LES JEUNES ET L’AIDE SOCIALE
EXISTE-T-IL RÉELLEMENT UNE
DÉPENDANCE INTERGÉNÉRATIONNELLE
JUSTIFIANT LA MISE EN PLACE DE PARCOURS OBLIGATOIRES ?
Document préparé par Jean-Yves Desgagnés
Montréal, le 09 novembre 2000
SUR QUELLES ÉTUDES S’APPUIT LE GOUVERNEMENT DU QUÉBEC POUR TENIR SON DISCOURS SUR LA DÉPENDANCE INTERGÉNÉRATIONNELLE ?
Parmi les nombreuses études produites par le ministère de la Solidarité sociale, une seule aborde la question de la dépendance intergénérationnelle chez les jeunes à l’aide sociale. Cette étude a été produite en 1995 par deux chercheurs du ministère de la Solidarité sociale : madame Nicole Lemieux et monsieur Pierre Lanctôt. L’étude a été publiée sous le titre " Commencer sa vie adulte à l’aide sociale
".L’étude a été consacrée aux jeunes assistés sociaux âgés de moins de 30 ans et, parmi eux, en particulier à ceux âgés de moins de 21 ans. L’étude comportait deux volets : un volet quantitatif et un volet qualitatif
.Dans le cadre du volet quantitatif, les chercheurs ont suivi, sur une période de dix ans, la trajectoire de la génération des jeunes de moins de 21 ans prestataires de l’aide sociale en 1983.
Sur la base de cette trajectoire, les chercheurs en sont arrivés à plusieurs constats, dont les plus véhiculés sont les suivants :
Sur la base de ces constats, ces chercheurs affirment, mais ne concluent pas pour autant, à une forte dépendance intergénérationnelle.
Toutefois, au plan politique, cette constatation fut reprise comme une conclusion forte de cette étude afin de justifier une approche coercitive auprès des jeunes et d’imposer les parcours obligatoires.
POURQUOI L’ÉTUDE DE LEMIEUX ET LANCTÔT NE POUVAIT PAS CONCLURE À UNE DÉPENDANCE INTERGÉNÉRATIONNELLE ?
Cette étude ne pouvait pas conclure à une dépendance intergénérationnelle pour les raisons suivantes :
CONCLUSION
À la lumière de ce qui précède, nous pouvons donc conclure que les constats statistiques faits dans l’étude Lemieux et Lanctôt ne peuvent être utilisés comme étant une preuve solide qu’il existe une dépendance intergénérationnelle chez les jeunes ayant recours à l’aide sociale.
De plus, pourquoi les auteurs de l’étude n’ont-ils pas tenté de faire un lien entre les jeunes ayant sortis définitivement de l’aide sociale (soit 60% des jeunes de la cohorte de 1983) et la présence ou non de parents ayant vécu eux mêmes une dépendance à l’aide sociale. Peut-être les auteurs craignaient-ils de découvrir que plusieurs de ces jeunes avaient eu des parents à l’aide sociale, que cela ne les avait pas empêchés de s’en sortir, ce qui finalement aurait porté un dur coup à la théorie de la dépendance intergénérationnelle.
Nous croyons fermement que ceux et celles qui utilisent l’étude de Lemieux et Lanctôt dans le but d’affirmer qu’il existe une preuve de dépendance intergénérationnelle chez les jeunes à l’aide sociale ne visent que deux fins : une fin idéologique visant à renforcer les préjugés à l’égard des jeunes, et une fin politique visant à justifier une remise en question du Droit à un revenu décent pour les jeunes et rendre ainsi conditionnel ce revenu à la participation à des parcours obligatoires.