Rapport de recherche – action n Volet - 2000-2001

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les bons rabais des supermarchés

et les personnes assistées sociales :

des pratiques DISCRIMINATOIRES…

mais des améliorations

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COLLECTIF POUR L’ÉQUITÉ DES BONS RABAIS EN ALIMENTATION

 

  • Club populaire des consommateurs de Pointe St-Charles
  • Front Commun des Personnes Assistées Sociales du Québec
  • Option Consommateurs
  • Regroupement des cuisines collectives du Québec

 

 

 

 

 

REMERCIEMENTS

Nous remercions les personnes suivantes qui ont participé au volet III de cette recherche-action:

 

 

  • CLUB POPULAIRE DES CONSOMMATEURS DE POINTE ST-CHARLES

Comité des spéciaux:

Ghislaine Lauzon Diane-Hélène Paquette

Diane Paquin Nathalie Monique Dupuis (pour la compilation)

et Jocelyne Leduc Gauvin Dtp., coordonnatrice

 

  • FRONT COMMUN DES PERSONNES ASSISTÉES SOCIALES DU QUÉBEC

Association de Défense des Droits sociaux de la Rive-Sud, Lévis:

Jacques Alain Michel Bourgault Stéphanie Gingras

et Marie Christine Brulotte Rioux, coordonnatrice (et déléguée du FCPASQ)

 

  • REGROUPEMENT DES CUISINES COLLECTIVES DU QUÉBEC (RCCQ)

a) Cuisines collectives de Francheville, Trois-Rivières:

Diane Barrette Ester Carignan Lucie Massicotte

b) Cuisine collective du Regroupement d’Entraide Sociale du Témiscamingue, Ville-Marie

Marie-Claire Charbonneau Diane Duguay Sylvie Fleury Ghislaine Gaudet, responsable et Gertrude Lavoie, coordonnatrice du RCCQ

  • OPTION CONSOMMATEURS

Nathalie Michaud, coordonnatrice de projets

 

 

Nous remercions également:

Grilles de calculs informatiques, tableaux et graphiques:

Jean-Claude Alain, Marie-Christine Brulotte Rioux, Jocelyne Leduc Gauvin et Guylaine Montpetit

 

 

Rédaction: Jocelyne Leduc Gauvin

© Club populaire des consommateurs de Pointe St-Charles Juin 2001

 

TABLE DES MATIÈRES

 

RÉSUMÉ *

INTRODUCTION *

Petit historique : des plaintes de consommateurs assistés sociaux *

Premières démarches de vérification et de sensibilisation *

1. LES TROIS PREMIERS VOLETS DE LA RECHERCHE *

1.1 Volet I: 1997-1998 *

1.2. Volet II: 1998-1999 *

1.3. Volet III - 1999-2000 *

2. VOLET IV : 2000-2001 *

2.1 Les partenaires et la démarche méthodologique *

TAB.I : Organismes partenaires et répartition des chaînes de supermarchés dans diverses municipalités*

TAB.II : Quelques exemples d'une grille de calcul de l'économie potentielle (section des légumes) IGA, circulaire du 30 octobre au 5 novembre 2000 *

2.2. Résultats et nouvelles tendances en 2000-2001 *

TAB. III: Économie potentielle des rabais : Nombre de fois où la semaine des chèques d’aide sociale est la meilleure semaine versus la pire semaine du mois *

TAB. IV : Économie potentielle des meilleurs rabais des circulaires des supermarchés - comparaison - synthèse entre la semaine la plus économique et la semaine des chèques d'aide sociale *

3. SYNTHÈSE DE L’ENSEMBLE DES VOLETS I À IV (1997-98/2000-01) *

3.1 Regard global sur les économies *

TAB. V : Synthèse des 4 volets - économies potentielle des semaines des chèques d'aide sociale versus les moyennes mensuelles *

TAB. VI: Comparaison des économies de la semaine des chèques d'aide sociale de janvier vs les économies moyennes du mois de janvier des supermarchés *

3.2 Analyse et commentaires: impact sur les personnes assistées sociales *

CONCLUSIONS *

RECOMMANDATIONS *

A N N E X E S *

Annexe 1 : ÉTUDES DES SPÉCIAUX 2000-2001 / MARCHÉ D'ALIMENTATION *

Annexe II (tableaux) *

Grille des spéciaux de IGA *

Grille des spéciaux de Métro *

Grille des spéciaux de Provigo *

Grille des spéciaux de Super C *

Grille des spéciaux de Loblaws *

Annexe III (graphiques) *

Économie potentielle des meilleurs spéciaux - MÉTRO *

Économie potentielle des meilleurs spéciaux - Provigo *

Économie potentielle des meilleurs spéciaux - IGA *

Économie potentielle des meilleurs spéciaux - Super C *

Économie potentielle des meilleurs spéciaux - LOBLAWS *

 

RÉSUMÉ

 

LES CIRCULAIRES DES SUPERMARCHÉS ET LES PERSONNES ASSISTÉES SOCIALES: DISCRIMINATION, QUELQUES PROGRÈS, PRIX CITRON

Les principales chaînes de supermarchés continuent leurs pratiques discriminatoires contre les personnes assistées sociales et les personnes âgées. C’est ce que déclare, encore une fois, le Collectif pour l’équité des bons rabais en alimentation à la suite de sa quatrième étude des circulaires. Le Collectif se compose des regroupements et organismes suivants: Front commun des personnes assistées sociales du Québec, Regroupement des cuisines collectives du Québec, Club populaire des consommateurs de Pointe St-Charles et Option Consommateurs.

Pendant 17 semaines entre octobre et février dernier, des comités bénévoles de ces organismes ont comparé les rabais des produits économiques de base dans les circulaires de IGA, Loblaws, Métro, Provigo et Super C. Encore une fois, le Collectif est en mesure d’affirmer que:

Analyse des quatre volets de l’étude, sur quatre ans: discrimination!

Une analyse rétrospective des quatre volets annuels de cette étude (1997 à 2001) révèle également que:

Déroulement de la recherche

À partir d’une grille composée d’une centaine de produits alimentaires économiques de base possibles, les rabais des circulaires de cinq chaînes de détaillants ont été relevés chaque semaine pendant quatre mois (novembre à février inclusivement). Les regroupements et organismes du Collectif ont recruté des comités bénévoles locaux de diverses municipalités qui prenaient charge chacun d’une circulaire de supermarché.

Progrès, reculs et prix citron

Depuis 1997-1998, le Collectif pour l’équité des bons rabais a consacré des énergies à sensibiliser les chaînes de supermarchés, les médias et le public à l’importance d’offrir aux personnes assistées sociales et aux personnes âgées le même accès aux rabais de base des circulaires qu’à l’ensemble de la population et ce, pendant la semaine des prestations mensuelles de ces catégories de consommateurs. Le Collectif est heureux de voir quelques signes d’améliorations chez certaines chaînes de supermarchés. Loblaws a fait des progrès vers l’équité, suivi de super C et Provigo et, à un moindre degré, de Métro. Cependant, ceci ne doit pas faire oublier que dans la plupart des chaînes les pratiques discriminatoires continuent au niveau des circulaires des rabais.

En particulier, cette année le Collectif pour l’équité des bons rabais décerne son prix citron à la chaîne IGA. En effet, IGA continue de faire la sourde oreille aux réclamations du Collectif et aggrave au contraire les inégalités. Pas une seule fois en quatre mois, IGA n’offre une semaine des économies les meilleures pendant la semaine des prestations d’Aide sociale ou des aînés. Au contraire, deux mois sur quatre, cette semaine des prestations était celle des économies les plus faibles dans les circulaires de IGA.

Atteinte au droit à l’alimentation et à la sécurité alimentaire pour tous

Le droit à l’alimentation figure parmi les droits élémentaires de la Déclaration universelle des droits de l’homme votée par les Nations-Unies en 1948: " Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé. son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation. "

Aujourd’hui, le terme de sécurité alimentaire décrit les divers aspects du droit à l’alimentation. " Il y a sécurité alimentaire quand toute une population a accès en tout temps, et en toute dignité, à un approvisionnement alimentaire suffisant et nutritif à coût raisonnable, et acceptable au point de vue social et culturel. La sécurité alimentaire suppose également un pouvoir d’achat adéquat et l’accès à une information simple et fiable sur l’alimentation pour pouvoir faire des choix éclairés. Il y a au contraire insécurité alimentaire quand on manque d’aliments, quand on a peur d’en manquer ou quand on subit des contraintes importantes dans le choix de ses aliments, contraintes qui affectent la qualité nutritionnelle du régime. "

Or, les pratiques discriminatoires des chaînes de supermarchés envers les consommateurs assistés sociaux ou aînés, diminuent leur pouvoir d’achat pour la nourriture à un moment crucial, celui où ils reçoivent leur chèque mensuel de prestations et constituent dans les faits une clientèle captive. De plus, ces pratiques des supermarchés augmentent les risques au niveau de la santé pour 372 000 ménages assistés sociaux et 245 000 personnes âgées à faibles revenus.

Voici à ce sujet un commentaire d’une bénévole ayant participé à la recherche-action:

" Lorsque nous avons payé notre loyer, notre chauffage, notre électricité et notre compte de téléphone, nous n’avons pas le choix de prendre le maigre budget qui reste pour faire notre épicerie au moment où les sous rentrent. "

Un appel à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse

Face à la poursuite des pratiques discriminatoires des chaînes de supermarchés, le Collectif pour l’équité des bons rabais a décidé de faire appel à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. La Commission a donc commencé à s’intéresser à ce dossier, ce qui encourage la Collectif à entrevoir l’avènement d’une plus grande équité des rabais à l’endroit des personnes assistées sociales et des aînées.

 

 

 

Jocelyne Leduc Gauvin

Club populaire des consommateurs de Pointe St-Charles

pour le Collectif pour l’équité des bons rabais en alimentation

 

INTRODUCTION

POURQUOI UNE RECHERCHE-ACTION SUR LES BONS RABAIS EN ALIMENTATION? UNE QUESTION D’ÉQUITÉ ENVERS LES PERSONNES ASSISTÉES SOCIALES

 

Petit historique : des plaintes de consommateurs assistés sociaux

Dans les années 1990, des organismes communautaires de Pointe St-Charles et de Trois-Rivières commencent à recevoir des plaintes de personnes assistées sociales concernant les circulaires des supermarchés. Étonnées, des intervenantes apprennent que pendant la semaine du versement des prestations mensuelles d’aide sociale, les circulaires offrent moins de bons rabais que les autres semaines du mois pour des produits de base tels les coupes économiques de viande ou de poulet, des légumes comme le brocoli ou les carottes, le yogourt, etc. Les plaignants indiquent que ces rabais sont offerts la semaine précédant l’envoi des chèques alors que le maigre budget destiné à l’épicerie est écoulé. Impossible, donc, de profiter des aubaines! Toutefois, la semaine du premier du mois, les circulaires offrent plutôt des rabais sur des produits coûteux (biftecks, crevettes, etc.) ou superflus (boissons gazeuses, croustilles, pâtisseries). Plusieurs témoins de ces pratiques ont été amenés à s’inquiéter de l’impact de ces politique de rabais sur leur santé et celle de leurs enfants.

 

Premières démarches de vérification et de sensibilisation

En 1995-1996, des participantes du Carrefour d’éducation populaire de Pointe St-Charles font une première comparaison de prix en collaboration avec le Club populaire des consommateurs. Cette première tentative sur un mois seulement semble confirmer les premières observations. On invite les supermarchés locaux ainsi que leurs bureaux-chefs à une assemblée d’information. Certains représentants y assistent. Toutefois, après quelques mois, on constate qu’une démarche plus vaste est nécessaire pour faire bouger les choses.

Pendant ce temps, les Cuisines collectives de Francheville, de Trois-Rivières, font part de leurs observations au Regroupement des cuisines collectives du Québec et à la Fédération des regroupements de familles monoparentales et recomposées du Québec. Celle-ci expédie une série de lettres aux dirigeants des chaînes mais sans que cela ne donne de résultats encourageants.

Sensibilisés les uns les autres, ces organismes et regroupements décident de former un collectif afin de réaliser une recherche-action plus approfondie et sur un plus vaste territoire. Si l’étude est concluante, on joindra les forces pour sensibiliser les supermarchés aux politiques de rabais et demander d’établir une offre de spéciaux plus équilibrée. C’est ainsi qu’en juin 2000, le Collectif se donne un nom officiel. Voyant que le projet initial de 1997-1998 risque de durer encore quelques années, les organismes partenaires se donnent pour nom: Collectif pour l’équité des bons rabais en alimentation.

1. LES TROIS PREMIERS VOLETS DE LA RECHERCHE

 

1.1 Volet I: 1997-1998

Le volet I de la recherche-action a été réalisé entre octobre 1997 et février 1998. Des comités de bénévoles de diverses municipalités entreprennent de faire une comparaison hebdomadaire des prix affichés dans les circulaires des 5 chaînes de supermarchés. Le Collectif constate que les principales chaînes offrent moins de bons " spéciaux " pendant les semaines de prestations d’aide sociale que pendant les autres semaines du mois. La présentation de cette recherche-action en conférence de presse suscite un vif intérêt de la part des médias et débouche sur de nombreux appuis du public .

Des représentantes du Collectif rencontrent alors des dirigeants de Provigo, IGA, Super C, Métro et Richelieu pour leur présenter les résultats. Le Collectif demande aux chaînes d’alimentation d’établir l’équité dans l’offre de bons " spéciaux " afin d’éviter de pénaliser les prestataires qui ne peuvent faire leur commande d’épicerie principale qu’à l’arrivée de leur chèque mensuel. Les dirigeants des chaînes ayant protesté de leur innocence et de leur bonne volonté, le Collectif leur a promis de faire une deuxième série de vérifications l’année suivante.

 

1.2. Volet II: 1998-1999

Comme le Collectif faisait des représentations en faveur des personnes assistées sociales, il trouve important et logique d’inviter le Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ) à participer au projet. De plus, le Club populaire des consommateurs de Pointe St-Charles devient également partenaire après avoir collaboré aux étapes préliminaires en 1995-1996.

De nouveau, nous procédons à l’examen des circulaires hebdomadaires des supermarchés entre novembre 1998 et février 1999 dans diverses municipalités.

Nous ne voyons aucune amélioration sur l’année précédente. Bien qu’elles soient informées de la situation par le Collectif, les chaînes Super C, Métro, Provigo, IGA et la petite chaîne Omni (Agora) continuent d’offrir moins de bons rabais pendant la semaine de versement des chèques d’aide sociale que pendant les autres semaines. Le Collectif considère qu’il s’agit d’une discrimination qui va à l’encontre du droit à l’alimentation inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme votée par les Nations Unies en 1948. Celle-ci stipule que : " Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation ". Le Collectif croit également que cette politique constitue une négation du Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels entériné par le Canada et le Québec en 1976 et qui édicte que " toute personne doit être à l’abri de la faim. "

Le Collectif a présenté les résultats du volet II lors d’un évènement médiatique en mai 1999. Celui-ci a été abondamment couvert par la presse écrite, la radio et la télévision. Après avoir fait l’évaluation du volet II, le Collectif a décidé de développer des moyens de sensibilisation du public et, avec l’accord des comités bénévoles impliqués, de réaliser un volet III de la recherche-action dans l’espoir de voir enfin certaines améliorations par rapport aux deux années précédentes.

Par la suite, le Collectif a initié une campagne de pétitions et de lettres d’appui destinées aux dirigeants des chaînes. Des organismes communautaires, des associations de consommateurs, des associations anti-pauvreté, des fédérations d’organismes et des individus de plusieurs régions du Québec ont participé à cette action. Au cours de l’automne 1999, le public a également été sensibilisé lors de conférences et présentation de kiosques, à l’occasion de colloques et de rassemblements. Enfin, le volet II a été présenté à une réunion de l’Office de la protection du consommateur, en octobre 1999, où on encouragea le Collectif à continuer ses démarches de sensibilisation.

 

1.3. Volet III - 1999-2000

Il est bon de noter que le Collectif n’a pu obtenir aucune subvention pour la réalisation de cette troisième recherche-action. Malgré l’importance des enjeux, plusieurs organismes partenaires se sont trouvés à bout de souffle à ce moment et ont dû se faire remplacer par d’autres volontaires. Ainsi, faute de ressources, la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec a dû se désister. Heureusement, l’ACEF de l’Outaouais a accepté de faire les relevés hebdomadaires des circulaires de Loblaws à Hull.

Le volet III permet de constater qu’en général, les supermarchés continuent d’offrir moins de bons rabais pendant la semaine où l’aide sociale est versée. De plus, le Collectif découvre que ces inégalités pénalisent également les personnes âgées qui reçoivent leurs prestations de la Régie des rentes la même semaine que les personnes assistées sociales obtiennent leur chèque.

Par ailleurs, quelques chaînes semblent vouloir réagir aux revendications des cinq organismes et fédérations du Collectif. Au cours du volet III, ces chaînes diminuent légèrement les inégalités dans l’offre de bons rabais lors du versement des prestations d’aide sociale et de la Régie des rentes, pénalisant un peu moins ces catégories de consommateurs. Chez Provigo et Super C, on réduit le nombre de fois où la semaine des chèques d’aide sociale constitue la " pire " semaine du mois pour le potentiel d’économie. De son côté, la chaîne IGA établit une " meilleure " semaine une fois sur quatre (versus aucune en 1998-1999), c’est-à-dire qu’elle réussit à placer de meilleurs rabais d’aliments de base au cours de la semaine correspondant au versement des prestations d’aide sociale.

Pour ce qui est de Loblaws, le Collectif constate que cette chaîne offre relativement peu de rabais de produits économiques de base, de façon générale, mais se concentre davantage sur des produits plus coûteux qui intéressent une clientèle aux revenus plus élevés.

Toutefois, contrairement à ces autres chaînes, Métro aggrave les inégalités au cours du volet III. Pendant les quatre mois de l’étude, le versement des prestations mensuelles des personnes assistées sociales coïncide avec deux " pires " semaines en terme de rabais et aucune semaine ne correspond aux " meilleurs " bons rabais dans les circulaires Métro. Le Collectif décerne ainsi à Métro, en 1999-2000, un prix " citron " pour cette mauvaise performance.

 

2. VOLET IV : 2000-2001

 

2.1 Les partenaires et la démarche méthodologique

Suite à une période de recrutement, un nouveau partenaire s’ajoute au Collectif. Il s’agit de Option Consommateurs. De plus, après une pause de deux ans, les cuisines collectives du Regroupement d’entraide sociale du Témiscamingue contribuent aux relevés. On trouvera la liste des partenaires plus loin. Le Collectif a également sensibilisé la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec à cette recherche-action.

Chaque organisme ou fédération partenaire a recruté des membres bénévoles pour la vérification d’un supermarché affilié à une chaîne pour une municipalité du Québec. Le tableau I présente les organismes ou fédérations, leurs organisations bénévoles, les chaînes d’alimentation et les villes dans lesquelles les relevés de " spéciaux " ont été effectués.

Les partenaires se sont partagés la vérification hebdomadaire des circulaires de cinq chaînes de supermarchés pendant quatre mois, soit de novembre 2000 à la fin de février 2001. En général, le chèque d’aide sociale est daté ou déposé le premier jour du mois. Cependant, si le premier du mois est un samedi, un dimanche ou un jour férié, le chèque est émis le dernier jour ouvrable du mois précédent, soit le 30 ou le 31.

 

TABLEAU I : ORGANISMES PARTENAIRES ET RÉPARTITION DES CHAÎNES DE SUPERMARCHÉS DANS DIVERSES MUNICIPALITÉS

Organisme partenaire

Organisation bénévole

Chaînes de supermarchés

Lieu de la collecte des
données

Front commun des personnes

assistées sociales du Québec

ADDS – Rive sud

Métro

Lévis

Regroupement des cuisines

collectives du Québec

a) Cuisines collectives de Francheville

b) Cuisines collectives du Regroupement d’entraide sociale

Super C

Trois-Rivières

 

 

Provigo

Ville-Marie, Témiscamingue

Club populaire des consommateurs de Pointe St-Charles

Comité des " spéciaux "

IGA

Montréal

Option Consommateurs

 

 

Loblaws

Montréal

 

Mise à jour des la grille de vérification des " spéciaux "

Chaque semaine au cours de la période, les bénévoles ont vérifié les circulaires hebdomadaires et inscrit les " spéciaux " appropriés dans une grille mise au point en 1997-98. Cette grille comprend une centaine de produits alimentaires économiques de base qui peuvent servir à la préparation de nombreux repas familiaux. Pour le volet IV, on a conservé la même grille mais avec quelques modifications. Entre autres, on a voulu tenir compte de changements dans certains formats par les fabricants (exemple du yogourt: le format de l kg a été réduit à 750 g). De plus, nous avons ajouté à la liste quelques produits de base à la suggestion de certains comités faisant ainsi grimper ce nombre à 125 produits. Enfin, nous avons uniformisé les façons de faire les relevés de rabais. Lorsqu’un produit de la grille est offert à rabais dans une circulaire hebdomadaire au cours de l’étude, le prix " spécial " de ce produit est inscrit à l’endroit approprié. On trouvera un exemplaire de la grille à l’annexe I.

Il est à noter que la grille de vérification des " spéciaux " diffère d’un panier à provisions. Il s’agit plutôt d’une liste de produits avec lesquels les ménages à faibles revenus peuvent cuisiner un grand nombre de repas de qualité. La grille exclut certains produits de base qui sont rarement offerts à rabais (lait, pain); certains produits dont les formats sont trop variables pour les inclure dans une grille de vérification (exemple: céréales prêtes à manger); les produits saisonniers; les produits non alimentaires (détergent, essuie-tout, etc.); les produits coûteux.

Pour fins de comparaison, on doit mettre à jour les prix réguliers. Cependant, ceux-ci peuvent changer d’une semaine à l’autre et même d’un supermarché à un autre à l’intérieur d’une même chaîne, alors que les rabais de la circulaire ont l’avantage d’être valables pour tous les supermarchés d’une même chaîne dans la plupart des régions du Québec. Pour pallier à ces difficultés, le Collectif a choisi de faire des relevés de prix réguliers pendant une période précise. Chacun des comités bénévoles a relevé les prix réguliers dans un supermarché local représentatif qui est celui dont le comité s’occupe pour chaque semaine de l’étude. On commence à la fin novembre parce qu’il s’agit d’une période de temps où les prix sont plus stables, c’est-à-dire juste après les récoltes, mais avant la période de Noël où les prix peuvent être plus élevés que la moyenne. L’étape suivante consiste à établir la moyenne des prix réguliers pour chaque produit de la grille de vérification. Cette moyenne servira ensuite de base de comparaison pour la grille des spéciaux pour chaque semaine de l’ensemble de la recherche-action.

Toutefois, les partenaires ont noté des prix réguliers plus élevés en novembre 2000 par rapport aux années précédentes. Cela s’explique par de mauvaises conditions climatiques. Ainsi nous avons fait une deuxième vérification en mars 2001 pour constater que le prix des fruits et légumes continuait d’être élevé. Nous estimons donc que la fin novembre demeure une période représentative du niveau de prix régulier pour la période.

Comme pour les volets précédents, il faut calculer pour chaque chaîne de supermarchés, le potentiel d’économie d’une semaine à l’autre afin de comparer les semaines de prestations d’aide sociale avec les autres semaines du mois. On soustrait le prix " spécial " du prix régulier pour chaque rabais inscrit dans la grille. Dans certains cas, on considère non pas un format unique (exemple: un brocoli) mais une quantité plus réaliste (exemple: 7 livres de poulet, 6 livres de bœuf haché). Une grille informatisée de calculs a servi à faire cette compilation.

À titre d’exemple, le tableau II présente la grille d’économie potentielle des légumes dans la circulaire IGA pendant la semaine du 30 octobre au 5 novembre 2000, soit au cours d’une semaine de versement de prestations d’aide sociale. Pendant cette semaine cruciale pour les personnes assistées sociales, on note l’absence de rabais pour des légumes de base tels pommes de terre, carottes, oignons, brocoli, chou, qui serviraient à cuisiner plusieurs repas et à les congeler en vue d’une fin de mois difficile.

TABLEAU II : QUELQUES EXEMPLES D’UNE GRILLE DE CALCUL DE L’ÉCONOMIE POTENTIELLE (SECTION DES LÉGUMES) IGA, CIRCULAIRE DU 30 OCTOBRE AU 5 NOVEMBRE 2000

Aliment

Spécifications

Format d’achat

Panier type (Unités)

Prix régulier

moyen

Prix spécial

Économie

brocoli

grosseur 14

1

1

3.42

-

-

carottes

 

5 lb

1

2.19

-

-

carottes

 

2 lb

2

0.74

-

-

céleri

 

1

1

2.59

-

-

champignons

frais

227g

1

3.19

1.59$

1.60$

champignons

conserve (le moins cher)

284 ml

1

0.96

0.89

0.07

chou vert

 

1 lb

2

0.76

-

-

chou-fleur

 

1

1

4.42

-

-

concombre anglais

 

1

1

1.79

-

-

concombre ordinaire

 

1

1

0.86

-

-

jus ou cocktail de légumes

le moins cher

6x162ml

1

2.49

-

-

jus ou

cocktail de légumes

le moins cher

1,36l

1

1.66

-

-

laitue

iceberg ou autre

1

1

2.06

1.39

0.67

légumes congelés

les moins chers

1 kg.

1

2.36

-

-

légumes variés

conserve (-cher)

540 ml

1

1.06

-

-

légumes variés

conserve (-cher)

284 ml

2

0.68

-

-

maïs en conserve

grains ou crème

341 - 398ml

4

0.82

-

-

navet (rutabaga)

 

1 lb.

2

0.69

0.29

0.80

oignons jaunes

 

5 lb.

1

2.12

-

-

piments verts

 

1 lb

1

3.84

1.99

1.85

pommes de terre

 

20 lb

1

4.14

-

-

pommes de terre

 

10 lb.

2

2.59

-

-

Économie totale

Catégorie légumes

       

4.99$

 

L’économie totale est de 4.99$ pour les légumes et de 25.04$ pour l’ensemble des produits de cette semaine comparée avec une économie potentielle de 46.41$ pendant la dernière semaine du mois de novembre alors que le budget familial est à sec. Comme les réfrigérateurs sont vides à l’arrivée du chèque, les personnes assistées sociales peuvent difficilement attendre une semaine plus " favorable " avant de faire leurs provisions.

L’analyse

Une fois ces données compilées, nous avons procédé à divers types de comparaisons :

Comme nous le verrons, l’ensemble des résultats de ces analyses convergent, ce qui assure la fiabilité des conclusions présentées.

 

2.2. Résultats et nouvelles tendances en 2000-2001

La semaine des prestations est trop souvent celle des économies les plus faibles.

Les tableaux de l’annexe II indiquent, pour chaque mois, la " meilleure " et la " pire " semaine de rabais, comparées aux semaines de prestations d’aide sociale, d’allocations familiales (allocations unifiées pour enfants) et de pensions des personnes âgées (Régie des rentes du Québec). On y trouve également la synthèse de l’économie potentielle hebdomadaire, une chaîne à la fois, pour la durée de la recherche-action. De plus, on présente à l’annexe III, cinq séries de graphiques donnant ces résultats sous une forme plus détaillée.

Les expressions " meilleure " et " pire " semaine sont utilisées pour alléger les termes mais il convient de les définir ainsi. L’expression " meilleure semaine " désigne la semaine des économies potentielles les plus élevées au cours d’un même mois. L’expression " pire semaine " désigne la semaine des économies potentielles les plus faibles au cours d’un même mois. Voici quelques exemples de différences entre la meilleure et la pire semaine relevés au cours du volet IV:

IGA, décembre 2000.

Rabais de la " meilleure " semaine du mois: 42.99$

Rabais de la semaine des chèques d’aide sociale (" pire " semaine): 21.50$

Métro, janvier 2001.

Rabais de la " meilleure " semaine du mois:46.67$

Rabais de la semaine des chèques d’aide sociale (" pire " semaine): 17.44$

Super C, novembre 2000.

Rabais de la " meilleure " semaine du mois: 85.10$

Rabais de la semaine des chèques d’aide sociale (" pire " semaine): 35.87$

Provigo, janvier 2001.

Rabais de la " meilleure " semaine du mois: 54.88$

Rabais de la semaine des chèques d’aide sociale (" pire " semaine): 13.99$

On constate donc que lors du versement des prestations d’aide sociale, les pertes d’économies peuvent être très importantes. La semaine des prestations est trop souvent celle des économies les plus faibles. Le tableau III présente de façon visuelle (pommes et des cœurs de pommes) le nombre de " meilleures " et de " pires " semaines de l’étude. Une chaîne de supermarchés régresse, d’autres s’améliorent légèrement. Même s’il y a amélioration par rapport aux années précédentes, la semaine des chèques d’aide sociale est encore trop souvent la pire semaine du mois au niveau des bons rabais de produits alimentaires.

 

TABLEAU III: Économie potentielle des rabais : Nombre de fois où la semaine des chèques d’aide sociale est la meilleure semaine versus la pire semaine du mois

Volet II
1998-1999

Volet III

1999-2000

Volet IV

2000-2001

nombre meilleures semaines

nombre

pires semaines

nombre meilleures semaines

nombre

pires semaines

nombre

meilleures semaines

nombre

pires semaines

IGA

-

ÉÉ

"

ÉÉ

-

ÉÉ

LOBLAW

N/D

N/D

""

É

"""

-

MÉTRO

-

É

-

ÉÉ

"

ÉÉ

PROVIGO

"

É

"

ÉÉ

""

É

SUPER C

"

ÉÉÉ

"

É

""

É

Total des

chaînes

""

ÉÉÉÉÉÉÉ

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ÉÉÉÉÉÉ

 

(2)

(7)

(5)

(6)

(7)

(6)

Le volet IV montre que la chaîne IGA régresse mais que d’autres chaînes diminuent les inégalités en réduisant le nombre de " pires " semaines ou en incluant une " meilleure " semaine là où il n’y en avait aucune lors du volet III. De plus, en janvier, les supermarchés pénalisent fortement les personnes assistées sociales en leur offrant de très faibles économies potentielles. Comme par le passé, ce mois est particulièrement difficile pour les prestataires d’aide sociale. La semaine des chèques d’aide sociale constitue la " pire " semaine du mois chez IGA, Provigo et Métro. La meilleure performance est celle de Super C où cette fois la semaine des prestations est la meilleure du mois. On constatera plus loin que ce problème n’est pas accidentel mais reflète une tendance depuis quatre ans.

Améliorations… mais un prix citron

Améliorations

Pendant la semaine des chèques mensuels d’aide sociale au cours des quatre mois du volet IV,

Loblaws offre trois " meilleures " semaines et aucune " pire " semaine dans ses circulaires. Provigo offre deux " meilleures " semaines contre une seule pendant le volet III mais encore une " pire " semaine comme en 1999-2000. De son côté, Super C offre encore une " pire " semaine mais s’améliore avec maintenant deux " meilleures " semaines. Enfin, Métro réduit légèrement ses inégalités en offrant une " meilleure " semaine contre aucune lors du volet III mais conserve toujours deux " pires " semaines.

Un prix " citron " pour IGA

IGA a aggravé l’inégalité car cette chaîne n’offre plus aucune " meilleure " semaine des rabais en quatre mois contre une fois lors du volet III et toujours deux " pires " semaines. C’est pourquoi cette année, IGA remplace Métro comme récipiendaire du prix " citron " du Collectif pour l’équité des bons rabais en alimentation.

Des progrès notables dans les circulaires de Loblaws

Loblaws a sensiblement amélioré sa performance dans l’offre de bons rabais. En 1999-2000, on a observé que la circulaire offre relativement peu de bons rabais pour des produits alimentaires économiques de base inscrits dans la grille de la recherche-action. Loblaws mise plutôt sur des rabais de produits plus coûteux comme des plats cuisinés congelés, des fruits de mer ou biftecks et coupes de choix. Par ailleurs, pendant les quatre mois du volet III, Loblaws a offert deux " meilleures " semaines coïncidant avec l’émission des prestations d’aide sociale mais aussi une " pire " semaine de rabais de base.

Par contre, en 2000-2001, Loblaws a augmenté l’économie potentielle générale de ses produits économiques de base pour l’ensemble de la période de quatre mois. De plus, la semaine des prestations correspond à la meilleure semaine d’économie, trois fois. Par contre, la pire semaine pour les spéciaux n’arrive jamais la semaine de versement des prestations. Voilà pourquoi le Collectif est heureux de souligner les progrès d’une chaîne pour la première fois depuis les débuts de cette recherche-action, celle de Loblaws.

Estimation de la perte d’économie

Pour les personnes prestataires de l’aide sociale, les pratiques de la plupart des chaînes de supermarchés continuent de représenter des pertes d’économies sérieuses. Le Collectif a estimé la perte d’économie pour les ménages assistés sociaux qui se voient obligés de faire leur principale commande d’épicerie lors de l’envoi des chèques d’aide sociale. On a comparé la moyenne des économies potentielles lors des semaines d’aide sociale aux " meilleures " semaines de rabais pour chaque chaîne de supermarchés. Rappelons que la base des calculs est la grille de vérification des rabais sur une liste de 125 produits alimentaires économiques de base.

Le tableau IV montre que, dans l’ensemble des chaînes d’alimentation, la perte d’économie des rabais se situe en moyenne à 30% (9.6% à 51% selon les chaînes) lorsque les personnes assistées sociales doivent faire leur commande principale au moment de recevoir leur chèque d’aide sociale plutôt que d’attendre la semaine des meilleurs rabais.

TABLEAU IV : ÉCONOMIE POTENTIELLE DES MEILLEURS RABAIS DES CIRCULAIRES DES SUPERMARCHÉS - COMPARAISON - SYNTHÈSE ENTRE LA SEMAINE LA PLUS ÉCONOMIQUE ET LA SEMAINE DES CHÈQUES D’AIDE SOCIALE

Chaîne de

supermarchés

Moyenne des économies, meilleure semaine de chaque mois

Moyenne des économies, semaine des chèques
d’aide sociale

Perte d'économie, achats pendant la semaine des chèques d’aide sociale

IGA

42.73$

28.30$

-14.43$ ou 51%

Provigo

47.99$

35.44$

-12.55$ ou 35%

Métro

53.94$

41.11$

-12.83$ ou 31%

Super C

70.25$

56.86$

-13.39$ ou 23%

Loblaws

55.08$

50.23$

- 4.85$ ou 9.6%

Moyenne de l’ensemble des chaînes

53.99$

42.38$

-11.61$ ou 30%

 

La perte en dollars peut sembler faible mais on doit tenir compte que de grandes quantités de produits à rabais trouvent preneurs la semaine des prestations afin d’assurer à la famille des aliments pour plus d’une semaine. Dans ces cas, la perte d’économie peut être encore plus élevée.

Notons également que pendant le volet IV, les personnes âgées recevaient la même semaine que les personnes assistées sociales, leur pension de la Régie des rentes du Québec. Parmi les 900 000 personnes retraitées du Québec, environ 245 000 sont à faibles revenus. Le Collectif estime qu’elles se sont retrouvées dans la même situation que les personnes assistées sociales au moment de faire leur commande d’épicerie.

 

3. SYNTHÈSE DE L’ENSEMBLE DES VOLETS I À IV (1997-98/2000-01)

3.1 Regard global sur les économies

Les démarches du Collectif pour l’équité des bons rabais commencent à porter fruit pour certaines chaînes de supermarchés. Chaque printemps depuis 1998, le Collectif pour l’équité des bons rabais a voulu sensibiliser le public et les chaînes de détaillants aux résultats d’un volet de l’étude. À l’occasion d’événements médiatiques, le Collectif a réclamé une plus grande équité dans la distribution des rabais de la part des chaînes de supermarchés. Ces démarches semblent porter fruit dans le cas de certaines des chaînes étudiées alors qu’une d’entre elles régresse. Comme cette recherche-action s’est répétée pendant quatre années d’affilée, il convient de présenter ici une synthèse des résultats de l’ensemble des quatre volets.

Comment, par exemple, se compare l’économie potentielle des semaines de versement des chèques d’aide sociale avec la moyenne des économies potentielles des circulaires? Le tableau V présente une synthèse des économies pour les quatre volets et pour chacune des chaînes. Dans la deuxième colonne, on voit l’écart positif ou négatif entre l’économie des semaines de versement et l’économie moyenne du mois. Pour l’ensemble des quatre volets, l’économie potentielle est moindre à l’arrivée des chèques d’aide sociale comparée aux moyennes des économies mensuelles.

Par ailleurs, dans les deux colonnes de droite du tableau V, on voit le nombre de fois où les rabais de la semaine de versement d’aide sociale est soit en-dessous, soit au-dessus de la moyenne d’économies potentielles du mois correspondant. Encore une fois, pour l’ensemble de l’étude, la tendance nette consiste à offrir moins d’économies potentielles lors des semaines de chèques par rapport aux moyennes mensuelles.

TABLEAU V : SYNTHÈSE DES 4 VOLETS - ÉCONOMIES POTENTIELLE DES SEMAINES DES CHÈQUES D’AIDE SOCIALE VERSUS LES MOYENNES MENSUELLES

I

G

A

 

Écart à la moyenne

du mois en $

Nombre de semaines se trouvant en dessous ou au dessus de la moyenne du mois

   

en dessous

au dessus

1997-1998

-2,08

3-

1+

1998-1999

-2,33

4-

1+

1999-2000

-1,02

3-

1+

2000-2001

-4,34

3-

1+

Constat : Détérioration nette

S

U

P

E

R

C

 

Écart à la moyenne

du mois en $

Nombre de semaines se trouvant en dessous ou au dessus de la moyenne du mois

   

en dessous

au dessus

1997-1998

-8,9

3-

0

1998-1999

-1,5

3-

2+

1999-2000

0,50

2-

2+

2000-2001

10,82

1-

3+

Constat : Amélioration nette

M

E

T

R

O

 

Écart à la moyenne

du moi en $

Nombre de semaines se trouvant en dessous ou au dessus de la moyenne du mois

   

en dessous

au dessus

1997-1998

-3,04

2-

2+

1998-1999

-3,75

4-

0

1999-2000

-4,95

3-

1+

2000-2001

-2,93

2-

2+

Constat : Mauvais mais amélioration

P

R

O

V

I

G

O

 

Écart à la moyenne

du mois en $

Nombre de semaines se trouvant en dessous ou au dessus de la moyenne du mois

   

en dessous

au dessus

1997-1998

0,72

3-

1+

1998-1999

-1,88

2-

2+

1999-2000

1,84

2-

2+

2000-2001

3,2

2-

2+

Constat : Rétablissement de la situation en 1999-2000 et amélioration depuis

L

O

B

L

A

W

S

 

Écart à la moyenne

du mois en $

Nombre de semaines qui se trouvant en dessous ou au dessus de la moyenne du mois

   

en dessous

au dessus

1999-2000

4,16

1-

3+

2000-2001

18,17

1-

3+

Constat : Amélioration constante (meilleure performance de toutes les chaînes)

Cette analyse rétrospective démontre que pendant les quatre périodes, les personnes assistées sociales sont pénalisées par les politiques discriminatoires de prix des chaînes de supermarchés. Cependant, on remarque une diminution graduelle de cette discrimination chez une majorité des chaînes de supermarchés. Voyons de nouveau au Tableau V, l’écart en terme d’économies entre les semaines de versement de l’aide sociale et les moyennes mensuelles d’économie (deuxième colonne). D’abord nettement négatif chez l’ensemble des chaînes, le rapport s’améliore progressivement. En effet, l’écart généralement négatif au cours des premières années va en diminuant chez Métro. Dans les cas de Provigo, Super C et Loblaws, l’amélioration se termine même positivement au cours des semaines de versement des chèques d’aide sociale. Chez IGA, au contraire, les améliorations des premières années se soldent avec une détérioration puisque en 2000-2001, l’écart négatif a empiré à 4.34$ contre 1.02$, l’année précédente.

Pour l’ensemble des quatre volets de l’étude, la semaine des chèques d’aide sociale est encore moins souvent la meilleure et plus souvent la pire du mois pour les économies potentielles. Comme le montre si bien le tableau III, une pomme indique lorsque la semaine de versement est la " meilleure " du mois, c’est-à-dire celle des meilleures économies potentielles d’une chaîne de supermarchés alors qu’un cœur de pomme indique, au contraire, une " pire " semaine, celle des économies les plus faibles du mois. On voit ainsi que pendant les premières années, le nombre de cœurs de pommes excède le nombre de pommes. Ce n’est qu’en 2000-2001 que la tendance s’améliore: sept pommes contre six cœurs de pommes, amélioration largement due à la chaîne Loblaws. Encore une fois, IGA se démarque en ne montrant aucune pomme mais en affichant plutôt deux cœurs de pommes!

En résumé, la discrimination se révèle particulièrement évidente au cours des trois premiers volets de l’étude. Entre 1997 et 2000, la semaine de remise des chèques d’aide sociale était rarement la meilleure semaine du mois et très souvent la pire en ce qui concerne l’offre de rabais économiques de base. Cependant, on note une tendance graduelle à l’amélioration chez certaines chaînes, surtout en 2000-2001. Toutefois, cette discrimination est particulièrement éprouvante lors de l’arrivée des chèques d’aide sociale des mois de janvier, entre 1998 et 2001. Pour chacune des cinq chaînes de supermarchés, le tableau VI compare les économies moyennes de chaque mois de janvier de l’étude avec celles de la semaine des chèques d’aide sociale. Il en ressort que la semaine des chèques d’aide sociale de janvier est celle qui offre le moins de bons rabais alors que janvier est reconnu comme un mois particulièrement difficile pour les ménages, à plus forte raison quand il s’agit de personnes à faibles revenus.

TABLEAU VI: COMPARAISON DES ÉCONOMIES DE LA SEMAINE DES CHÈQUES D’AIDE SOCIALE DE JANVIER VS LES ÉCONOMIES MOYENNES DU MOIS DE JANVIER DES SUPERMARCHÉS

 

Année

Économie semaine du 1er janvier

Moyenne du mois

Différence

+ ou -

           

IGA

97-98

4,60 $

8,33 $

-3,73 $

-

98-99

13,09 $

20,02 $

-6,93 $

-

99-00

16,51 $

21,32 $

-4,81 $

-

00-01

29,56 $

32,91 $

-3,35 $

-

           

SUPER C

97-98

18,38 $

25,35 $

-6,97 $

-

98-99

12,70 $

23,47 $

-10,77 $

-

99-00

17,99 $

26,80 $

-8,81 $

-

00-01

79,70 $

42,01 $

37,69 $

+

           

MÉTRO

97-98

20,93 $

28,42 $

-7,49 $

-

98-99

12,36 $

27,29 $

-14,93 $

-

99-00

17,30 $

25,72 $

-8,42 $

-

00-01

17,44 $

37,76 $

-20,32 $

-

           

PROVIGO

97-98

13,77 $

14,77 $

-1,00 $

-

98-99

10,25 $

22,46 $

-12,21 $

-

99-00

23,40 $

23,90 $

-0,50 $

-

00-01

13,99 $

30,96 $

-16,97 $

-

           

LOBLAW

97-98

       

98-99

       

99-00

3,08 $

6,51 $

-3,43 $

-

00-01

24,50 $

26,41 $

-1,91 $

-

 

Pourquoi le mois de janvier est-il si difficile au point budgétaire? Les renseignements suivants, provenant de membres du Comité des spéciaux du Club populaire des consommateurs, ont été corroborés par plusieurs personnes assistées sociales:

" Janvier est le mois le plus long: 31 jours alors que les chèques d’‘Aide sociale ont été distribués le dernier vendredi de décembre. "

" En janvier, les frais de chauffage et d’électricité sont plus élevés. Tu prépares de la " popote " chaude pour te réchauffer, etc. "

" Certains doivent s’endetter en décembre puis rembourser en janvier. D’autres ont pu bénéficier de paniers de Noël en décembre mais pas en janvier alors que le loyer est à payer comme d’habitude. "

" On veut recevoir pendant la période des Fêtes chez soi ou rendre visite mais c’est rendu un luxe. Même si on accepte une invitation à dîner, ce serait normal d’apporter quelque chose comme contribution mais cela prend des sous. "

" En décembre, il y a eu les cadeaux à acheter, c’est une question de dignité. "

Voilà pourquoi le Collectif trouve inacceptable cette pratique de faibles rabais pendant la semaine des chèques d’aide sociale de janvier, car ainsi, les pratiques des chaînes de supermarchés aggravent l’insécurité alimentaire des ménages d’assistés sociaux en début de chaque année et cela, depuis les débuts de l’étude en 1997-1998.

 

3.2 Analyse et commentaires: impact sur les personnes assistées sociales

À la suite de l’analyse des quatre volets, le Collectif note des améliorations et certains reculs. Ainsi le Collectif souligne les progrès notables de la chaîne Loblaws par rapport à 1999-2000, cette chaîne ayant amélioré son offre de bons rabais pendant les semaines des chèques d’aide sociale.

Par ailleurs, le Collectif note que Super C et Provigo ont amélioré leur performance mais peuvent progresser davantage vers l’équité en évitant que le versement des chèques corresponde à la pire semaine du mois (1 fois sur quatre cette année) pour l’offre de bons rabais de produits économiques. Pour ce qui est de Métro, cette chaîne qui s’était méritée le prix " citron " en 1999-2000 a montré de légères améliorations en 2000-2001 en diminuant l’écart de la semaine de versement des chèques d’aide sociale avec la moyenne des économies potentielles mensuelles. De plus, chez Métro, si la première semaine du mois était la " pire " pour les bons rabais deux mois sur quatre, elle était la " meilleure " du mois une fois sur quatre en 2000-2001. Toutes ces chaînes devraient diminuer de façon globale l’écart d’économies entre la moyenne du mois et la semaine de remise des chèques d’aide sociale.

Par ailleurs, le Collectif décerne un prix " citron " à la chaîne IGA dont l’offre de bons rabais s’est détériorée à l’endroit des personnes assistées sociales du Québec. En effet, durant les quatre mois de l’étude en 2002-2001, la première semaine du mois est la pire deux fois mais n’est jamais la meilleure pour l’offre de bons rabais de produits de base. De plus, chez IGA, on déplore une perte d’économie potentielle de 51% sur la grille des spéciaux de l’étude, pour les personnes assistées sociales qui doivent faire leurs achats au moment de l’arrivée des chèques d’aide sociale au lieu de la " meilleure " semaine du mois.

Ces pratiques des supermarchés diminuent l’accès à l’alimentation et aggravent l’insécurité alimentaire. Il a déjà été démontré que les ménages québécois à faibles revenus n'ont pas les moyens financiers de procurer à leur famille les aliments recommandés par le Guide alimentaire canadien pour manger sainement chaque jour du mois. Par exemple, à partir des données du Dispensaire diététique de Montréal, une alimentation saine, économique et sans superflu coûte environ 4,62$ en moyenne par jour et par personne pour une famille de quatre personnes. Pour un adulte vivant seul, le coût monte à 6,46$ par jour ou 193,80$ par mois. L'inégalité de l'offre des "spéciaux" des chaînes d’alimentation aggrave cette situation et augmente les risques de problèmes de santé chez près de 400 000 ménages assistés sociaux du Québec.

Moins d’argent pour l’alimentation

 

Mais, une personne assistée sociale vivant seule peut difficilement consacrer ce montant à l’alimentation quand ses prestations mensuelles de base, en 2001, sont de l’ordre de 522$ et parfois moins. Enlevons 372$ en moyenne, pour un loyer incluant le chauffage et l’électricité. Il reste 150$ pour tout le reste: alimentation, téléphone, vêtements, transport, etc. Impossible donc de réserver 193$ pour une alimentation adéquate de base, même au plus bas prix. Bien au contraire, il arrive souvent que la nourriture vienne à manquer avant la fin du mois. C’est ainsi que plusieurs personnes assistées sociales n’ont d’autre choix que de faire une commande d’épicerie importante à l’arrivée de leur chèque de prestations au début de chaque mois.

 

Augmentation des risques au niveau de la santé de près de 372 000 ménages assistés sociaux. L'inégalité de l'offre des "spéciaux" des chaînes d’alimentation aggrave cette situation et augmente les risques de problèmes de santé chez près de 400 000 ménages assistés sociaux du Québec.

À mesure que le revenu baisse, la qualité et la quantité des aliments consommés diminuent et deviennent de moins en moins adéquates, en raison notamment d’un apport insuffisant en protéines, fer, folacine et calcium. Les conséquences de ces régimes déficients se font sentir à tous les âges, de l’anémie du nourrisson à l’ostéoporose chez la personne âgée. Par exemple, l’incidence des bébés de faible poids à la naissance demeure plus élevés dans les milieux défavorisés que dans les milieux mieux nantis. Une étude révélait également que dans les écoles de milieux défavorisés de Montréal, les écoliers ayant une moins bonne alimentation ont plus souvent des comportements qui compromettent leur apprentissage et leur réussite scolaire: turbulence, manque de concentration, fatigue. Notons enfin que selon d’autres études, le manque d’argent pour payer l’épicerie a été identifié comme l’un des obstacles importants à la recherche d’un emploi.

Quelques progrès mais des reculs inadmissibles. Le Collectif pour l’équité des bons rabais en alimentation note les progrès de certaines chaînes à l’endroit des consommateurs assistés sociaux, en particulier Loblaws et à un degré moindre, Super C et Provigo. La chaîne Métro, récipiendaire en 1999-2000 du prix citron de notre étude, a apporté aussi de légères améliorations.

Mais le Collectif considère inacceptable que la chaîne IGA, pourtant bien au courant de la situation, continue d’aggraver les inégalités par ses pratiques de rabais moindres pendant les semaines des chèques d’aide sociale.

Nous terminons cet exposé avec les commentaires des bénévoles qui ont participé à la recherche-action.

" Lorsque nous avons payé notre loyer, notre chauffage, notre électricité et notre compte de téléphone, nous n’avons pas le choix de prendre la maigre budget qui reste pour faire notre épicerie au moment où les sous rentrent.

C’est bien de valeur de priver ainsi des gens de nourriture, c’est pourtant un bien essentiel pour eux et leurs enfants.

Ça va jusqu’à la santé; c’est les moins nantis qui en sont privés. Si tu ne manges pas bien, tu attrapes tous les microbes, tu as de la difficulté à te concentrer.

Quand arrivent les chèques d’aide sociale, les circulaires offrent surtout des " cochonneries " qui ne sont pas bonnes pour la santé.

Les aliments moins consommés par les familles à faibles revenus (fruits de mer, jambon " Forêt noire ", fromages fins, etc.) sont souvent en " spécial " en début de mois mais les familles n’ont pas plus les moyens de s’en procurer.

On est obligé de demander de l’aide alimentaire. Ils rient de nous autres.

Ils font exprès de nous envoyer à Moisson Québec.

Ça me rend malade, c’est décourageant, désespérant!

Il y a une amélioration mais ce n’est pas assez. Ça me choque! "

 

CONCLUSIONS

Pour le Collectif, le volet IV et l’ensemble des quatre volets de la recherche-action nous mènent aux conclusions suivantes:

1. Discrimination systématique des principales chaînes de supermarchés contre les consommateurs assistés sociaux

Dans l'ensemble des principaux supermarchés du Québec, lors du versement des prestations d’aide sociale, les circulaires ont tendance à offrir moins de bons rabais de produits alimentaires économiques de base que lors des autres semaines du mois. L’économie de rabais disponibles sur une liste potentielle de 125 produits est plus faible que la moyenne du mois. De plus, la semaine des prestations est plus souvent celle où on retrouve les rabais les plus faibles du mois pour les produits de base mais plus rarement la semaine des meilleures économies.

2. Cette diminution de l’offre de rabais pénalise aussi les personnes âgées

Au cours du volet IV (2000-2001), les semaines de versement des prestations de la Régie des rentes du Québec ont coïncidé avec les prestations d’aide sociale, pénalisant également les personnes retraitées à faibles revenus du Québec.

3. Discrimination contre des personnes à faibles revenus

Quoique à un degré moindre qu’en 1999-2000, les dirigeants de Super C, Métro, Provigo et surtout, IGA, pratiquent une discrimination contre des personnes à faibles revenus. partenaires de la recherche-action en viennent à la conclusion que l’inégalité de l’offre de bons " spéciaux " constitue en fait une pratique discriminatoire des chaînes à l’endroit des personnes assistées sociales et des personnes âgées du Québec.

4. Les personnes défavorisées paient plus cher

Les personnes assistées sociales et les personnes âgées doivent donc payer plus cher pour leur alimentation que les personnes à revenus plus élevés. Cette situation pénalise fortement près de un million de Québécois à faibles revenus. Pour plusieurs d’entre eux, les revenus de ces prestataires correspondent à moins de la moitié des seuils de faibles revenus établis par Statistique Canada. Plusieurs d’entre eux manquent de nourriture à la fin du mois et deviennent ainsi une clientèle captive des supermarchés au moment de l’arrivée des chèques d’aide sociale au début du mois.

En choisissant pour offrir des rabais de produits économiques de base (bœuf haché, poulet, carottes, fromage cheddar etc.), la semaine qui précède l’arrivée des chèques d’aide sociale, par exemple, les chaînes de supermarchés pénalisent les personnes assistées sociales. Faute d’avoir en main la liquidité nécessaire pour profiter des rabais, elles doivent attendre la semaine suivante alors que les rabais sont moindres. Avec un budget déjà très restreint, ces personnes paient proportionnellement plus cher pour leur alimentation que les autres citoyens dont le revenu est en général plus élevés.

5. Offrir de moins bons rabais va à l’encontre du droit à la sécurité alimentaire

L’offre de moins bons rabais aux personnes assistées sociales et aux personnes âgées continue d’aller à l’encontre du droit à la sécurité alimentaire. En effet, l’alimentation figure parmi les droits les plus importants de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations-Unies en 1948. Aujourd’hui, le terme de sécurité alimentaire décrit les divers aspects du droit à l’alimentation :

" Il y a sécurité alimentaire quand toute une population a accès en tout temps, et en toute dignité, à un approvisionnement alimentaire suffisant et nutritif à coût raisonnable, et acceptable au point de vue social et culturel. La sécurité alimentaire suppose également un pouvoir d’achat adéquat et l’accès à une information simple et fiable sur l’alimentation pour pouvoir faire des choix éclairés. Il y a au contraire insécurité alimentaire quand on manque d’aliments, quand on a peur d’en manquer ou quand on subit des contraintes importantes dans le choix de ses aliments, contraintes qui affectent la qualité nutritionnelle du régime. " 6

Le droit à l’alimentation est inscrit également dans le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels entériné par le Canada et le Québec en 1976. Ce pacte reconnaît entre autres que " toute personne doit être à l’abri de la faim. "

Or la discrimination des chaînes d’alimentation envers les consommateurs prestataires de l’aide sociale diminue leur pouvoir d’achat pour la nourriture à un moment crucial, lorsqu’ils reçoivent leur chèque mensuel de prestations. Leur commande d’épicerie est ainsi réduite en quantité comme en qualité, augmentant ainsi le risque que ces personnes et leurs enfants soient confrontés à un réfrigérateur vide et à des déficiences alimentaires bien avant la fin du mois. Ceux-ci sont ainsi atteints dans leur dignité et forcés de faire appel aux banques alimentaires qui ne constituent pas une solution au problème de la faim et de la malnutrition.

D’ailleurs, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations-Unies a convoqué des représentants des gouvernements du Canada et du Québec, en 1998, sur les méfaits de la pauvreté ici. Entre autres, le Comité s’est dit " consterné d’apprendre que le nombre de banques alimentaires au Canada a presque doublé entre 1989 et 1997 et que ces dernières ne parviennent à combler qu’une fraction des besoins croissants des personnes défavorisées. "7

6. Encourager les chaînes de supermarchés qui ont fait des pas dans la bonne direction

Suite au volet IV de l’étude, il convient d’encourager les chaînes de supermarchés qui ont fait des pas dans la bonne direction et d’inciter les autres chaînes à faire de même. Notons, en particulier, les progrès réalisés par la chaîne Loblaws vers l’équité dans l’offre de rabais par rapport à l’année dernière. Trois mois sur quatre, la circulaire de Loblaws a offert ses meilleures économies de base lors de l’arrivée des chèques d’aide sociale.

D’autres chaînes de supermarchés ont apporté quelques améliorations à l’offre de rabais qu’il convient d’encourager. Ainsi, Provigo et Super C ont réduit à un, le nombre de mois où la semaine du versement des prestations d’aide sociale correspondait à celle des économies les plus faibles (la " pire " semaine du mois) et a augmenté à deux, le nombre de fois où la semaine des prestations était celle des meilleures économies. Quant à Métro, elle a progressé légèrement. Cependant, malgré ces améliorations, on ne doit pas oublier que les chaînes, sauf Loblaws, continuent de pénaliser les personnes assistées sociales. Il y a encore beaucoup de progrès à faire.

7. Cette année, le prix " citron " est décerné à IGA

Non seulement IGA fait la sourde oreille aux demandes d’équité du Collectif mais, en 2000-2001, cette chaîne a aggravé ses pratiques discriminatoires à l’encontre des consommateurs assistés sociaux ou retraités. Pas une seule fois en quatre mois, IGA n’a offert une semaine d’économies les meilleures à l’arrivée des prestations d’aide sociale. Au contraire, deux mois sur quatre, la semaine des prestations d’aide sociale est celle des économies les plus faibles (la " pire " semaine du mois). Enfin, les rabais de la première semaine du mois se trouvent sous la moyenne des rabais mensuels trois fois en quatre mois, signe évident de pratiques discriminatoires à notre avis.

8. Un appel à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse

Les quatre années de la recherche-action laissent voir des inégalités telles que le Collectif a décidé de faire appel à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Cette Commission a commencé à s’intéresser à ce dossier, ce qui encourage le Collectif à entrevoir peut-être " la lumière au bout du tunnel ".

9. Sensibilisation qui commence à porter fruits

Le Collectif est fier d’une sensibilisation qui commence à porter fruits. En effet, le Collectif croit que le laborieux et persévérant travail accompli depuis quatre ans a un impact de plus en plus grand puisque cette année, les chaînes de supermarchés ont dû améliorer leurs pratiques de rabais.

Avec une certaine fierté et à la lumière de ces années de " surveillance ", le Collectif est en mesure de dénoncer avec force les injustices de l’offre des " spéciaux " en alimentation dans les circulaires hebdomadaires. Ces injustices sont vécues par les personnes vivant de l’aide sociale ou de prestations de retraite. Au nom de ces personnes, le Collectif réclame une équité pour l’accès équitable et juste aux " spéciaux " et conséquemment, à une alimentation saine à prix abordable.

 

RECOMMANDATIONS

Les organismes partenaires de cette recherche-action soit, le Club populaire des consommateurs de Pointe St-Charles, le Front commun des Personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ),

le Regroupement des cuisines collectives du Québec (RCCQ) et Option Consommateurs adressent aux chaînes de supermarchés les recommandations suivantes:

Afin que les personnes assistées sociales du Québec aient un accès équitable à l’approvisionnement en aliments économiques de base;

Afin que les adultes et les enfants issus de familles à revenu modeste voient leur sécurité alimentaire améliorée par une pratique non-discriminatoire au niveau de l’offre de bons rabais au moment où sont distribués les chèques d’aide sociale;

Afin que les personnes assistées sociales puissent conserver ou retrouver leur rôle de citoyens et d’acteurs économiques au niveau des achats alimentaires et que le coût trop élevé des aliments n’en force pas plusieurs à se diriger vers les banques alimentaires;

Le Collectif recommande que les chaînes de supermarchés du Québec:

1. prennent enfin les moyens nécessaires pour rétablir l’équité au niveau du droit à l’alimentation;

2. offrent autant de bons rabais sur les produits alimentaires économiques de base la semaine du versement des chèques d’aide sociale que pendant le reste du mois;

3. respectent les critères équitables suivants au moment d’établir leur politique de bons rabais :

 

 

 

 

A N N E X E S

 

 

 

Annexe 1 : ÉTUDES DES SPÉCIAUX 2000-2001 / MARCHÉ D'ALIMENTATION

Semaine, mois, année :Viandes, volailles et poissons

Aliment

Spécification

Format d'achat

Panier type (Unités)

Prix régulier

Prix spécial

Économie

BŒUF

bœuf haché

Mi-maigre

1 lb.

6

2,14 $

0

bœuf haché

maigre

1 lb.

6

2,60 $

0

en cubes

1 lb.

4

2,79 $

0

rosbif de côte croisée

avec os

1 lb.

4

3,91 $

0

rosbif de palette

ordinaire

1 lb.

4

3,13 $

0

rosbif de palette

européenne

1 lb.

4

3,04 $

0

roti de pointe de surlonge

désossée ou non

1 lb.

4

5,22 $

0

steak de ronde

1 lb.

4

5,48 $

0

steak de surlonge

désossée ou non

1 lb.

4

5,02 $

0

steak de haut de surlonge

désossée ou non

1 lb.

4

5,92 $

0

PORC

chops (côtelettes)

avec os

1 lb.

3

4,03 $

0

épaule de porc frais

désossé

1 lb.

3

4,27 $

0

épaule de porc frais

avec os

1 lb.

3

1,36 $

0

épaule de porc fumée

picnic

1 lb.

5

1,64 $

0

1/2 jambon

fesse avec os

1 lb.

6

2,30 $

0

1/2 jambon

toupie

1 lb.

5

2,91 $

0

jarrets de porc

frais ou non

1 lb.

4

0,90 $

0

jambon cuit

tranché

1 lb.

2

3,79 $

0

longe de porc frais

avec os

1 lb.

4

0

porc haché

mi-maigre

1 lb.

6

1,55 $

0

saucisses autres

les moins chers

1 lb.

1

1,65 $

0

saucisson de Bologne

le moins cher

1 lb.

2

2,19 $

0

saucisses fumées

la moins chère

450 g.

1

1,42 $

0

soc de porc frais

désossé

1 lb.

3

2.52

0

VEAU

haché

ordinaire

1 lb.

4

2,37 $

0

POULET

cuisses

fraîche, entière

1 lb.

7

1,04 $

0

frais

entier

1 lb.

7

1,91 $

0

haut de cuisses

congelée ou non

1 lb.

4

1,69 $

0

pilons

congelé ou non

1 lb.

4

1,64 $

0

poitrines

désossées, fraîche

1 lb.

4

6,06 $

0

DINDE

entière

congelée

1 lb.

10

1,60 $

0

pilons

congelés ou non

1 lb.

7

1,58 $

0

POISSONS

filets de goberge ou autres

bloc type High Liner

400 g.

1

3,49 $

0

filets de sole/aiglefin

bloc type High Liner

400 g.

1

5,19 $

0

filets de poisson

congelés séparément

1 lb.

1

2,19 $

0

saumon

conserve moins cher

418 g.

1

2,74 $

0

saumon

conserve moins cher

213 g

2

1,04 $

0

thon

conserve moins cher

170-184 g

2

1,13 $

0

 

annexe II (tableaux)

Grille des spéciaux de IGA

Grille des spéciaux de Métro

Grille des spéciaux de Provigo

Grille des spéciaux de Super C

Grille des spéciaux de Loblaws

 

Grille des spéciaux de IGA

Du 30 octobre 2000 au 25 février 2001

 

Semaine du 30 octobre 2000

au 25 février 2001

Montant

Commentaires

     

30 oct. 2000 au 5 nov. 2000

25,04$

aide sociale, aînés

6 nov. 2000 au 12 nov. 2000

21,88$

L

13 nov. 2000 au 19 nov. 2000

36,72$

 

20 nov. 2000 au 26 nov. 2000

46,41$

J allocation familiale fed.

     

27 nov. 2000 au 3 déc. 2000

21,50$

L aide sociale, aînés

4 déc. 2000 au 10 déc. 2000

42,99$

J

11 déc. 2000 au 17 déc. 2000

38,94$

 

18 déc. 2000 au 26 déc. 2000

37,55$

allocation familiale fed.

     

27 déc. 2000 au 2 janv. 2001

29,56$

L aide sociale, aînés

3 janv. 2001 au 7 janv. 2001

42,18$

J

8 janv. 2001 au 14 janv. 2001

31,08$

 

15 janv. 2001 au 21 janv. 2001

29,66$

allocation familiale fed.

22 janv. 2001 au 28 janv. 2001

32,07$

 
     

29 janv. 2001 au 4 fév. 2001

37,13$

aide sociale, aînés

5 fév. 2001 au 11 fév. 2001

16,02$

L

12 fév. 2001 au 18 fév. 2001

27,19$

 

19 fév. 2001 au 25 fév. 2001

39,36$

J allocation familiale fed.

 

 

Grille des spéciaux de Métro

Du 30 octobre 2000 au 25 février 2001

Semaine du 30 oct. 2000 au 25 fév. 2001

montant

commentaires

     

30 oct. au 5 novembre 2000

67,02$

J aide sociale, aînés

6 nov. au 12 novembre 2000

35,41$

L

13 nov. au 17 novembre 2000

52,26$

 

20 nov. au 26 novembre 2000

60,68 $

allocation familiale fed.

     

27 nov. au 3 décembre 2000

44,57$

L aide sociale, aînés

4 déc. au 10 décembre 2000

49,04$

 

11 déc. au 17 décembre 2000

59,58$

J

18 déc. au 25 décembre 2000

47,71$

allocation familiale fed.

     

27 déc. au 2 janvier 2001

17,44$

L aide sociale, aînés

3 janv. au 7 janvier 2001

45,31$

 

8 janv. au 14 janvier 2001

41,34$

 

15 janv. au 21 janvier 2001

46,67$

J allocation familiale fed.

22 janv. au 28 janvier 2001

38,02$

 
     

29 janv. au 4 février 2001

35,42$

aide sociale, aînés

5 fév. au 11 février 2001

24,81$

L

12 fév. au 18 février 2001

34,59$

 

19 fév. au 25 février 2001

42,49$

J allocation familiale fed.

Grille des spéciaux de Provigo

Du 30 octobre 2000 au 25 février 2001

 

Semaine du 30 oct. 2000

au 25 fév. 2001

Montant

Commentaires

     

30 oct. 2000 au 5 nov. 2000

51,18$

J aide sociale, aînés

6 nov. 2000 au 12 nov. 2000

25,85$

L

13 nov. 2000 au 19 nov. 2000

43,72$

 

20 nov. 2000 au 26 nov. 2000

27,57$

allocation familiale fed.

     

27 nov. 2000 au 3 déc. 2000

30,71$

aide sociale, aînés

4 déc. 2000 au 10 déc. 2000

40,72$

J

11 déc. 2000 au 17 déc. 2000

21,26$

L

18 déc. 2000 au 26 déc. 2000

29,90$

allocation familiale fed.

     

27 déc. 2000 au 2 janv. 2001

13,99$

L aide sociale, aînés

3 janv. 2001 au 7 janv. 2001

37,42$

 

8 janv. 2001 au 14 janv. 2001

54,88$

J

15 janv. 2001 au 21 janv. 2001

17,01$

allocation familiale fed.

22 janv. 2001 au 28 janv. 2001

31,52$

 
     

29 janv. 2001 au 4 fév. 2001

45,20$

J aide sociale, aînés

5 fév. 2001 au 11 fév. 2001

11,55$

L

12 fév. 2001 au 18 fév. 2001

24,63$

 

19 fév. 2001 au 25 fév. 2001

36,66$

allocation familiale fed.

Grille des spéciaux de Super C

Du 30 octobre 2000 au 25 février 2001

Semaine du … au …

montant

commentaires

     

30 oct. au 5 novembre 2000

35,87$

L aide sociale, aînés

6 nov. au 12 novembre 2000

85,10$

J

13 nov. au 19 novembre 2000

41,60$

 

20 nov. au 26 novembre 2000

48,13$

allocation familiale fed.

     

27 nov. au 3 décembre 2000

58,64$

aide sociale, aînés

4 déc. au 10 décembre 2000

62,96$

J

11 déc. au 17 décembre 2000

39,97$

 

18 déc. au 24 décembre 2000

35,81$

L allocation familiale fed.

     

25 déc. au 31 décembre 2000

79,70$

J aide sociale, aînés

3 janv. au 7 janvier 2001

23,30$

L

8 janv. au 14 janvier 2001

45,14$

 

15 janv. au 21 janvier 2001

30,67$

allocation familiale fed.

22 janv. au 28 janvier 2001

31,24$

 
     

29 janv. au 4 février 2001

53,25$

J aide sociale, aînés

5 fév. au 11 février 2001

34,54$

L

12 fév. au 18 février 2001

37,96$

 

19 fév. au 25 février 2001

34,91$

allocation familiale fed.

 

 

Grille des spéciaux de Loblaws

DU 30 octobre 2000 au 25 février 2001

Semaine du 30 octobre 2000
au 25 février 2001

MONTANT

COMMENTAIRES

     

30 oct. au 5 novembre 2000

50,93$

J aide sociale, aînés

6 nov. au 12 novembre 2000

13,04$

L

13 nov. au 19 novembre 2000

25,76$

 

20 nov. au 26 novembre 2000

20,37$

allocation familiale fed.

     

27 nov. au 3 décembre 2000

76,22$

J aide sociale, aînés

4 déc. au 10 décembre 2000

35,91$

 

11 déc. au 17 décembre 2000

44,29$

 

18 déc. au 25 décembre 2000

20,90$

L allocation familiale fed.

     

26 déc. au 2 janvier 2001

24,45$

aide sociale, aînés

3 janv. au 6 janvier 2001

5,07$

L

7 janv. au 14 janvier 2001

48,36$

J

15 janv. au 22 janvier 2001

36,70$

allocation familiale fed.

23 janv. au 28 janvier 2001

17,49$

 
     

29 janv. au 4 février 2001

49,33$

J aide sociale, aînés

5 fév. au 11 février 2001

27,40$

 

12 fév. au 18 février 2001

26,32$

 

19 fév. au 25 février 2001

17,03$

L allocation familiale fed.

 

 

 

 

Annexe III (graphiques)

 

Économie potentiel des meilleurs spéciaux - IGA

Économie potentiel des meilleurs spéciaux - Métro

Économie potentiel des meilleurs spéciaux - Provigo

Économie potentiel des meilleurs spéciaux - Super C

Économie potentiel des meilleurs spéciaux - Loblaws

MÉTRO

u = semaine du 1er du mois

- - - - - - = moyenne des écarts par rapport à la moyenne du mois

Provigo

n = semaine du 1er du mois

- - - - - - = moyenne des écarts par rapport à la moyenne du mois

IGA

s = semaine du 1er du mois

- - - - - - = moyenne des écarts par rapport à la moyenne du mois

Super C

n = semaine du 1er du mois

- - - - - - = moyenne des écarts par rapport à la moyenne du mois

LOBLAWS

l = semaine du 1er du mois

- - - - - - = moyenne des écarts par rapport à la moyenne du mois LOBLAWS