LUTTE À LA PAUVRETÉ
BILAN DES 100 PREMIERS JOURS DU GOUVERNEMENT CHAREST


Conférence de Jean-Yves Desgagnés, coordonnateur
au Front commun des personnes assistées sociales du Québec
Sherbrooke, le 09 octobre 2003



BREF RETOUR HISTORIQUE SUR LA MOBILISATION CITOYENNE AU
QUÉBEC AUTOUR DE L’IDÉE D’UNE LOI POUR L’ÉLIMINATION
DE LA PAUVRETÉ


1998 :
Des groupes, dont le Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ), se rallient à l’idée d’une Loi pour éliminer la pauvreté lancée par le Carrefour d’action pastorale en monde ouvrier (CAPMO) et le Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté.

1999-2000
Le Collectif lance un vaste travail citoyen de consultation qui l'a amené à élaborer en 1998 et 1999 et à adopter au printemps 2000 une Proposition pour une loi sur l'élimination de la pauvreté rédigée dans les formes d'une vraie loi. Cette proposition a été le fruit du travail commun de milliers de personnes dont de nombreuses personnes en situation de pauvreté.

En parallèle à ce travail citoyen, le Collectif mène un travail politique et public intensif, déposant notamment à l'Assemblée nationale une pétition de 215,307 signatures en novembre 2000 demandant aux membres de l'Assemblée nationale du Québec une loi sur la base de cette proposition et recueillant l'appui à cet effet de plus de 1800 organisations de toutes sortes à la grandeur du Québec.

Le gouvernement répondit à cette demande devenue de plus en plus incontournable en promettant une stratégie nationale de lutte contre la pauvreté dont les orientations initiales étaient très à distance de ce que proposait le Collectif.

2002
Puis, en juin 2002, le gouvernement dépose le Projet de loi 112 - Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale, qui s'inspire cette fois de la proposition de loi du Collectif, mais dans une formulation beaucoup plus faible. Le Collectif appelle alors ses membres et son réseau à exiger d'importants amendements.

En décembre 2002, après une commission parlementaire ayant reçu et entendu un nombre impressionnant de mémoires, l'Assemblée nationale du Québec adopte à l'unanimité une loi 112 partiellement amendée qui engage le gouvernement vers un Québec sans pauvreté et, d’ici 10 ans, à rejoindre le rang des sociétés industrialisées où il y a le moins de pauvreté.


Le FCPASQ et la LOI 112

La Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale n’est pas celle que nous avons revendiquée avec le Collectif pour un Québec sans pauvreté, elle n’en comporte pas moins certaines avancées à court, moyen et long termes sur lesquelles nous pouvons miser pour continuer à faire avancer nos luttes.

Quelles sont-elles ces avancées ?

Sur le long terme

La loi oblige le gouvernement du Québec à adopter une Stratégie nationale de lutte à la pauvreté visant à « à amener progressivement le Québec d’ici 2013 au nombre des nations industrialisées comptant le moins de personnes pauvres, selon des méthodes reconnues pour faire des comparaisons internationales.(art.4)

Sur le moyen terme

La loi met en place deux institutions de vigilance (le Comité consultatif et l’Observatoire) dont la première veillera à « conseiller le ministre dans l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des actions prises dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale » (art.31), et la seconde veillera au développement des connaissances scientifiques sur la réalité de la pauvreté et de l’exclusion sociale au Québec, notamment elle doit voir à « élaborer et proposer au ministre une série d’indicateurs devant servir à mesurer la pauvreté et l’exclusion sociale, les inégalités sociales et économiques, dont les écarts de revenus, ainsi que les autres déterminants de la pauvreté. » (art.43)

Sur le court terme

La loi oblige le gouvernement du Québec à améliorer le filet de sécurité sociale et économique. Il doit notamment « rehausser le revenu accordé aux personnes et aux familles en situation de pauvreté » (art.9-1). En ce qui concerne l’amélioration du revenu des personnes à l’aide sociale, les articles 14 et 15 de la loi obligent le gouvernement, lors de son premier plan d’actions, à cinq mesures concrètes :

Parmi ces cinq mesures, la loi oblige donc le gouvernement à mettre sur la table des solutions à deux de nos principales revendications (un barème plancher à l’aide sociale et la fin de la discrimination dans le traitement de la pension alimentaire versée au bénéfice d’un enfant).


LES 100 PREMIERS JOURS DU GOUVERNEMENT CHAREST :
DES GESTES QUI VIOLENT PLUSIEURS DISPOSITIONS DE LA LOI 112


Si l’adoption de la Loi 112 a suscité beaucoup d’espoir au sein des groupes membres du FCPASQ, c’est qu’elle ouvrait la voie à des avancées sur plusieurs de nos revendications historiques avec l’appui unanime de tous les partis politiques à l’Assemblée nationale du Québec. Pour nous, il y avait là une garantie que la lutte à la pauvreté avait été mise au-dessus des luttes partisanes.

Depuis l’élection du Parti libéral du Québec le 14 avril dernier, et les premiers gestes posés par le nouveau gouvernement Charest, nous sommes très inquiets et nous nous demandons si les personnes pauvres et la lutte à la pauvreté n’ont pas été utilisées pour servir de caution « sociale » à un Parti libéral prêt à mentir à la population pour prendre le pouvoir à tout prix.

Quels ont été les premiers gestes posés par le gouvernement Charest depuis son élection ?


À la lumière de ces différents gestes posés dans les 100 premiers jours du gouvernement Charest, on peut affirmer, sans aucun doute possible, que ce gouvernement est en violation de plusieurs dispositions de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. :


Et ces violations risquent de se poursuivre avec le projet de réingénierie de l’État québécois si les ministres ne se font pas rappeler l’article 20 de La loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale qui prévoit ce qui suit :

Chaque ministre, s’il estime que des propositions de nature législative ou réglementaire pourraient avoir des impacts directs et significatifs sur le revenu des personnes ou des familles qui, selon les indicateurs retenus en application de la présente loi, sont en situation de pauvreté, fait état des impacts qu’il prévoit lors de la présentation de ces propositions au gouvernement.

Comme le Premier ministre Jean Charest s’est engagé personnellement, pendant la campagne électorale, à respecter la Loi 112, le FCPASQ invite celui-ci à ramener à l’ordre tous ses ministres afin qu’ils respectent cette clause d’impact et que les projets de réingénierie actuellement envisagés tiennent compte de celle-ci.