 perpétue et complexifie le système actuel de sécurité du revenu et pousse encore plus loin la logique de "workfare" introduite par la réforme de 1988. La Loi 186 de la ministre Louise Harel, et du gouvernement du Parti québécois, est totalement inacceptable sur le fond.

Quant au volet " aide emploi " de cette réforme, introduite par la Loi 150 avec la création d’Emploi-Québec qui devait permettre aux personnes assistées sociales et au sans chèque d’avoir droit aux mêmes mesures d’aide à l’emploi que les chômeurs et les chômeuses, nous constatons, après un plus d’un an d’existence de cet organisme, que cet engagement est loin d’être réalisé complètement et qu’il existe, autant au niveau de l’accessibilité aux mesures qu’au niveau du soutien du revenu, une discrimination fondée sur le statut de chômage (chômeurE, assistéE socialE, sans chèque). Nous constatons également que toute la réforme des services publics d’emploi n’a pas permise une réelle reconnaissance du Droit à une formation pour l’ensemble des citoyens et des citoyennes privées d’emploi ayant besoin d’un soutien pour réintégrer le marché du travail.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ANNEXES, SCHÉMAS

ET TABLEAUX

 

RÉFORME DE L’AIDE SOCIALE

1998-1999

TABLEAU DES BONIFICATIONS FINANCIÈRES

BONIFICATIONS FINANCIÈRES

GAINS POUR LES MÉNAGES

NOMBRE DE MÉNAGES

Abolition de la coupure de partage du logement pour les familles monoparentales

+ 100 $ par mois

 

14,000

Hausse la valeur nette

de la maison permise

 

Plus grande accessibilité à l'aide pour les propriétaires de maison et une augmentation moyenne de 150 $ par mois

pour ces ménages

 

2,000

Une nouvelle exemption

pour les revenus de pension alimentaire

pour un enfant de moins de 5 ans

 

Jusqu'à 100 $ par mois

 

10,000

Une prestation spéciale

pour le retour au travail

500 $ par six mois

40,800

Une hausse graduelle des gains mensuels

de travail permis

De 16 $ à 221 $ par mois

selon la situation

les ménages

 

 

40,000

Une harmonisation des règles d'application de la contribution parentale à l'aide sociale avec celle des Prêts et Bourses.

Moins de jeunes seront soumis à la contribution parentale et les montants réduits sur les prestations

Seront un peu moins élevés.

 

?

Assouplissement aux programmes

APPORT

 

Plus grande admissibilité

Annulation des remboursements

1000

1700

La fin de la capitalisation

mensuelle des intérêts

Diminution des montants à rembourser

?

L'introduction d'un barème minimum

pour les personnes recevant

une allocation de participation

À déterminer

lorsque nous connaîtrons la réglementation

 

?

La possibilité, pour les femmes victimes

de violence conjugale, d'être exemptées

d'une réclamation.

Des centaines et parfois des milliers

de dollars selon les situations.

 

?

Le maintien d'une allocation de participation pour les personnes participant à des PARCOURS

 

+ 120 $ par mois

?

Le maintient d'une allocation supplémentaire pour les personnes de 55 à 59 ans.

 

+100 $ par mois

?