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Montréal,
le 2 octobre 2008.
Monsieur Bernard Matte
Direction générale des politiques et de l’analyse
stratégique
Bureau du sous-ministre adjoint
Ministère de l’Emploi et de la Solidarité
Sociale
Objet :
Plan gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion
sociale.
Monsieur,
Le Front
commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ), en tant que
regroupement national d’organismes de défense des droits sociaux et économiques
des personnes assistées sociales, souhaite formuler des recommandations dans le
cadre de la consultation entourant l’adoption du 2ème Plan
gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Le
FCPASQ est un regroupement dont les orientations et priorités sont décidées par
des personnes assistées sociales. Tel que le prévoit la Stratégie nationale de
lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, la parole et le vécu des
personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale doivent être pris en
compte dans les décisions gouvernementales les concernant.
Or, nous
tenons à souligner que le FCPASQ a fourni aux éluEs du Québec, et ce à de
multiples reprises au cours des dernières années, des recommandations qui font
écho à la voix des personnes en situation de pauvreté économique, dans le but
de lutter, par des moyens simples et concrets, contre la pauvreté et
l’exclusion sociale. Ces recommandations, et notamment celles qui sont le plus
urgemment revendiquées n’ont pas été retenues, malgré l’adoption par le
législateur québécois de la Loi visant à
lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale (loi 112). Toutefois, nous
gardons espoir que notre voix sera entendue et continuons à revendiquer
l’adoption de ces mesures par le gouvernement du Québec.
Avant de
présenter nos recommandations, nous tenons aussi à rappeler que l’État
québécois est responsable de faire en sorte que tous les citoyens et citoyennes
du Québec, peu importe leur condition sociale, aient accès à un revenu décent
leur permettant de vivre dans la dignité et d’exercer leurs droits, tel que le
prévoit le Pacte international
relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. De ce Pacte
découlent des responsabilités pour l’État, soit celles de redistribuer la
richesse collective et de fournir à tous
les citoyens et citoyennes un accès à des services sociaux de qualité. Le
Gouvernement du Québec ne peut prétendre lutter contre la pauvreté et
l’exclusion sociale lorsqu’il se soustrait à ses responsabilités en matière de
redistribution des richesses pour ensuite confier à des fondations privées le
mandat de juguler les conséquences de la pauvreté qui résulte de son
désengagement. Nous vous présenterons maintenant nos recommandations.
Notre plateforme de revendications est
notre plan de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale.
Vous trouverez
en pièce jointe, une copie de notre plateforme de revendications qui constitue notre
plan de lutte à la pauvreté. Ces revendications ont été formulées à partir de
notre analyse des causes de la pauvreté et de l’exclusion sociale et des
solutions qui peuvent y être apportées. Cette analyse prend racine dans nos
connaissances et notre expérience de personnes ayant vécu la pauvreté et
l’exclusion sociale. Cette plateforme de revendications a été adoptée lors de
notre assemblée générale tenue en 2004 et révisée lors de notre congrès de 2007.
Nous sommes d’avis que toutes les
recommandations contenues dans cette plateforme sont interdépendantes et
qu’elles doivent être adoptées ensembles, pour enrayer la pauvreté et l’exclusion
sociale, en s’attaquant à leurs causes.
Trois
mesures préalables à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale
Toutefois,
nous insistons tout d’abord sur l’adoption de trois recommandations, puisque
celles-ci sont considérées comme prioritaires
et urgentes par nos membres. De plus, tous les groupes membres de notre
regroupement s’entendent pour affirmer que l’adoption de ces mesures est préalable à la lutte contre la
pauvreté et l’exclusion sociale, en ce que leur mise en place mettrait un frein
à l’appauvrissement constant des personnes assistées sociales, bien qu’elles ne
leur permettraient pas de sortir de la pauvreté. C’est dans ce sens que nous
parlons de mesures préalables.
Indexation complète des prestations pour
toutes les personnes assistées sociales
Tout d’abord,
l’État québécois ne peut prétendre lutter sérieusement contre la pauvreté et
l’exclusion sociale, tout en niant aux personnes assistées sociales leur droit
à un revenu décent, notamment en indexant que partiellement les prestations d’aide
sociale des personnes considérées «aptes au travail». En effet, pour les
personnes jugées comme n’ayant pas de contraintes à l’emploi, les prestations
d’aide sociale ont été majorées à un taux correspondant à la moitié du taux
d’indexation du régime fiscal.À
cause de cette indexation partielle, les personnes qui reçoivent des
prestations d’aide sociale et qui sont considérées «aptes» perdent chaque année
de leur pouvoir d’achat.
Dans les faits, cette indexation partielle signifie que les personnes n’ont
plus possibilité de vivre dans la dignité en subvenant à leurs besoins essentiels.
Concrètement, pour les personnes, cela signifie avoir à choisir entre payer la
totalité du coût de leur logement ou la possibilité de se nourrir trois fois
par jour. L’indexation partielle
compromet la possibilité, pour les personnes considérées comme «aptes au
travail», de reprendre du pouvoir par rapport à leur vie professionnelle.
Quant à
l’indexation complète des prestations des personnes avec contraintes à
l’emploi, celle-ci se base sur le taux d’indexation du régime fiscal. Or, ce
taux est inférieur au taux d’inflation, ce qui a aussi pour conséquence
l’appauvrissement des personnes considérées comme ayant des contraintes à
l’emploi. La volonté politique de lutter contre la pauvreté doit se traduire
dans des gestes concrets et ceux-ci débutent, pour le gouvernement du Québec,
par le fait de cesser d’appauvrir par ses propres programmes sociaux, les
personnes qui doivent faire appel à de l’aide de dernier recours. Nous recommandons donc que le 2ème
Plan gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion
sociale prévoit l’indexation complète des prestations d’aide sociale pour tous
les prestataires, incluant ceux et celles qui sont considérés «aptes au
travail». Cette indexation doit être rétroactive à janvier 2005 et doit
être accompagnée d’un remboursement des montants dus. De plus, nous demandons que
le taux d’indexation utilisé soit le même que celui employé par la Régie des
rentes du Québec (2% en 2008) qui s’apparente au taux d’inflation. Lorsque les
montants dus seront remboursés, nous demandons l’abolition des catégories au
sein de la Loi sur l’aide aux personnes
et aux familles.
Que tous les enfants puissent bénéficier de
la pension alimentaire qui est versée pour eux.
La grande
pauvreté de plusieurs personnes assistées sociales est aussi la conséquence de
la saisie, par le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité Sociale, d’un
montant équivalent aux pensions alimentaires pour enfants, des prestations d’aide
sociale des parents qui les reçoivent en leur nom, bien qu’un montant de 100
dollars y soit exclu. Cette saisie crée une inégalité entres les enfants des
personnes assistées sociales et les autres enfants du Québec. En effet, les
pensions alimentaires reçues par les familles de ces derniers ont été
défiscalisées, donc ne sont pas considérées lorsque vient le temps d’établir le
revenu familial. Ces enfants bénéficient donc pleinement des pensions
alimentaires qui leur sont destinées, puisque le revenu de la famille ne se
voit pas amputé d’aucun montant en lien avec ladite pension. Ainsi, nous
recommandons que le 2ème Plan gouvernemental en matière de lutte
contre la pauvreté et l’exclusion sociale prévoit que soit modifié l’alinéa 21
de l’article 111 du Règlement sur l’aide
aux personnes et aux familles afin que soit exclu, aux fins du calcul de la
prestation, la totalité des versements de pensions alimentaires réalisés par la
famille qui compte au moins un enfant à charge.
La saisie des
pensions alimentaires pour enfants n’est pas la seule mesure discriminatoire apparaissant
dans la Loi sur l’aide aux personnes et
aux familles et où les personnes ne sont pas traitées comme les autres
citoyens et citoyennes du Québec. En effet, dans la Loi sur l’aide aux personnes et aux familles, les calculs liés aux situations de «vie maritale» et de «contribution
parentale» diffèrent de ceux utilisés dans les autres lois.
Cela crée des situations d’inégalités de fait pour personnes assistées sociales.
Ainsi, nous recommandons que le 2ème
Plan gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion
sociale prévoit que les calculs liés aux situations de «vie maritale» et de
«contribution parentale» prévus dans la Loi
sur l’aide aux personnes et aux familles soient harmonisés avec ceux des
autres lois du Québec.
La fin de la catégorisation des personnes
qui doivent faire appel à l’aide de dernier
recours; un seul programme pour tous.
Nous demandons
la fin de la catégorisation des personnes qui doivent faire appel à l’aide de
dernier recours. En effet, tant le fait d’être déclaré «apte» que «inapte» au
travail représente une stigmatisation pour les personnes ainsi étiquetées. De
plus, il est clair que présentement seules les personnes ayant des contraintes
sévères à l’emploi reçoivent des prestations leur permettant de se loger et de
se nourrir. À ce sujet, le Ministère de la Sécurité du revenu reconnaissait, en
1996, que les besoins essentiels d’une personne ne pouvaient être comblés que
par un revenu d’au moins 667$ par mois.
Bien
que le
ministère ait convenu de la nécessité que toute
personne puisse avoir minimalement
accès à une telle prestation, seules les personnes
s’étant vues reconnaître des
contraintes sévères à l’emploi
bénéficièrent d’un montant
équivalent, qui fut
indexé au fil des années. Nous demandons
donc que les prestations d’aide sociale soient fournies dans le
cadre d’un seul
programme et que les catégories «sans contraintes à
l’emploi», «contraintes
temporaires à l’emploi» et «contraintes
sévères à l’emploi» soient abolies.
Un barème plancher pour tous et toutes
Toutefois, il
est fondamental que la fin des catégories à l’aide sociale ait pour effet que toutes
les personnes, qui ont droit à une aide de dernier recours, puissent avoir, comme minimum vital, accès aux
prestations actuellement prévues pour les personnes considérées comme ayant des
contraintes sévères à l’emploi par le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité
Sociale. Comme nous le soulignions
précédemment, ce minimum vital a été chiffré par le gouvernement québécois en
1996 et nous demandons que le 2ème Plan gouvernemental en matière de
lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale fasse référence à ces données.
Comme il s’agit d’un minimum vital, nous
demandons que le 2ème Plan gouvernemental en matière de lutte contre
la pauvreté et l’exclusion sociale prévoit
qu’aucune sanction, pénalité ou coupure
ne puisse venir diminuer ce montant, qui constituerait ainsi un barème plancher
L’adoption de notre plateforme comme plan
de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale et l’instauration d’un Revenu
social garanti universel
Enfin, nous
tenons à mentionner que la prestation en question, soit celle octroyée aux
personnes présentant des contraintes sévères à l’emploi, ne permet pas aux
québécois et québécoises d’avoir l’exercice de tous leurs droits fondamentaux,
ni d’exercer pleinement leur citoyenneté. Ainsi,
nous recommandons l’adoption de notre plateforme de revendications et l’instauration
d’un Revenu social garanti universel comme mesures principales de lutte à la
pauvreté et à l’exclusion sociale.
Nous vous
remercions, monsieur, de votre attention quant à nos recommandations et nous
vous prions d’agréer l’expression de nos meilleurs sentiments.
_____________________________
Jeannelle Bouffard, membre de l’exécutif
Front commun des personnes assistées sociales du Québec
____________________________
Amélie Châteauneuf, coordonnatrice des dossiers lutte
Front commun des personnes assistées sociales du Québec
Pièces jointes :
Liste des recommandations
Plateforme de revendications du Front commun des personnes assistées sociales du Québec
Liste des recommandations du Front commun des
personnes assistées sociales
Adopter les recommandations suivantes, en les qualifiant de mesures
préalables à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale :
Que le 2ème
Plan gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion
sociale prévoit l’indexation complète des prestations d’aide sociale pour tous
les prestataires, incluant ceux et celles qui sont considérés «aptes au
travail», et ce rétroactivement à janvier 2005
Que le 2ème
Plan gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion
sociale prévoit que soit modifié l’alinéa 21 de l’article 111 du Règlement sur l’aide aux personnes et aux
familles afin que soit exclu, aux fins du calcul de la prestation, la
totalité des versements de pensions alimentaires réalisés par la famille qui
compte au moins un enfant à charge.
Que le 2ème
Plan gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion
sociale prévoit que les calculs liés aux situations de «vie maritale» et de
«contribution parentale» prévus dans la Loi
sur l’aide aux personnes et aux familles soient harmonisés avec ceux des
autres lois du Québec
Que le 2èmePlan
gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et
l’exclusion
sociale prévoit que les prestations d’aide sociale soient
fournies dans le
cadre d’un seul programme et que les catégories
«sans contraintes à l’emploi»,
«contraintes temporaires à l’emploi» et
«contraintes sévères à l’emploi»
soient
abolies.
Adopter les recommandations suivantes :
Que le 2ème
Plan gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion
sociale prévoit que toutes les personnes qui ont droit à l’aide de dernier
recours reçoivent une prestation dont le montant minimal est celui qui est
actuellement octroyé aux personnes considérées comme ayant des contraintes
sévères à l’emploi par le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité Sociale.
Que le 2ème
Plan gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion
sociale prévoit qu’aucune sanction,
pénalité ou coupure ne puisse venir diminuer les prestations des personnes
assistées sociales.
Que le 2ème
Plan gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion
sociale adopte la plateforme de revendications du Front commun des personnes
assistées sociales comme plan de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale
et prévoit l’instauration d’un Revenu social garanti universel
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