LUTTE À LA PAUVRETÉ
BILAN DES 100 PREMIERS JOURS DU GOUVERNEMENT CHAREST
- abolir les réductions de prestations liées à lapplication des dispositions de cette loi relatives au partage du logement et au coût minimum de logement ; (cette mesure est déjà en vigueur)
- introduire le principe dune prestation minimale, soit un seuil en deçà duquel une prestation ne peut être réduite en raison de lapplication des sanctions administratives, de la compensation ou du cumul de celles-ci ;
- permettre aux adultes et aux familles de posséder des biens et des avoirs liquides dune valeur supérieure à celle permise lors de ladoption du plan daction afin de favoriser lautonomie des personnes ou pour tenir compte de difficultés économiques transitoires ;
- à légard de toute famille ayant un enfant à sa charge, exclure un montant provenant des revenus de pension alimentaire pour enfants.
- et à fixer des cibles à atteindre, notamment afin daméliorer le revenu des prestataires du Programme dassistance emploi et celui des personnes qui occupent un emploi à temps plein ou de manière soutenue et qui sont en situation de pauvreté, selon les indicateurs quil retient.
- Suspension de lapplication du salaire minimum pour les travailleurs agricoles saisonniers faisant la récolte des petits fruits.
- Invention dun trou virtuel de 4.3 milliards $ dans le budget du Québec.
- 12 juin, dépôt dun premier budget annonçant des compressions de 209 millions $ dans laide sociale et de 27,1 millions $ dans laide à lemploi.
- 13 juin, dépôt des crédits budgétaires et annonce de coupures dans les budgets dentretien des logements à prix modique.
- Début juillet, lors de létude des crédits du Ministère de lemploi, de la solidarité sociale et de la famille, le ministre Claude Béchard annonce lopération « Place à lemploi ». Lobjectif de cette opération : en un an, réduire de 25,000, le nombre de ménages à laide sociale. Comment ? Par un changement de philosophie au sein de son ministère qui se traduira, selon le Ministre, par les deux mesures suivantes:
o Emploi-Québec deviendra la porte dentrée pour les personnes considérées sans contraintes à lemploi et celles-ci se verront rapidement proposer des emplois ou des mesures.
o Les pénalités prévues à la Loi sappliqueront « rigoureusement » pour celles et ceux qui refuseront les propositions qui leur seront faites.
Avec cette annonce, le ministre Claude Béchard joue à plein la carte du préjugé de la personne assistée sociale qui ne désire pas sen sortir et avec qui il faut user du bâton pour quelle réintègre le marché du travail. Pourtant, de mars 1996 à mars 2003, période de forte croissance économique et de création demplois, le nombre de ménages à laide sociale sans contraintes à lemploi a diminué denviron 36 % avec des diminutions importantes chez les 25-29 ans (-47%) et les moins de 24 ans (-42%). Comme le chômage, laide sociale fluctue au gré de lévolution de la conjoncture économique. On ne se retrouve donc pas à laide sociale par choix mais en raison de lincapacité de notre système économique de garantir un emploi à tous et chacun.
En jouant à plein la carte des préjugés et des pénalités, le ministre Béchard annonce les vraies couleurs de son gouvernement en matière de lutte à la pauvreté : soit le retour en force du « workfare » pour les personnes à laide sociale nayant pas de contrainte à lemploi. Une approche totalement en contradiction avec le préambule de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et lexclusion sociale qui reconnaît « que les personnes en situation de pauvreté et dexclusion sociale sont les premières à agir pour transformer leur situation et celle des leurs ( ) » et larticle 15-2 prévoyant « introduire le principe dune prestation minimale, soit un seuil en deçà duquel une prestation ne peut être réduite en raison de lapplication des sanctions administratives, de la compensation ou du cumul de celles-ci ».
- Au début du mois de juillet, hausse de la franchise et de la prime du Régime dassurance-médicaments alors que nous réclamons le retour à la gratuité pour les personnes à laide sociale nayant pas de contraintes à lemploi et les personnes âgées bénéficiant du supplément de revenu garanti
- Début août, les médias annoncent que le gouvernement Charest a aboli la subvention de 15 millions $ allouée depuis 1999-2000 pour réduire les coûts reliés à la rentrée scolaire qui, règle général, bénéficiait davantage aux enfants pauvres.
- Au milieu du mois daoût, consultation expéditive sur trois scénarios de hausse des frais de garde. Une hausse de la contribution actuelle de 5 $ est donc à prévoir. Ce qui, pour les familles pauvres, signifiera encore moins daccessibilité aux services de garde.
- Toujours en août, le gouvernement Charest adopte un décret suspendant le moratoire sur les hausses de tarifs délectricité auquel était soumis Hydro-Québec jusquen avril 2004. Dès la levée de ce moratoire, Hydro-Québec demande à la Régie de lénergie une hausse du tarif résidentiel de 6 % sous prétexte quHydro-Québec Distribution, lune des trois fililiales dHydro-Québec, est déficitaire. Pourtant, les deux autres filiales sont riches à craquer et rapportent des centaines de millions dans les coffres de lÉtat québécois.
- Au mois de septembre, le ministre de la justice, Marc Bellemare, tient des consultations sur le Projet de loi 4, premier élément dun projet global de réforme de la justice administrative qui, à terme, signifiera la disparition de létape de la révision et une révision des critères daccès à laide juridique. Pour le FCPASQ, tous les projets du ministre Bellemare se traduiront par moins daccès à la justice pour les pauvres.
- Le 23 septembre, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, annonce quun type de pompe pour asthmatiques devient un médicament d'exception qui ne sera plus couvert automatiquement par la RAMQ. Les médecins devront désormais soumettre par écrit les cas à la RAMQ qui approuvera ou non la décision. Cette mesure affecte 40 000 personnes au Québec ; l'Association pulmonaire plaide que les plus pauvres seront davantage affectés puisqu'ils ne bénéficient d'une assurance privée et sont davantage touchés par la maladie.
- Fin septembre, le ministre Béchard devait déposer le Plan dactions de lutte contre la pauvreté découlant de la Loi 112. Ce qui na pas encore été fait.
- Le refus du Ministre du Travail dappliquer le salaire minimum aux travailleurs agricoles saisonniers effectuant la récolte des petits fruits constitue une violation de larticle 10.4 de la Loi 112 qui prévoit « Améliorer la qualité des emplois afin que les personnes qui travaillent puissent disposer dun revenu permettant un niveau de vie décent ( ) »
- La diminution de 209 millions $ du budget de laide sociale décrétée par le Ministre des finances au mois de juin 2003 viole lun des buts de la stratégie nationale de lutte à la pauvreté qui prévoit, à larticle 6, « Améliorer la situation économique et sociale des personnes et des familles qui vivent dans la pauvreté ».
- La diminution de 25% du budget dentretien dans les logements à prix modique décrétée par le Ministre des affaires municipales, du sport et du loisir, la hausse éventuelle des tarifs délectricité dHydro-Québec autorisée par le Conseil des ministres, et la révision des règles de calcul des coûts de logement à la Régie du logement violent larticle 9.5 qui prévoit que la Stratégie nationale de lutte à la pauvreté doit « favoriser laccès à un logement décent à un prix abordable par des mesures daide au logement ou par le développement du logement social ( ) »
- Lopération « Place à lemploi » annoncée au mois de juillet par le Ministre de lemploi, de la solidarité sociale et de la famille, et qui prévoit une application rigoureuse des sanctions demploi viole larticle 15.2 qui oblige le gouvernement, dans son premier plan dactions, à « introduire le principe dune prestation minimale » non sujette à des sanctions. Parce que cette opération repose sur le préjugé de la personne assistée sociale qui ne désire pas sen sortir, le ministre viole également lun des buts de la Loi qui, à larticle 6-1, prévoit que la Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté doit « promouvoir le respect et la protection de la dignité des personnes en situation de pauvreté et lutter contre les préjugés à leur égard».
- La hausse des frais de médicaments et les restrictions apportées à laccès aux pompes pour asthmatiques décrétées par le Ministre de la santé et des services sociaux violent larticle 9.4 qui prévoit « rendre accessibles des services en matière de santé, de services sociaux et déducation qui soient adaptés aux besoins spécifiques des personnes en situation de pauvreté et dexclusion sociale.»
- Labolition par le Ministre de léducation de la subvention de 15 millions $ pour la réduction des coûts de la rentrée scolaire viole larticle 8-2 qui prévoit « favoriser la réussite scolaire de même que la réinsertion scolaire et sociale des jeunes ( ) ».
- La hausse envisagée des frais de garderie par la Ministre de la famille viole larticle 9-1 qui prévoit « reconnaître la famille comme cellule de base du développement des personnes et de la société, et soutenir, dans le respect du rôle des parents, les familles à risque de pauvreté persistante ayant la charge de jeunes enfants en intervenant de manière précoce et intégrée afin de leur rendre accessible une diversité de services et de programmes adaptés à leurs besoins et à ceux de leurs enfants. »
- Quant à la réforme de la justice administrative envisagée par le ministre Bellemare qui aura comme conséquence de rendre moins accessible cette justice aux personnes en situation de pauvreté, celle-ci viole larticle 11-4 de la Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté qui doit « favoriser la participation citoyenne, particulièrement celle des personnes en situation de pauvreté et dexclusion sociale ( ) ».