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UN REVENU DÉCENT POUR TOUS
ET TOUTES POUR
PRÉVENIR L’ITINÉRANCE Mémoire du Front commun
des personnes assistées sociales du Québec à la Commission des affaires sociales dans le cadre du Mandat d’initiative sur l’itinérance. Montréal Octobre 2008 Mémoire rédigé par : Amélie Châteauneuf Coordonnatrice des dossier luttes
SOMMAIRE AVANT-PROPOS_____________________________________________________________ 4 INTRODUCTION______________________________________________________________ 5 SECTION 1- UNE POLITIQUE BASÉE SUR LES DROITS DES PERSONNES À UN REVENU
DÉCENT ET À UN LOGEMENT CONVENABLE_________________________ 6 SECTION 2 -
LE DROIT À UN REVENU DÉCENT_________________________________7 SECTION 3 -
le droit au logement________________________________________11 SECTION 4 -
LE FINANCEMENT de la mission de défense
de droits DES ORGANIsMES COMMUNAUTAIRES ___________________________________________13 NOS
RECOMMANDATIONS___________________________________________________14 CONCLUSION_______________________________________________________________16 RÉFÉRENCES_______________________________________________________________17 ANNEXE____________________________________________________________________18
AVANT-PROPOS
ENSEMBLE SE DONNER UNE VOIX POUR MIEUX
ÊTRE[1] Le
Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ) existe depuis
25 ans. Le
FCPASQ est un regroupement de plus d’une trentaine d’organismes locaux répartis
sur l’ensemble du territoire québécois. La principale mission du FCPASQ et de
ses groupes membres est la promotion des droits économiques, sociaux et
culturels des citoyenNEs du Québec excluEs du marché du travail et qui vivent
dans la pauvreté. Afin de réaliser sa mission et
d’améliorer les conditions de vie des personnes assistées sociales du Québec, le FCPASQ, au fil de son histoire, a
mené différentes luttes pour le droit à un revenu décent, le droit au logement,
le droit au travail, le droit à l’éducation, le droit à la santé, etc. Pour
mener ces luttes, il a progressivement développé des alliances avec d’autres
acteurs sociaux dont : le mouvement syndical, le mouvement communautaire
et populaire, le mouvement des femmes, le mouvement des chrétienNEs pour la
justice sociale et le mouvement des avocatEs spécialiséEs en droit social. Le
FCPASQ s’est aussi préoccupé des préjugés fort répandus au sujet des personnes
assistées sociales, préjugés qui les enfoncent dans la misère. En effet, ces
préjugés font obstacle à l’aide économique, sociale et culturelle dont les
personnes assistées sociales ont besoin pour se sortir de la pauvreté. Depuis
quelques années, le FCPASQ a aussi établi des alliances avec des intellectuels
afin de développer une expertise qui lui permette de contrer certaines
idéologies et discours négatifs sur le vécu des personnes assistées sociales
véhiculés dans les médias. Après plus de 25 ans d’existence, on peut dire que le
FCPASQ, avec peu de moyens, mais grâce au travail militant de ses membres et
aux alliances développées avec les principaux mouvements sociaux au Québec, est
devenu la voix politique, une conscience dérangeante, et l’espoir de milliers
de citoyennes et de citoyens qui se retrouvent à l’aide sociale mais qui
refusent l’exclusion, la pauvreté et l’oppression et qui revendiquent qu’on
cesse de les priver du droit d’exercer leur citoyenneté et de vivre dans la
dignité. INTRODUCTION
En avril 2008, la Commission des Affaires sociales
prenait la décision de se doter d’un mandat d’initiative sur l’itinérance et,
donc, de tenir une Commission parlementaire afin de consulter les citoyenNEs du
Québec sur ce sujet. Dans le cadre de cette exercice, la Commission consultera
aussi plusieurs organisations qui interviennent auprès de personnes en
situation ou à risque d’itinérance ou qui représentent ces personnes. Le Front
commun des personnes assistées sociales du Québec est un regroupement
d’organismes qui portent la voix de personnes à grand risque d’itinérance. En
effet, les personnes assistées sociales, compte tenu de leur faible revenu,
doivent consacrer une grande part de leur revenu annuel au paiement de leur
loyer, ce qui leur cause de graves problèmes lorsque vient le temps de subvenir
à leurs autres besoins essentiels. Plusieurs de ces personnes, ayant moins de
10,000 $ de revenu, doivent consacrer plus de 80% de ce revenu au paiement de
leur loyer[2]. Considérant cet état de fait, le FCPASQ a pris part
aux consultations et aux travaux du Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec
(RSIQ). Ainsi, nous faisons nôtres la totalité des revendications contenues
dans la Plateforme du RSIQ intitulée «Pour une Politique en itinérance»[3], bien que nous ne ferons pas référence à chacune
d’entre elles dans le cadre de ce Mémoire. En effet, nous souhaitons, par le biais de ce
Mémoire, développer davantage sur les revendications qui sont portées par
l’ensemble de nos membres et qui sont considérées comme prioritaires par
ceux-ci dans la lutte qui doit être menée contre l’itinérance. Ce Mémoire
soutient des revendications qui ont pour but de s’attaquer aux causes
structurelles de l’itinérance, plutôt que d’en gérer les conséquences, et nous
demandons aux membres de cette Commission d’être sensibles à cette approche qui
s’inscrit dans l’optique du respect des droits des personnes plutôt que dans une
perspective de charité. Nous demandons que cette Politique en itinérance soit
un des outils que se donneront les éluEs pour mettre fin à la tendance de
l’État de se désengager de ses responsabilités en matière de droits économiques
et sociaux. Nous souhaitons que les membres de cette Commission,
lorsqu’ils fourniront leurs recommandations pour apporter des solutions à
l’itinérance, se rappellent qu’une des lois du Québec contraint, clairement et en
toutes lettres, des milliers de personnes à devoir faire le choix entre se
loger et se nourrir[4]. SECTION 1
UNE POLITIQUE BASÉE SUR LES DROITS DES PERSONNES À UN
REVENU DÉCENT ET À UN LOGEMENT CONVENABLE
Tout
comme l’énonce le Cadre de référence en
itinérance du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale,
l’itinérance n’a pas une seule cause et différents éléments structurels mènent
à l’itinérance[5]. Toutefois, on peut certainement dire sans craindre
de se tromper que dans notre société, il n’est pas possible de se loger sans
avoir accès à un certain revenu. Ainsi, le droit au logement est fondamentalement
lié au droit à un revenu décent. À ce sujet, nous tenons à rappeler aux membres
de cette commission que les gouvernements du Canada et du Québec se sont
engagés à assurer le respect du Pacte
international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC)
sur leur territoire. L’article 11 du PIDESC prévoit, notamment, que : Les États parties au présent Pacte reconnaissent le
droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa
famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi
qu'à une amélioration constante de ses conditions d'existence. Les États
parties prendront des mesures appropriées pour assurer la réalisation de ce
droit. Nous
joignons notre voix à celle du RSIQ pour demander que la politique en
itinérance qui sera adoptée vienne assurer le respect de ces droits pour les personnes
en situation ou à risque d’itinérance[6. Concrètement,
le respect de ces droits passe par l’adoption d’une série de mesures; sans quoi
les droits fondamentaux de la personne demeurent un principe qui, bien
qu’inscris dans une Charte et dans un Pacte international, n’a aucun impact
pour protéger ceux et celles qui en ont le plus besoin. Dans
les sections suivantes, nous présenterons à la Commission une série de
recommandations qui s’appuient sur l’analyse de personnes en situation et à
risque d’itinérance. LE DROIT À UN REVENU DÉCENT
Nous
insistons tout d’abord sur l’adoption de trois recommandations, puisque
celles-ci sont considérées comme prioritaires et urgentes par nos membres. Tous
les groupes membres du FCPASQ s’entendent pour affirmer que l’adoption de ces
mesures est nécessaire à court terme pour améliorer les conditions de vie des
personnes en situation ou à risque d’itinérance. Toutefois, ces mesures ne sont
pas des solutions adéquates à long terme pour prévenir que les personnes
assistées sociales ne se retrouvent en situation d’itinérance. C’est pourquoi
nous proposerons par la suite des mesures qui offrent des solutions à long
terme au problème de l’itinérance. Indexation
complète des prestations pour toutes les personnes assistées sociales Le
droit des personnes assistées sociales à un revenu
décent est violé notamment par
l’indexation partielle des prestations d’aide sociale des
personnes considérées
«aptes au travail». En effet, pour les personnes
jugées comme n’ayant pas de
contraintes sévères à l’emploi, les
prestations d’aide sociale ont été majorées
à un taux correspondant à la moitié du taux
d’indexation du régime fiscal[7].À cause de cette indexation partielle, les personnes
prestataires d’aide sociale considérées «aptes» perdent chaque année de leur
pouvoir d’achat et de leur capacité à payer leur logement[8]. Dans les faits, cette indexation partielle signifie
que les personnes n’ont plus la possibilité de payer leur logement. Il y a
présentement des milliers de personnes itinérantes et la mesure de
demi-indexation vient soutenir une augmentation de ce nombre pour les
prochaines années. À cette perte de pouvoir d’achat pour les personnes
assistées sociales, s’ajoute le fait que les loyers augmentent beaucoup plus
rapidement que les prestations d’aide sociale. La
volonté politique d’apporter des solutions à la problématique de l’itinérance
doit se traduire dans des gestes concrets et cela débute par le fait de cesser
d’appauvrir, par le biais du programme d’aide de dernier recours, les personnes
qui doivent y faire appel. Tout comme l’a fait le Réseau SOLIDARITÉ itinérance
du Québec[9], nous
recommandons que la Politique en itinérance prévoit l’indexation complète des
prestations d’aide sociale pour tous les prestataires, incluant ceux et celles
qui sont considérés «aptes au travail». Cette indexation doit être
rétroactive à janvier 2005 et doit être accompagnée d’un remboursement des
montants dus. De plus, nous demandons que le taux d’indexation utilisé soit le
même que celui employé par la Régie des rentes du Québec qui s’apparente au
taux d’inflation. Que tous
les enfants puissent bénéficier de la pension alimentaire qui est versée pour
eux. La
grande pauvreté de plusieurs personnes assistées sociales et de leurs enfants
est aussi la conséquence de la saisie, par le Ministère de l’Emploi et de la
Solidarité Sociale, d’un montant équivalent aux pensions alimentaires pour
enfants, des prestations d’aide sociale des parents qui les reçoivent en leur
nom, bien qu’un montant de 100 dollars y soit exclu. En plus de contrevenir à
l’article 553 du Code de procédure civile
du Québec[10], cette saisie crée une inégalité entres les enfants
des personnes assistées sociales et les autres enfants du Québec. En effet, les
pensions alimentaires reçues par les familles de ces derniers ont été
défiscalisées, donc ne sont pas considérées lorsque vient le temps d’établir le
revenu familial. Ces enfants bénéficient donc pleinement des pensions
alimentaires qui leur sont destinées, puisque le revenu de la famille ne se
voit pas amputé d’aucun montant en lien avec ladite pension. Nous recommandons que la Politique en
itinérance prévoit que soit modifié l’alinéa 21 de l’article 111 du Règlement sur l’aide aux personnes et aux
familles afin que soit exclu, aux fins du calcul de la prestation, la
totalité des versements de pensions alimentaires réalisés par la famille qui
compte au moins un enfant à charge[11]. La
saisie des pensions alimentaires pour enfants n’est pas la seule mesure
discriminatoire apparaissant dans la Loi
sur l’aide aux personnes et aux familles et où les personnes assistées
sociales ne sont pas traitées comme les autres citoyens et citoyennes du
Québec. En effet, dans la Loi sur l’aide
aux personnes et aux familles, les
calculs liés aux situations de «contribution parentale» diffèrent de ceux
utilisés dans les autres lois. De plus, l’application de la notion de
«contribution parentale» pousse beaucoup de jeunes adultes à se retrouver en
situation d’itinérance. En effet, la Loi
sur l’aide aux personnes et aux familles
prévoit qu’un jeune peut voir sa prestation d’aide sociale substantiellement
diminuée, et ce pour une période pouvant aller jusqu’à trois ans, puisque le
montant déterminé à titre de contribution parentale sera soustrait de sa
prestation de base. Or, tel que le rapporte le RSIQ[12], des jeunes adultes, qui ont rompu les liens
familiaux suite à des difficultés familiales graves, peuvent être pénalisés
s’ils ne sont pas en mesure de prouver que leur parents ne leur versent pas de
contribution financière. Ces jeunes sont à très grand risque d’itinérance. De
plus, le calcul de la contribution parentale se base sur le revenu du parent
avec lequel demeure l’étudiant (si les parents sont séparés) dans la Loi sur l’aide financière aux études,
alors que dans le Règlement sur l’aide
aux personnes et aux familles (article 152), ce sont les revenus des deux
parents qui sont considérés, même si ceux-ci ne demeurent plus ensemble[13]. Ainsi, nous
recommandons que la Politique en itinérance prévoit que les calculs liés à la
«contribution parentale», prévus dans le Règlement
sur l’aide aux personnes et aux familles soient harmonisés avec ceux des
autres lois du Québec. Aussi, des mesures spécifiques doivent être adoptées
afin que les jeunes adultes qui vivent des difficultés familiales, ou qui
refusent de donner les coordonnées de leurs parents de peur de poursuite envers
ceux-ci aient aussi droit à un revenu décent[14]. La fin de
la catégorisation des personnes qui doivent faire appel à l’aide de
dernier recours; un seul programme pour
tous. Une
des revendications de ce Mémoire concerne la pleine indexation des prestations
d’aide sociale et le remboursement de montants dus par le gouvernement du
Québec aux personnes impliquées par la demi-indexation. Parallèlement à cette
mesure, nous demandons l’abolition des catégories au sein de la Loi sur l’aide aux personnes et aux familles.
En effet, il est clair que présentement, seules les personnes ayant des
contraintes sévères à l’emploi reçoivent des prestations leur permettant de se
loger et de se nourrir. À ce sujet, le Ministère de la Sécurité du
revenu reconnaissait, en 1996, que les besoins essentiels d’une personne ne
pouvaient être comblés que par un revenu d’au moins 667$ par mois[15]. Bien
que le ministère ait convenu de la nécessité que
toute personne puisse avoir
minimalement accès à une telle prestation, seules les
personnes s’étant vues reconnaître
des contraintes sévères à l’emploi
bénéficièrent d’un montant
équivalent, qui
fut indexé au fil des années. Nous
demandons donc que les prestations d’aide sociale soient fournies
dans le cadre
d’un seul programme et que les catégories «sans
contraintes à l’emploi»,
«contraintes temporaires à l’emploi» et
«contraintes sévères à l’emploi»
soient
abolies. Un barème
plancher pour tous et toutes De
plus, il est fondamental que la fin des catégories à l’aide sociale ait pour
effet que toutes les personnes, qui ont droit à une aide de dernier recours,
puissent avoir, comme minimum vital,
accès aux prestations actuellement prévues pour les personnes considérées comme
ayant des contraintes sévères à l’emploi par le Ministère de l’Emploi et de la
Solidarité Sociale. Comme nous le soulignions précédemment, ce minimum vital a
été chiffré par le gouvernement québécois en 1996 et nous demandons que la
Politique en itinérance fasse référence à ces données[16]. Comme il s’agit d’un minimum vital,
nous demandons que la Politique en itinérance prévoit l’adoption de mesures
pour qu’aucune sanction, pénalité ou
coupure ne puisse venir diminuer ce montant, qui constituerait ainsi un barème
plancher. Cette demande d’un revenu plancher fait écho à une
des revendications du RSIQ. L’instauration
d’un Revenu social garanti universel et la redistribution du bien collectif par
des mesures fiscales adéquates Toutefois,
nous tenons à mentionner que la prestation en question, soit celle octroyée aux
personnes présentant des contraintes sévères à l’emploi, ne permet pas aux québécois et
québécoises de se loger et d’exercer
pleinement leur citoyenneté. Comme solution à long terme, le RSIQ propose l’instauration d’un revenu de citoyenneté[17]. Le Front commun des personnes assistées sociales du Québec propose,
dans une même optique, l’instauration d’un Revenu social garanti universel
comme mesure principale de lutte à la pauvreté et à l’itinérance. Ce
Revenu social garanti universel est une reconnaissance économique de toutes les
formes de contribution sociale des citoyennes et citoyens de 18 ans et plus qui
composent la société québécoise et canadienne en garantissant à toutes et à
tous le droit à un revenu décent et cela dans le respect de la dignité des
personnes. Le Revenu social garanti universel se veut un moyen de lutter contre
la pauvreté et d’assurer une meilleure répartition de la richesse. Le Revenu
social garanti universel viendrait remplacer toutes les mesures fiscales et de
transferts de soutien du revenu, sauf les allocations familiales. Le Revenu
social garanti universel est établi sur une base individuelle et non sur une
base familiale. Il assure la couverture des besoins essentiels par le versement
à toutes et à tous d’un montant de base équivalent au seuil de faible revenu
après impôt d’une personne seule établi à chaque année par Statistiques Canada
pour une population de 500,000 et plus. Tous les revenus gagnés au-delà du
Revenu social garanti universel seraient imposés selon une table d’imposition à
taux progressif garantissant que chaque personne contribue selon ses moyens. Le
Revenu social garanti universel serait géré par le ministère du Revenu et
serait non saisissable. Pour que l’État puisse donner
suite à toutes ces recommandations, nous
soutenons la demande du RSIQ à l’effet que la Politique en itinérance dote le
Québec de mesures fiscales visant un partage plus équitable de la richesse.
Pour nous la fiscalité est le meilleur moyen pour que soit redistribué le bien
collectif et pour que l’État puisse respecter les engagements qu’il a pris
lorsqu’il a signé le Pacte international relatif
aux droits économiques, sociaux et culturels. SECTION 3
le droit au logement
Au Front commun
des personnes assistées sociales, nous constatons que de plus en plus de personnes
assistées sociales se trouvent en situation d’itinérance. Pour celles et ceux
qui ne sont pas encore dans cette situation, les dépenses consacrées au
logement correspondent à une partie de plus en plus importante du budget des
ménages à faible revenu. Plus souvent qu'autrement, ces ménages se retrouvent
dans des logements de piètre qualité. En effet, les problèmes liés au logement
au Canada sont si grave que, dans leur examen
périodique de la conformité du Canada au Pacte international relatif aux
droits économiques, sociaux et culturels, les Nations Unies vont jusqu’à
qualifier le problème de l’itinérance et du logement au Canada « d’urgence
nationale ». En 2007, Miloon Kothari, Rapporteur spécial des Nations Unies
sur le logement convenable a décrié «l’impact profond et dévastateur de cette
crise nationale sur les conditions de vie de femmes, de jeunes, d’enfants et
d’hommes»[18]. Ces constatations
sont graves; ainsi, nous suggérons à la Commission parlementaire sur
l’itinérance de prendre des moyens pour que tous les québécois et toutes les
québécoises aient accès à un logement décent et que la proportion de leur
revenus consacrée au logement (loyer, électricité, chauffage) soit limitée à
25 % de leur budget. Pour que ces objectifs soient atteints, le FCPASQ a
des recommandations à soumettre à la Commission. Tout d’abord,
il est nécessaire qu'il y ait plus de logements sociaux (HLM, coopérative
d'habitation, OSBL, etc.). À ce sujet, le Réseau d’aide aux personnes seules et
itinérantes de Montréal recommande que le gouvernement du Québec se dote d’un plan de relance du logement
social afin de prévoir la réalisation de 50 000 logements sociaux d’ici 5
ans[19]. Nous appuyons cette recommandation en
précisant que ce plan de relance pourra prévoir la construction ou la
conversion d’unité sous la forme d’habitation à loyer modique, de coopératives
et d’OSBL d’habitation[20]. Quant au marché
privé, nous avons pu voir que des personnes en situation de pauvreté vivaient,
au Québec, dans des conditions indécentes, lorsque leur propriétaire ne se
conformait pas aux ordonnances de la Régie du logement quant à l’entretien et
aux réparations des logements. Nous
recommandons donc qu’une réglementation soit adoptée quant à la qualité des
logements sur le marché privé. De plus, il est fondamental que les coûts de
loyer soient réglementés compte tenu de la hausse substantielle des loyers dans
les dernières années, ainsi que des dépenses inhérentes au logement
(électricité, gaz, mazout, téléphone, etc.). Pour faciliter l’application
de ces deux mesures, nous recommandons qu'on accorde une subvention pour
réduire les coûts de logement uniquement aux propriétaires qui se soumettent à
des contrôles sur le coût et la qualité de leur logement et que l'on mette sur
pied un comité de surveillance sur la qualité et les coûts de logement, composé
de personnes représentantes des groupes de locataires et de la Société
d’habitation du Québec. De plus,
le Front commun des personnes assistées
sociales du Québec se joint au Réseau SOLIDARITÉ Itinérance pour demander que l’allocation logement soit bonifiée
pour tenir compte de la véritable augmentation des coûts des loyers. Nous
ajoutons que cette allocation devrait être versée à toutes les personnes à
faible revenu, donc que les critères liés à l’obtention de cette allocation
doivent être modifiés. La très grande majorité des personnes
assistées sociales sont locataires. Toutefois, certaines de ces personnes sont
propriétaires de leur résidence. Pour
que ces personnes n’aient pas à se départir de leur résidence, afin d’avoir
accès à l’aide de dernier recours, et prévenir qu’elles ne deviennent à risque
d’itinérance, nous demandons que l’on abolisse, dans la Loi sur l’aide aux personnes et aux familles, les articles limitant
la valeur permise pour être propriétaire de sa maison.
Les personnes
assistées sociales doivent avoir accès à la
propriété sans être pénalisées. Enfin, tout comme le Réseau SOLIDARITÉ
itinérance du Québec, nous recommandons que des mesures, permettant de freiner
la discrimination dans l’accès à un logement locatif, soient adoptées. En
effet, nous avons constaté que de plus
en plus de personnes assistées sociales n’ont accès à aucun logement locatif; puisque
les propriétaires refusent, en grande majorité, de louer leurs logements aux
personnes n’ayant pas d’employeur ou de proches acceptant de les cautionner.
Ces personnes se retrouvent pendant de longue période en situation d’itinérance
ou encore dans des chambres d’hôtel bas de gamme, qui leur font des prix au
mois. Le recours à la Commission des droits de la personne et des droits de la
Jeunesse n’apporte pas de solutions concrètes aux difficultés des personnes
discriminées à se loger. Notre expérience nous amène à affirmer que ce recours
à la CDPDJ ne permet pas de freiner la discrimination grandissante subie par
les personnes assistées sociales. SECTION 4
LE FINANCEMENT de la mission de défense de droits
DES ORGANIsMES COMMUNAUTAIRES
Tel que l’affirme le Réseau SOLIDARITÉ itinérance[21], les personnes itinérantes
ou à risque de l’être sont victimes de la discrimination et des préjugés. Cela
crée de grands besoins en matière de défense de droits, tant au niveau
individuel que collectif et dans une multitude de domaines, dont l’aide
sociale. Il est donc
clair qu’il faut reconnaître la défense de droits comme faisant partie
intégrante de la mission de tous les organismes communautaires qui
interviennent en itinérance ou dans des domaines en lien avec cette
problématique. À ce sujet, il est important de
noter que le gouvernement québécois a reconnu, dans sa politique
gouvernementale de reconnaissance et de soutien de l’action communautaire, la contribution essentielle de l’action
communautaire autonome à l’exercice de la citoyenneté et au développement
social du Québec. Cette reconnaissance
devait se traduire par l’octroi de ressources financières adéquates. Actuellement,
on assiste plutôt à une précarisation grandissante de la situation financière des
groupes de défense des droits des personnes en situation ou à risque d’itinérance
et des conditions de travail des gens qui y oeuvrent. Ainsi, la Politique en itinérance doit prévoir un financement
suffisant, récurrent et indexé au coût de la vie pour les groupes qui font de
la défense de droits aux plans local, régional et national assument pleinement
leur mission[22]. SECTION 5 NOS RECOMMANDATIONS
QUANT AU DROIT À UN REVENU DÉCENT Adopter les recommandations suivantes,
comme mesures provisoires et à court terme dans la lutte à l’itinérance: Que la Politique en itinérance prévoit l’indexation
complète des prestations d’aide sociale pour tous les prestataires, incluant
ceux et celles qui sont considérés «aptes au travail», et ce rétroactivement à
janvier 2005. Que la Politique en itinérance prévoit que soit
modifié l’alinéa 21 de l’article 111 du Règlement
sur l’aide aux personnes et aux familles afin que soit exclu, aux fins du
calcul de la prestation, la totalité des versements de pensions alimentaires
réalisés par la famille qui compte au moins un enfant à charge. Que la Politique en itinérance prévoit que les
calculs liés aux situations de «contribution parentale» prévus dans la Loi et le Règlement sur l’aide aux personnes
et aux familles soient harmonisés avec ceux des autres lois du Québec et
que des mesures spécifiques soient adoptées pour que les jeunes adultes qui
vivent des difficultés familiales aient accès à un revenu décent. Que la Politique en itinérance prévoit que les
prestations d’aide sociale soient fournies dans le cadre d’un seul programme et
que les catégories «sans contraintes à l’emploi», «contraintes temporaires à
l’emploi» et «contraintes sévères à l’emploi» soient abolies. Adopter les recommandations
suivantes : Que la Politique en itinérance prévoit que toutes les
personnes qui ont droit à l’aide de dernier recours reçoivent une prestation
dont le montant minimal est celui qui est actuellement octroyé aux personnes
considérées comme ayant des contraintes sévères à l’emploi par le Ministère de
l’Emploi et de la Solidarité Sociale. Que la Politique en itinérance prévoit qu’aucune sanction, pénalité ou coupure ne
puisse venir diminuer les prestations des personnes assistées sociales. Que la Politique en itinérance prévoit l’instauration
d’un Revenu social garanti universel Que la Politique en itinérance
dote le Québec de mesures fiscales visant un partage plus équitable de la
richesse collective. QUANT AU DROIT AU LOGEMENT Adopter les recommandations
suivantes : Que la Politique en itinérance prévoit que le gouvernement du Québec se dote d’un plan de relance du
logement social afin de prévoir la réalisation de 50 000 logements sociaux
d’ici 5 ans, par la construction ou la conversion d’unités sous la forme
d’habitation à loyer modique, de coopératives et d’OSBL d’habitation. Que la Politique en itinérance prévoit des mesures pour stabiliser les coûts de loyer et des
dépenses inhérentes au logement. Que la Politique en itinérance prévoit qu'on accorde une subvention pour réduire les coûts de
logement uniquement aux propriétaires qui se soumettent à des contrôles sur le
coût et la qualité de leur loyer et que l'on mette sur pied un comité de
surveillance sur la qualité et les coûts de logement, composé de personnes
représentantes des groupes de locataires et de la Société d’habitation du
Québec. Que la Politique en itinérance prévoit que
l’allocation logement soit versée à toutes les personnes à faible revenu. Que la Politique en itinérance prévoit que
l’allocation logement soit bonifiée. Que la Politique en itinérance prévoit que l’on abolisse, dans la Loi sur l’aide aux personnes et aux familles, les articles limitant
la valeur permise pour être propriétaire de sa résidence. Que la Politique en itinérance prévoit que des mesures permettant de freiner de manière efficace la
discrimination dans l’accès à un logement locatif soient adoptées. EN MATIÈRE DE FINANCEMENT de la mission de défense de droits
DES ORGANIsMES COMMUNAUTAIRES Que la Politique en itinérance prévoit la reconnaissance de
la défense de droits comme faisant partie intégrante de la mission de tous les
organismes communautaires qui interviennent en itinérance ou dans des domaines
en lien avec cette problématique. Que la Politique en itinérance prévoit que les
groupes qui font de la défense des droits des personnes en situation ou à risque
d’itinérance, aux plans local, régional et national, aient accès à un
financement adéquat, récurrent et indexé au coût de la vie afin qu’ils assument
pleinement leur mission. CONCLUSION Les personnes assistées sociales sont appauvries. La pauvreté est une cause majeure de l’itinérance. En tant que société, nous avons
l’obligation de faire en sorte que toutes les personnes aient un revenu décent
et un logement convenable. Il s’agit de droits. Ainsi, nous unissons notre voix à celle du RAPSIM
et du RSIQ pour conclure sur la nécessité de s’attaquer à la pauvreté dans une
Politique en itinérance et nous soulignons que le Gouvernement du Québec en est
présentement à réviser son Plan gouvernemental en matière de lutte contre la
pauvreté et l’exclusion sociale. En effet, le 1er plan gouvernemental
de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale se termine en 2009. Malheureusement,
nous avons pu constater que ce 1er plan n’a pas permis que tous les québécois
et québécoises aient accès à un revenu leur permettant de couvrir leurs besoins
essentiels. Comme le gouvernement mène présentement des consultations
concernant le 2ème plan gouvernemental en la matière, nous souhaitons que la Commission
parlementaire sur l’itinérance prenne position pour que ce plan de lutte prévoit
un rehaussement majeur des prestations d’aide sociale[23] et du salaire minimum, afin que toutes les personnes
vivant au Québec puissent combler leur besoins essentiels et ainsi éviter de se
retrouver en situation ou à risque d’itinérance. RÉFÉRENCES Dumas, Evelyn. Ensemble
se donner une voix pour mieux être, Histoire du Front commun des personnes
assistées sociales du Québec, avril 2002, 127 p. Kothari, Miloon,
Rapporteur spécial des Nations Unies sur le logement convenable, Observations préliminaires - Mission au Canada, Octobre 2007. Disponible
sur http://www.frapru.
qc.ca/Docs/KothariFr.html Ministère de la Sécurité du revenu (1996). La réforme de la sécurité du revenu. Un
Parcours vers l’insertion, la formation et l’emploi, Gouvernement du
Québec. Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale
(2007), Plan d’action gouvernemental en
matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale 2004-2009 – Bilan de
la troisième année, Gouvernement du Québec, octobre. Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de
Montréal (2008), Une Politique en
itinérance : une nécessité pour Montréal!, Mémoire déposé à la
Commission parlementaire sur l’itinérance, Septembre. Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec (2006), Pour une Politique en itinérance. Plateforme
de revendications du RSIQ, Septembre. ANNEXE 1 [1]
Dumas, Evelyn. Ensemble se donner une
voix pour mieux être, Histoire du Front commun des personnes assistées sociales
du Québec, avril 2002, 127 p. [2] Source : Statistiques Canada [3] Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec, Pour une Politique en itinérance. Plateforme de revendications du RSIQ,
Septembre 2006. [4] Loi
sur l’aide aux personnes et aux familles [5] Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, Une Politique en itinérance : une
nécessité pour Montréal!, Mémoire déposé à la Commission parlementaire sur
l’itinérance, Septembre 2008, p. 5. [6] Réseau
SOLIDARITÉ itinérance du Québec, Pour une
Politique en itinérance. Plateforme de revendications du RSIQ, Septembre
2006, p. 3. [7] Ministère de
l’Emploi et de la Solidarité sociale,
Plan d’action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et
l’exclusion sociale 2004-2009 – Bilan de la troisième année, Gouvernement
du Québec, octobre 2007. [8] Par exemple, en 1989, la
prestation d’aide sociale était de 497$ par mois pour une personne seule. En
2007, elle était de 551$ par mois, ce qui signifie une perte de plus de 40% du
pouvoir d’achat. [9] Réseau
SOLIDARITÉ itinérance du Québec, Pour une
Politique en itinérance. Plateforme de revendications du RSIQ, Septembre
2006, p.14. [10]À ce sujet, voir Réseau
SOLIDARITÉ itinérance du Québec, Pour une
Politique en itinérance. Plateforme de revendications du RSIQ, Septembre
2006, p.14,
note 26. [11] En tant que membre de la
Coalition pour l’arrêt du détournement des pensions alimentaires, nous
recommandons que soit adopté le projet de loi 394 (Loi visant à exclure les pensions alimentaires pour enfants du calcul
des revenus dans diverses lois à caractère social), pour que tous les
enfants du Québec puissent bénéficier des pensions alimentaires qui leur sont
destinées. Cette demande est aussi appuyée par le RSIQ (revendication 14 de sa
Politique en itinérance). [12] Réseau
SOLIDARITÉ itinérance du Québec, Pour une
Politique en itinérance. Plateforme de revendications du RSIQ, Septembre
2006, p.15. [13] Voir l’annexe 1 pour un tableau illustrant les inégalités entre la Loi sur l’aide aux personnes et aux familles
et Loi sur l’aide
financière aux études au chapitre de la contribution parentale. [14] Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal prend
une position semblable en page 14 de son mémoire à la Commission parlementaire
sur l’itinérance. [15] Ministère
de la Sécurité du revenu (1996). La
réforme de la sécurité du revenu. Un Parcours vers l’insertion, la formation et
l’emploi, Gouvernement du Québec. [16] Il est clair que le montant
de 667$, établi en 1996, doit être indexé en tenant compte de l’augmentation
réelle des coûts liés au logement, à l’alimentation, à l’énergie et au
transport. [17] Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec, Pour une Politique en itinérance. Plateforme de revendications du RSIQ,
Septembre 2006, p.14. [18] Miloon Kothari, Rapporteur spécial des Nations
Unies sur le logement convenable, Observations préliminaires-Mission au Canada, Octobre 2007. Disponible sur http://www.frapru. qc.ca/Docs/KothariFr.html [19] Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, Une Politique en itinérance : une
nécessité pour Montréal!, Mémoire déposé à la Commission parlementaire sur
l’itinérance, Septembre 2008, p. 8, recommandation 2.1. [20]Cette recommandation rejoint
celle du Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec dans sa Plateforme de revendications pour une Politique en itinérance
(recommandation 29). [21] Réseau SOLIDARITÉ itinérance du
Québec, Pour une Politique en itinérance.
Plateforme de revendications du RSIQ, Septembre 2006, p.34 [22] À ce sujet,
voir les recommandations 83 et 84 de la Plateforme du RSIQ. [23] Cette demande rejoint celle du Réseau d’aide aux personnes seules et
itinérantes de Montréal, qui figure en page 13 de son mémoire à la Commission
parlementaire sur l’itinérance.
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