CITOYENS

CITOYENNES

Nous le sommes

nous, personnes assistées sociales

MAIS

il nous faut un revenu

PLANCHER

pour pouvoir

exercer

nos droits

SANS QUOI

pour nous

LA CITOYENNETÉ EST UNE FICTION

Toute loi d’aide sociale doit prévoir un minimum,

un barème plancher pour couvrir les besoins essentiels:

se loger, se nourrir,

se vêtir.

SANS QUOI

La solidarité que le ministère proclame est un mensonge.

 

PROPOSITION DE POLITIQUE

DE RECONNAISSANCE DE L’ACTION COMMUNAUTAIRE AUTONOME

Le milieu communautaire :

Un acteur essentiel au développement du Québec "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mémoire du

Front Commun des Personnes Assistées Sociales du Québec

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Montréal, le 22 juin 2000

INTRODUCTION

Le 05 avril 2000, suite à plusieurs années de lutte du mouvement communautaire et populaire, le gouvernement du Québec rendait publique sa Proposition de politique de reconnaissance de l’action communautaire.

Malgré les demandes du mouvement communautaire autonome via ses représentant-e-s au Comité aviseur, la proposition gouvernementale n’est pas une politique de reconnaissance de l’action communautaire autonome. Elle est plutôt une proposition de politique de " partenariat " qui, si elle est appliquée, aura comme conséquence de faire des organismes communautaires des sous-traitants de l’État.

Notre mémoire se veut donc une analyse de la Proposition de politique " Le milieu communautaire : un acteur essentiel au développement du Québec " à partir de l’histoire et de la pratique des groupes de défense des droits des personnes assistées sociales.

La proposition de politique, bien qu’elle reconnaisse que le secteur communautaire constitue un véritable mouvement social dont les composantes sont très diversifiées, comporte toutefois des lacunes importantes concernant l’une de ses composantes : soit le secteur défense des droits.

Sur la base de cette analyse, nous proposerons donc une série de recommandations visant à mieux affirmer l’importance et la spécificité du " secteur défense des droits " à l’intérieur de cette Proposition de politique.

 

 

 

LES ÉLÉMENTS DE FAIBLESSE DE LA PROPOSITION DE POLITIQUE

    1. Pas de réelle reconnaissance des organismes communautaires de défense des droits

Globalement, nous croyons que l’actuelle Proposition de politique de reconnaissance de l’action communautaire a d’abord et avant tout été conçue pour les organismes communautaires déjà reconnus par l’État et principalement financés par celui-ci : soit les organismes communautaires offrant des services en complémentarité avec ceux offerts par l’État et se situant dans un rapport de partenariat avec celui-ci.

Une telle approche n’est pas du tout adaptée aux organismes communautaires de défense des droits issus de la première génération des groupes communautaires soit : des comités de citoyens et de citoyennes, des groupes populaires ou des groupes autonomes de services. Le Front commun des personnes assistées sociales du Québec et ses groupes membres sont issus de cette génération de groupes communautaires.

La principale caractéristique des groupes de défense des droits, c’est la défense des droits individuels et collectifs de groupes de citoyens et de citoyennes, sur la base des différents droits économiques, sociaux et culturels reconnus internationalement. Depuis plus de 25 ans, les groupes de défense des droits des personnes assistées sociales se battent pour certains de ces droits : le Droit à un revenu décent, le Droit à un travail librement consenti, le Droit à la formation, le Droit au logement, le Droit d’association, etc.

Compte tenu que la mission de plusieurs organismes communautaires de défense des droits se situe dans le domaine des droits économiques, sociaux et culturels, ces organismes entretiennent plus souvent qu’autrement des rapports conflictuels avec l’État et ses différents ministères et organismes. En fait, la nature même des organismes communautaires de défense des droits est de jouer un rôle de chien de garde contre l’abus de l’État à l’égard de différents groupes de citoyens et de citoyennes.

Historiquement, le financement de plusieurs de ces organismes a été assuré par du financement provenant soit des communautés religieuses (cette réalité est particulièrement celle des groupes de défense des droits des personnes assistées sociales), soit du mouvement syndical ou de fondations privées. Suite à la mise en place du Secrétariat à l’action communautaire autonome, et aux représentations du Comité aviseur qui ont permis d’obtenir que 50 % du financement du Fonds d’aide à l’action communautaire soit consacré au financement des organismes communautaires de défense des droits, l’État a commencé à financer le fonctionnement de base de ce type d’organismes. Sur les 12,4 millions de $ distribués en 1999-2000 par le SACA, 6,2 millions $ ont été consacrés au financement des organismes communautaires de défense des droits. Sur l’ensemble des 379 millions de $ consacrés à l’ensemble des organismes communautaires, cette somme n’équivaut toutefois qu’à 1,5 % du budget global. Les organismes communautaires de défense des droits, bien qu’ils soient les plus anciens du mouvement communautaire, demeurent encore l’enfant pauvre du financement alloué par l’État à l’action communautaire.

Compte tenu de ce qui précède, plusieurs propositions de la Politique de reconnaissance de l’action communautaire nous apparaissent comme une menace à l’existence et à la mission même des organismes communautaires de défense des droits. En conséquence, nous rejetons les propositions suivantes :

    1. Pas de respect réel de l’autonomie des organismes communautaires
    2. Bien que le principe de l’autonomie des groupes soit bien affirmé aux sections 1.3, 1.3.1 et 1.3.2 de la Proposition de politique, nous constatons que certains moyens mis de l’avant vont à l’encontre de celui-ci, notamment les propositions visant à soumettre les organismes communautaires à un mécanisme d’accréditation gouvernementale, à une évaluation par résultats et à ne confier qu’au SACA le mandat de développer, en lien avec le milieu universitaire, une expertise en matière d’action communautaire.

    3. Pas de reconnaissance du sous-financement des organismes communautaires
    4. Bien qu’elle comporte plusieurs recommandations visant à stabiliser le financement des organismes communautaires, la Proposition de politique, à part des vœux pieux à la section 3.5, ne reconnaît pas qu’il y a présentement un sous-financement chronique de milliers d’organismes communautaires au Québec. Pourtant, quand on connaît bien le milieu des organismes communautaires, il n’est pas difficile de constater que bien des organismes sont installés dans des locaux vétustes, que plusieurs organismes sont incapables d’avoir une permanence salariée stable, etc. Nous déplorons cette absence de reconnaissance du sous-financement chronique de plusieurs organismes et l’absence d’engagements concrets comme, par exemple, que chaque ministère d’ici un, deux ou trois ans s’engage à consacrer 5 % de son budget à l’action communautaire autonome.

      Nous craignons que cette non-reconnaissance du sous-financement chronique et que les recommandations de la Proposition de politique n’amènent une ré-allocation des fonds déjà existants vers les organismes communautaires de services répondant aux priorités gouvernementales en matière de santé et de services sociaux et de développement de la main-d’œuvre et, qu’en conséquence, cela n’entraîne la fin du financement de plusieurs organismes communautaires, dont les organismes de défense des droits.

      Pour conclure cette partie du financement, nous considérons comme positive la recommandation visant à favoriser le financement de base des organismes plutôt que le financement par projet ou activité. Par ailleurs, nous déplorons que ce financement de base accordé aux organismes communautaires n’inclue pas les besoins de formation, d’évaluation et de recherche des organismes communautaires.

      Sur cette question du financement, nous faisons nôtre également la recommandation de l’Association des travailleurs et travailleuses accidentées du Québec (ATTAQ) à l’effet que le soutien financier au mouvement de l’action communautaire autonome ne doit pas comprendre une quelconque exemption des coûts patronaux liés à la protection sociale de ses salarié-e-s.

    5. Pas de reconnaissance des organismes communautaires de formation
    6. Au fil de son histoire, afin de répondre aux besoins de formation de ses permanent-e-s, de ses militant-e-s et des bénévoles, le mouvement communautaire autonome s’est donné ses propres lieux de formation. Nous pensons ici à des organismes comme le Centre de pastorale en milieu ouvrier, le Centre de formation populaire, le Centre St-Pierre, le Collectif québécois de conscientisation, la Coop Anim’Action, etc. Nous constatons que la Proposition de politique ne reconnaît pas explicitement ces organismes et l’expertise qu’ils ont développée. Nous croyons que la Proposition de politique devrait être modifiée afin de reconnaître l’expertise de ces organismes de formation.

    7. L’amélioration des avantages sociaux des salarié-e-s ne doit pas se faire par la multiplication des régimes de retraite privée

À la section 2.8 de la Proposition de politique, il est proposé que le SACA, suite à une consultation du milieu communautaire, étudie la possibilité de faciliter l’accès à un régime de retraite simplifié. Tout en reconnaissant qu’il est inacceptable que les salarié-e-s des organismes communautaires n’aient pas accès à un régime de retraite, nous sommes contre toute idée d’un régime privé. Nous croyons que l’ensemble des travailleurs et travailleuses du Québec, syndiquées ou non syndiquées, devrait avoir la possibilité d’avoir accès à un régime de retraite universel et public et que c’est plutôt vers cette avenue que devraient être orientés les efforts de l’État québécois.

 

LES ÉLÉMENTS QUE NOUS POURRIONS ÉVENTUELLEMENT CONSIDÉRER COMME POSITIFS DANS LA PROPOSITION DE POLITIQUE

Dans un contexte d’une Proposition de politique qui abandonnerait l’idée de lier la reconnaissance des organismes communautaires à l’acceptation d’un cadre partenarial, certains aspects de la Politique pourraient nous apparaître comme des éléments positifs.

    1. La volonté de reconnaître l’action communautaire par :

    1. La reconnaissance de la nécessité d’assurer un meilleur soutien financier aux organismes communautaires en :

    1. La reconnaissance de la nécessité des regroupements d’organismes en :

    1. La volonté d’améliorer la formation et les conditions de travail des salarié-e-s des organismes communautaires par :

 

NOS RECOMMANDATIONS

Compte tenu de tout ce qui précède, nous ne pouvons accepter la Proposition de politique telle que mise de l’avant présentement par le ministre de la Solidarité sociale. Nous rejetons tout particulièrement l’idée de lier la reconnaissance de l’action communautaire autonome à un cadre partenarial.

Nous pourrions toutefois donner notre appui à la Proposition de politique, à condition que les modifications suivantes y soient apportées :

Au niveau du financement

Compte tenu du sous-financement chronique des organismes communautaires, nous proposons :

Que chaque ministère et organisme soumis à la présente politique ait l’obligation de consacrer un pourcentage minimum de 5% de son budget au financement de l’action communautaire autonome;

Que le budget à l’action communautaire autonome de chacun des ministères soit réparti de la façon suivante :

50 % aux organismes offrant des services à la population (un pourcentage à déterminer avec ces organismes étant consacré aux interventions ponctuelles de défense collective des droits);

30 % aux organismes de défense collective des droits;

10 % à des organismes communautaires de formation;

10 % dans un Fonds consacré à l’évaluation et à la recherche.

Au niveau de la défense collective des droits

Que l’argent recueilli dans chacun des ministères soit transféré dans un Fonds consacré à la défense collective des droits et géré par le SACA. Cet organisme serait chargé de distribuer ces fonds en respectant au minimum les balises suivantes :

Les fonds sont distribués en respectant leur provenance. Par exemple, les fonds provenant du secteur santé et services sociaux sont répartis à des organismes de défense des droits de ce secteur.

Les fonds de chaque secteur sont distribués afin d’assurer un équilibre entre les régions et, à l’intérieur de chacune de ces régions, un équilibre par territoire de MRC en milieu rural ou de quartiers en milieu urbain.

Les fonds de chaque secteur prévoit un pourcentage de financement à des regroupements régionaux et nationaux.

Que le financement de base des organismes communautaires de défense collective des droits couvre l’ensemble des dépenses suivantes : les frais généraux (local, téléphone, matériel de bureau, infrastructure technologique, etc.) les frais salariaux, les frais reliés à la concertation, les frais de formation, les dépenses d’évaluation et les coûts d’une assurance collective.

Que le financement de base assure aux regroupements nationaux un montant de base.

Au niveau de la formation

Que le Fonds consacré à la formation soit géré par le SACA et serve au financement de base des organismes communautaires autonomes ayant une mission de formation.

Au niveau de l’évaluation

Que l’on reconnaisse les pratiques d’évaluation des groupes.

Que le Fonds consacré à l’évaluation et à la recherche soit géré par le SACA et qu’il serve à financer des projets ponctuels favorisant des partenariats entre chercheurs universitaires et organismes communautaires autonomes.

Autres recommandations

En plus des recommandations qui précèdent, nous faisons nôtre également les recommandations mises de l’avant par le Comité aviseur de l’action communautaire autonome, soit :

La préservation et le développement de la spécificité de l’action communautaire autonome (a.c.a) dans son rôle critique et de prise en charge.

La reconnaissance et le soutien financier des pratiques qui ne s’inscrivent pas dans une approche partenariale.

Le renversement de la tendance au financement par projet comme principal mode de financement.

L’établissement et l’application de balises nationales dans l’allocation des fonds dédiés aux organismes.

Un financement de base adéquat pour tous les types de regroupements.

La protection du financement des organismes de défense collective des droits par la préservation de la vocation du Fonds d’aide dédié à l’a.c.a..

La participation de représentants du mouvement à la détermination des orientations du SACA, à l’identification des priorités en matière d’a.c.a. et au suivi des orientations gouvernementales en matière d’a.c.a. face à l’adoption de la politique.

 

 

 

PORTRAIT DU

SOUTIEN FINANCIER ACCORDÉ À L'ACTION COMMUNAUTAIRE

COMPARÉ AUX DÉPENSES BUDGÉTAIRES

DU GOUVERNEMENT DU QUÉBEC

POUR L'ANNÉE 1998-1999

 

 

MINISTÈRE ET ORGANISMES

BUDGET

du ministère

SOUTIEN FINANCIER

ACCORDÉ

AUX ORGANISMES COMMUNAUTAIRES

%

MSSS + OPHQ

14 353,20

204,9

1,4%

MAM + SHQ

1 025,10

20

2,0%

MEQ

9 444,20

13,8

0,1%

MSP

704,5

12,2

1,7%

LOTO-QUÉBEC (SACA)

12,4

1,0%

MRCI

144,9

9,7

6,7%

MR

358,9

3,8

1,1%

MCC

460,9

4,2

0,9%

MEF

239,80

2,4

1,0%

MSS+EQ

4 263,50

89,2

2,1%

MRI

104,8

1,1

1,0%

MJQ

454,9

1,3

0,3%

MFE

1 297,00

1,1

0,1%

MIC (OPC)

171,1

0,5

0,3%

SAA

0,4

MTQ

1 526,50

0,015

0,0%

MM

2

MAPA

526,9

MRST

251,2

MR

115,7

MRN

358,9

MT

75,4

Mtravail

65,1

 

TOTAL

 

35 942,50

 

379,015

 

1,1%

 

 

 

 

 

 

PORTRAIT DE LA RÉPARTITION

DU FINANCEMENT ACCORDÉ À L’ACTION COMMUNAUTAIRE

PAR MINISTÈRE POUR L’ANNÉE 1998-1999

 

 

MINISTÈRE ET ORGANISMES

 

BUDGET ALLOUÉ

EN 1998-1999

POURCENTAGE

PAR RAPPORT

À L’ENSEMBLE

DES SOMMES ALLOUÉES

MSSS + OPHQ

204,9

54,1%

MAM + SHQ

20

5,3%

MEQ

13,8

3,6%

MSP

12,2

3,2%

SACA

12,4

3,3%

MRCI

9,7

2,6%

MR

3,8

1,0%

MCC

4,2

1,1%

MEF

2,4

0,6%

MSS+EQ

89,2

23,5%

MRI

1,1

0,3%

MJQ

1,3

0,3%

MFE

1,1

0,3%

MIC (OPC)

0,5

0,1%

SAA

0,4

0,1%

MTQ

0,015

0,0%

MM

2

0,5%

MAPA

0,0%

MRST

0,0%

MR

0,0%

MRN

0,0%

MT

0,0%

Mtravail

0,0%

 

TOTAL

 

 

379,015